Liban

Militaires otage exécutés : Jreissati lance le processus judiciaire

Otages militaires

Le ministre invite le procureur général à engager des poursuites contre toute personne qui serait responsable, directement ou indirectement, de l'enlèvement et de la mort des soldats.

OLJ
06/09/2017

Le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a demandé hier au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, d'engager des poursuites contre X pour déterminer les responsabilités dans le dossier de l'enlèvement et de la mort des militaires otages des jihadistes. M. Jreissati a adressé une note en ce sens au juge Hammoud, exprimant le souhait que ces poursuites incluent « tous les crimes collatéraux et toutes les personnes, civiles ou militaires, qui y ont participé ou qui ont incité à les commettre ».
Le ministre souligne dans sa note qu'en soumettant à l'autorité judiciaire le dossier des soldats tués et enlevés, il cherche à soustraire ce dossier au champ des accusations politiciennes. « Attendu que les accusations politiques ne sont pas admises dans le cadre de crimes relevant de la compétence judiciaire, la justice devra procéder aux enquêtes et aux condamnations, rendant des décisions au nom du peuple libanais », écrit M. Jreissati, soulignant que sa démarche est conforme à l'article 14 du code de procédure pénale, selon lequel le ministre de la Justice peut demander au procureur général près la Cour de cassation de mettre en mouvement l'action publique pour les crimes portés à sa connaissance.
Le ministre de la Justice évoque les faits qui se sont déroulés le 2 août 2014, notamment les attaques de l'EI et du Front al-Nosra (devenu Fateh el-Cham), au cours desquelles des soldats ont été tués, et d'autres capturés dans la région de Ersal. M. Jreissati rappelle que ceux-ci étaient au nombre de 43, dont par la suite 13 ont été libérés et 5 assassinés, ce qui a ramené à 16 le nombre de soldats otages d'al-Nosra et à 9 celui des soldats otages de l'EI. En poursuivant l'exposé de sa demande, le ministre a également rappelé qu'en date du 1er décembre 2015, al-Nosra a libéré ses prisonniers à la suite de négociations officielles, tandis que l'EI a tué 8 de ceux qu'il détenait, le neuvième ayant rejoint ses rangs.

Échanges d'accusations
Il reste que les échanges d'accusations qui ont suivi l'épilogue de la bataille des jurds pèsent lourd sur le dossier. Le Hezbollah et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, n'avaient pas hésité à attribuer à l'ancien gouvernement et l'ex-commandant en chef de l'armée, Jean Kahwagi, la responsabilité de la mort des soldats, leur reprochant de n'avoir pas voulu négocier à l'époque leur libération. Ces accusations ont même touché l'ancien président Michel Sleiman, alors qu'il n'était plus président au moment des faits. L'ex-chef d'État compte d'ailleurs répondre aux reproches et rumeurs lancés contre lui dans les milieux du 8 Mars. Il le fera ce soir dans le cadre d'une interview télévisée.
En attendant, il est monté dès hier au créneau via son bureau de presse, en lançant, à l'adresse de Nawaf Moussaoui, député du Hezbollah : « Quel est le secret de cette ligne rouge qui apparaît la veille de chaque bataille dans laquelle s'affrontent l'armée et les organisations terroristes, qu'il s'agisse des batailles de Denniyé, de Nahr el-Bared, de Abra ou de Ersal et des jurds de Ras Baalbeck et du Qaa ? » Le bureau de presse de M. Sleiman répondait ainsi au député hezbollahi qui s'était déchaîné la veille contre lui, lui reprochant vivement de « faire de la provocation » et de réclamer des poursuites contre les terroristes de l'EI, « alors qu'il avait laissé s'échapper Chaker el-Absi (chef de Fateh el-islam) après la bataille de Nahr el-Bared en 2007, prévenu le cheikh salafiste Ahmad el-Assir qu'il allait être arrêté, et n'avait pas bougé lorsqu'une patrouille des services de renseignements de l'armée était tombée, sous son mandat, dans un guet-apens à Ersal et que des soldats avaient été tués ». M. Sleiman a en outre appelé à « activer la demande d'une commission d'enquête parlementaire qui dévoilerait toutes les vérités sur toutes ces batailles pour que les coupables soient condamnés, loin de la logique du commerce médiatique ».
Du côté du Courant patriotique libre, on se félicite naturellement de l'initiative de M. Jreissati, qui s'inspire de la demande du président de la République, Michel Aoun, de créer une commission d'enquête sur les événements de Ersal. « La sanction judiciaire va prendre son cours », a assuré dans ce cadre Hicham Kanj, coordinateur du CPL dans la région du Metn-Nord, lors d'un dîner de son parti.

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ET CEUX MASSACRES ET ENLEVES PAR LE REGIME SYRIEN QUAND IL GOUVERNAIT LE LIBAN ? ON OUBLIE ?

Yves Prevost

Si l'on veut enquêter, il faudrait aussi le faire sur les circonstances de la mort ou l'enlèvement de centaines de soldats en 1990, fusillés ou emprisonnés en Syrie, et sur la responsabilité de leur chef.

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