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Liban

Cessez-le-feu à Aïn el-Héloué, après une victoire du Fateh dans le quartier de Tireh

Conflit interpalestinien

Deux blessés au sérail de Saïda, touché par des tirs. La principale ville du Sud en émoi.

24/08/2017

Sixième journée consécutive de combats à Aïn-el-Héloué hier, entre le Fateh et les forces fondamentalistes du camp palestinien. Une journée qui a abouti à un cessez-le-feu, provisoire semble-t-il, mais qui a surtout été marquée par une victoire du Fateh et des forces proches de l'OLP, dans le quartier de Tireh. Et ce, à l'issue de la bataille la plus dure de ce round, qui a atteint le summum de son intensité durant la journée de mardi. Les tirs étaient toujours d'une intensité telle hier, qu'ils ont paralysé la ville de Saïda et provoqué la panique des habitants. Deux membres des forces de l'ordre ont même été blessés par le feu et les obus de tireurs embusqués, au sérail de la ville, entraînant la fermeture des locaux de l'institution.

« Le mouvement Fateh a réussi à s'emparer du quartier de Tireh qui était sous le contrôle des deux Bilal (NDLR Bilal Bader et Bilal Arkoub, deux leaders fondamentalistes) », affirme à L'Orient-Le Jour Hicham el-Debsi, directeur du centre d'études palestiniennes Tatwir, résumant ainsi le déroulement des événements. Au lendemain de la victoire donc, le Fateh s'employait à « asseoir ses positions » et à « sécuriser le quartier », explique-t-il.

 

(Lire aussi : Le Fateh ne compte pas céder du terrain aux islamistes)

 

Une trêve provisoire
Connu pour sa proximité avec le président palestinien Mahmoud Abbas, le chercheur précise que ce quartier, « densément peuplé » et constitué « de ruelles très étroites », est connu pour « sa composition populaire essentiellement clanique ». Les risques pour la population civile et pour les habitations sont « très élevés » et « de nombreuses habitations ont été touchées, voire détruites ». C'est pour « épargner la population » et « protéger ses habitations » que le cessez-le-feu a été conclu, assure-t-il.

« Il marquera une pause » dans la bataille de Aïn el-Héloué, mais ne sera « pas définitif ». Car le commandement du Fateh est « déterminé à mettre fin aux groupuscules extrémistes » et aux « hors-la-loi » dans ce camp. « Une décision qu'il partage d'ailleurs avec les autorités libanaises », soutient M. Debsi, qui parle même de « coordination entre le Fateh et l'État dans ce sens », afin que le camp palestinien de Saïda ne devienne pas un second Nahr el-Bared.

En revanche, la trêve a été le fruit d'âpres négociations à l'ambassade de Palestine entre le Fateh et ses alliés de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) d'une part, et le Hamas et les groupuscules Isbat el-Ansar et el-Haraka el-islamiya... d'autre part. « Le Hamas et ses alliés n'ont pas participé à la bataille. Mais ils ont utilisé les fondamentalistes comme un rempart contre l'avancée du Fateh. » « Partant du principe » que le Fateh était incapable de prendre le contrôle du quartier de Tireh, ils ont alors tenté « d'imposer leurs conditions », autrement dit de réclamer le retrait du Fateh du quartier de Tireh.

Mais le commandement proche du président palestinien estime qu'il détient une carte majeure. En prenant le quartier de Tireh, il se trouve désormais « aux portes du quartier de Safsaf qui regroupe nombre de grosses pointures de l'islamisme palestinien », dont certains recherchés par la justice, comme le cheikh takfiriste au sein du groupe Fateh el-Cham (ex Front al-Nosra), Oussama Chehabi, mais aussi des chefs des regroupements de Isbat el-Ansar, el-Haraka el-islamiya et des moujahidine. On apprenait toutefois en soirée qu'il restait des poches de résistance islamistes dans le quartier de Tireh, comme l'a affirmé le commandant de la force conjointe de sécurité à Aïn el-Héloué, le colonel Bassam el-Saad. Résultat, cette force conjointe « n'a pu se déployer dans le quartier » à l'annonce du cessez-le-feu. Ce dernier se demande même si la trêve tiendra, « les combattants des deux Bilal étant toujours déployés dans le quartier, violant ainsi les termes de l'accord ».

 

(Lire aussi : « Pas de lien entre Aïn el-Héloué et la bataille du jurd »)

 

Les pour et les contre
L'émoi suscité par les affrontements a poussé la population de Aïn el-Héloué à descendre dans la rue pour réclamer l'arrêt des combats. À l'instar de l'ensemble des camps palestiniens du pays, ce camp est réputé pour sa forte densité de population. Il abriterait quelque 100 000 personnes.

Les réactions politiques n'ont pas tardé à pleuvoir. Comme pour saluer l'initiative du Fateh, le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a révélé qu' « à l'aube de la victoire, le pays se préparait sur le plan populaire et sécuritaire à nettoyer les camps palestiniens et syriens de tout terrorisme ». Par contre, le cheikh sunnite Maher Hammoud, allié du Hezbollah, a dénoncé ce qu'il a qualifié de « catastrophe sociale », qui a « poussé à l'exode la majeure partie des habitants du camp », tout en appelant à « l'unité de la position palestinienne ».

Des propos interprétés par le Fateh comme une « attaque directe » et comme un « refus de la solution militaire », selon Hicham el-Debsi. « Ils ont même accusé le Fateh de faire déborder le combat et de vouloir entraîner l'armée libanaise dans la bataille », a lancé le chercheur. Et d'ajouter que le Hezbollah n'en est pas à sa première tentative. « Durant les deux derniers jours, le parti de Dieu, allié du Hamas, a multiplié les pressions sur le Fateh, afin de le dissuader de lancer l'assaut contre les groupuscules islamistes de Aïn el-Héloué. En guise d'arguments, il a affirmé que cela fait de l'ombre aux victoires de l'armée qui se bat dans les jurds du Qaa et de Ras Baalbeck », observe-t-il. « Or il est clair, conclut-il, que le Hezbollah et le Hamas luttent aujourd'hui ensemble pour leur survie. »

 

 

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Pierre Hadjigeorgiou

"...le Hezbollah et le Hamas luttent aujourd'hui ensemble pour leur survie" La seule déclaration qui est vraie! Il est claire que le Hezbollah souffre d'une schizophrénie qui semble le faire paniquer a l’idée que l'heure 0 se rapproche ou il devra rendre des comptes pour ses méfaits. Entre les crimes contre les officiers de l’armée, les meurtres des juges, les assassinats des personnalités du 14 Mars, les rackets, le captagon, les guerres sans lendemains, déguisées en victoires a la Pyrrhus, la mort de Libanais dans une guerre qui ne nous concernait et nous concerne pas, ni de prés ni de loin, etc... elle va avoir du pain sur la planche la justice Libanaise tout comme le TSL, car s'ils pensent que ce volet est terminé, ils se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à la garde!

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