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Économie

Liban : Des économistes font le procès du projet de budget 2017

Liban

Des critiques visent le projet de budget ainsi que la grille des salaires et reprennent les principaux griefs soulevés par le secteur privé.

01/08/2017

L'économiste Ghazi Wazni, le directeur du département de recherches du groupe Byblos Bank, Nassib Ghobril, et l'ancien président de l'Association libanaise d'experts-comptables (Lacpa), Élie Abboud, ont dénoncé hier l'absence de « vision » et de « méthode » au niveau de la politique budgétaire de l'État. Ils s'exprimaient lors d'une conférence au Club de la presse à Beyrouth où ils ont passé en revue les choix du gouvernement lors de l'élaboration du projet de budget 2017, ainsi que les mesures fiscales adoptées le 19 juillet par le Parlement pour financer le relèvement de la grille des salaires de la fonction publique – une première depuis 2012.

« Ces mesures auront des répercussions à long terme sur l'économie si elles sont adoptées », a alerté M. Ghobril au début de son intervention, regrettant notamment que le projet de budget « ne privilégie pas la relance de la croissance, au ralenti depuis six ans, et ne soit pas orienté de façon à limiter l'emprunt d'État. » Une analyse partagée par les trois intervenants qui la fondent sur les chiffres du projet de loi des finances adopté le 27 mars par le Conseil des ministres. Ce texte est, depuis, examiné par la Commission parlementaire des Finances et du Budget, qui pourrait la transmettre au Parlement courant août.

 

(Lire aussi : Aoun : Les remarques formulées seront prises en compte)

 

 

Structure des dépenses
Pour rappel, le projet de budget table sur un déficit de 4,8 milliards de dollars (- 2,2 % par rapport au niveau record enregistré en 2016), résultant d'une hausse plus rapide des recettes (+ 9,5 %) que celle des dépenses publiques (+ 4,7 %) – que le ministère des Finances a chiffré à respectivement 15,7 et 10,8 milliards de dollars. En outre, la commission aurait réussi, selon son président, le député Ibrahim Kanaan, à dégager plus de 660 millions de dollars d'économies à travers plusieurs amendements, un chiffre évoqué lors de la séance parlementaire du 18 juillet mais non confirmé. « Nous n'avons pas eu accès aux chiffres actualisés par la commission et le projet initial n'a pas été rendu public », a précisé M. Abboud pendant la conférence. La dette publique – principalement détenue par le secteur bancaire – a, elle, grimpé de 7,3 % en un an, à 76,7 milliards de dollars fin mai.

Pour les intervenants, les chiffres importent moins que l'absence de méthode qui caractérise, selon eux, aussi bien le texte que les conditions dans lesquelles il est élaboré. M. Wazni relève par exemple que le projet de budget « contient beaucoup de chiffres mais ne propose pas de vision ». Il déplore en outre que le gouvernement ait séparé la nouvelle grille des salaires et les mesures censées financer les plus de 795 millions de dollars qu'elle doit en principe coûter de la loi de finance initiale. « Cela porte atteinte au principe d'unité budgétaire – le fait qu'il doit être présenté dans un document unique – et la règle de non-affectation des ressources », note-t-il.

L'absence d'orientation économique du budget de l'État inquiète également M. Abboud, qui reproche au gouvernement d'alourdir la fiscalité pour « financer des dépenses dont la structure reste inchangée, avec trois postes (salaires des fonctionnaires, service de la dette et transferts à Électricité du Liban) qui absorbent les trois quarts des montants prévus. » Il dénonce également le fait que « la grille des salaires a été relevée sans qu'aucune étude arcturienne ne soit réalisée en amont », alors que les mesures fiscales qui doivent la financer – dont notamment le relèvement d'un point de TVA, à 11 % – « laisse le secteur privé sans solutions ».

M. Ghobril a enfin estimé que le contenu du projet de budget et de la nouvelle grille témoigne de « l'absence de volonté de réformes d'une fonction publique (majoritairement) improductive, à l'exception des militaires », considérant que les nouvelles taxes « vont pénaliser les moins bien lotis et les secteurs productifs. » Pour rappel, les mesures devant financer la grille des salaires doivent en principe entrer en vigueur dans moins d'un mois, à moins que le président de la République, Michel Aoun, ne renvoie le texte au Parlement.

 

 

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Emile Antonios

Ah bon ! ces braves gens se réveillent, que faisaient-ils tout ce temps durant lequel le déficit a atteint 76,7 milliards de dollars.
Il semble qu’on les a pas vu faire des propositions quand il était encore temps de rectifier les errements des stratèges locaux de la finance.
Ils devraient être mandatés pour négocier avec les bénéficiaires présumés de la grille des salaires, objet de cette polémique.

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