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Liban

Près de 300 intellectuels se mobilisent contre l’émergence d’un « climat fasciste » au Liban

Réfugiés syriens
M. Z. | OLJ
24/07/2017

Près de 260 intellectuels, artistes, écrivains, journalistes, personnalités académiques et activistes politiques et de la société civile ont signé une pétition contre les « pratiques racistes » qui visent les réfugiés syriens au Liban.

Cette initiative intervient après l'éclatement d'une polémique sur les réfugiés qui a dégénéré au cours des deux dernières semaines sur les réseaux sociaux, notamment après des cas de décès sous la torture de prévenus syriens soulevés par diverses associations de droits de l'homme, au lendemain de raids menés par les autorités libanaises dans les camps de Ersal.

La polémique a rapidement laissé la place à un déluge de haine, accompagné d'un discours xénophobe, qui a culminé avec la diffusion d'une vidéo de tabassage d'un réfugié syrien par des ressortissants libanais, aussitôt arrêtés par les forces de l'ordre.

Pour Youssef Bazzi, journaliste, écrivain et poète qui fait partie des figures de la société civile à l'origine de cette pétition, « l'objectif n'est pas uniquement de s'élever contre les pratiques racistes qui ont cours actuellement ». « Attention ! Un climat fasciste, militariste et répressif se met progressivement en place. Il ne vise pas exclusivement les partisans de la révolution syrienne ou ceux qui critiquent l'ingérence du Hezbollah en Syrie », affirme M. Bazzi à L'Orient-Le Jour, en soulignant que le Liban subit une fois de plus les retombées des rapports de force sur le territoire syrien, favorable pour l'heure au régime syrien et au Hezbollah.
« Ce climat est l'extension d'une atmosphère récente générée par le pouvoir en place, par une élite politique qui, en dépit de ses divergences, est d'accord entre elle sur le fait de rester aux commandes, dit-il. Aussi existe-t-il une volonté d'étouffer dans l'œuf toutes les tentatives de retrouvailles entre la société civile sur des sujets vitaux, comme la défense de la Constitution, de la règle de droit, des libertés et de l'ordre public. Le problème ne se limite donc pas à des pratiques racistes à l'encontre des réfugiés : il touche à l'essence même de l'identité libanaise. Doit-elle être cloisonnée et haineuse ou ouverte et fondée sur des valeurs ? » ajoute Youssef Bazzi.

Pour l'écrivain, il va de soi que la société civile a besoin de multiplier les initiatives culturelles, légales, politiques, humanitaires, pour créer une véritable opinion publique, pour inverser la donne et la modifier profondément.

 

(Pour mémoire : Quand la tension se traduit en actes...)

 

 

Le texte de la pétition Voici le texte intégral de la pétition :
« Nous, soussignés, activistes, écrivains, intellectuels, journalistes et artistes libanais, sur base de notre foi en un Liban patrie de la liberté, du pluralisme et du respect des droits de l'homme, et de notre conviction que l'armée doit être la seule partie armée dans ce pays, rejetons catégoriquement et condamnons fermement certaines pratiques dégoûtantes contre les civils syriens qui ont dû, tragédie oblige, trouver refuge au Liban.
« Ce qui accompagne ces pratiques comme les campagnes d'incitation à la haine contre les Syriens à travers les réseaux sociaux et dans certains quotidiens et médias, ou par le biais des déclarations de certains politiciens, n'est pas moins laid que les pratiques criminelles elles-mêmes. Aussi bien les unes que les autres ne portent pas uniquement atteinte aux Syriens eux-mêmes, mais d'abord et surtout à l'image du Liban et à la conscience des Libanais. Tout cela ne nous représente absolument pas, mais nous place au contraire face à des options extrêmes, dont certaines sont liées à la nécessité d'expurger notre patriotisme de son chauvinisme. La position à adopter face aux réfugiés devient l'un des critères de ce patriotisme, à travers lequel nous voulons consolider la démocratie et les droits de l'homme. »

 

 (Lire aussi : Rendez-vous raté avec l’histoirel'édito de Michel TOUMA) 

 

La liste des signataires
Voici la listes complète des 260 signataires originaux de ce texte : Ahmad Ismaïl, Ahmad Soueissi, Ahmad Issawi, Ahmad Kaabour, Ahmad Fayçal Sankari, Ahmad Mrad, Oussama Wehbé, Ismaïl Charafeddine, Akram Zaatari, Akram Arawi, Akram Mahmoud Mahmoud, Alexandra Habib, Alexandre Paulikevitch, Élias Bejjani, Élias Khoury, Élias Fawz, Aline Milad el-Chami, Amal Takouch, Émile Menhem, Indira Matar, Antoine Abou Zeid, Antoine Haddad, Antoine Courban, Aya Naboulsi, Élie el-Hage, Ayman Hmeïdane, Ayman Nahlé, Bachar Haïdar, Bachar Ziad Halabi, Béchara Charbel, Béchara Atallah, Paul Taber, Bachir Osmat, Boutros Moawad, Bikr Solh, Bissane el-Cheikh, Taymour Brich, Thaër Ghandour, Jad Yateem, Jacqueline Saad, Jean-Pierre Frangié, Jamal Assi, Joumana Haddad, Jamil Hammoud, Georges Massouh, Joseph Badaoui, Gisèle Khoury, Hazem el-Amine, Hazem Saghiyé, Habib Bzeih, Habib Nassar, Habib Darwiche, Houssam Itani, Hassane Hammoud, Hanna Saleh, Hassan Chami, Hassan Kotb, Hassan Krayem, Khaled Hussein el-Houjeiri, Khaled Sbeih, Khaled Izzi, Khaled Yassine, Dalia Obeid, Dana Kahil, Dalal Bizri, Diana Moukalled, Diala Haïdar, Dima Charif, Dima Krayem, Raëd Abou Chacra, Rached Fayed, Rania Jaroudi, Racha el-Atrache, Racha el-Amir, Rafic Ftouh, Roula Mouwaffaq, Rana Eid, Rana Najjar, Rony el-Assaad, Rayane Maged, Rima Maged, Rim el-Jundi, Rima Nakhel, Rida el-Maoula, Rawan Halaoui, Raëd Bou Hamdane, René Moawad, Rouba Beydoun, Roudeina Baalbacki, Zaki Taha, Zahia Safa, Ziad Maged, Ziad Abdel Samad, Ziad Antar, Zeina Mansour, Tarek Tamim, Tarek Succariyé, Tarek Hawa, Talal Khoury, Ralal Tohmé, Tony Chakar, Tony Francis, Sara Chahine, Salem Maarabouni, Samer Dabliz, Saad Faour, Saoud el-Maoula, Samar Mogharbel, Semaan Khawam, Samir Zaatiti, Samir Alwane, Sanaa Salhab, Siham Harb, Souhail Nasser, Sawsan Abou Zohr, Célina Hamadé, Chadi Hanouche, Charles Chehwane, Chadha Charafeddine, Shirine Abou Chacra, Sobhi Amhaz, Sobhi Mahdi Abdallah, Souhaid Jawhar, Abbas Abou Zeid, Abbas el-Jawhari, Abbas Nasser, Abdel Rahmane Ayyas, Abdel Ghani Imad, Abdallah Haddad, Abdel Mottaleb Bakri, Abdel Nasser Succariyé, Abed Kreidiyé, Abdel Wahhab Badirkhan, Adnane Salamé, Izzat Charara Beydoun, Akl Awit, Ali Ahmad Rabah, Ali el-Hajj Sleimane, Ali el-Sayyed, Ali el-Merhebi, Ali Hajo, Ali Hammoura, Ali Zaraket, Ali Charafeddine, Ali Tayy, Ali Cheaib, Ali Izzeddine, Ali Mohammad Hassan el-Amine, Ali Mrad, Ali Makki, Imad Dirani, Imad el-Chidiac, Imad Ftouh, Imad Komeiha, Omar Harkouss, Ghada Araïbi, Ghita Daher, Fady Toufeily, Fady Toufic, Fady Melhem, Farès Khachane, Farouk Yaacoub, Fatima Houhou, Fatima Mourtada, Firas Abou Hatoum, Fadil Hammoud, Fouad el-Mokaddem, Fouad Salamé, Fawzi Zebiane, Fawzi Ferry, Fawzi Yammine, Kassem Kassir, Kassi Charara, Kamal Aziz Nassif, Chrystelle Khodr, Lokman Slim, Louma Rabah, Luna Safwan, Layla Masri Jundi, Liliane Daoud, Lina Sahhab, Mark Daou, Maria Georges Khayssi, Maher Abou Chacra, Maher Itani, Maya Khadra, Maya Fidawi, Mike Ayyache, Mohsen Hussein, Moustapha Ahmad, Moustapha el-Turk, Moustapha Fahs, Mohammad Ahmad Choumane, Mohammad el-Houjeiri, Mohammad el-Aziz, Mohammad Anouar Baassiri, Mohammad Badawi, Mohammad Chami, Mohammad Chbaro, Mohammad Awada, Mohammad Mekkaoui, Mohammad Mikati, Mohammad Hammoud, Mahmoud Soueid, Mahmoud Doha, Mohammad Kassem, Marwan Abi Samra, Marwan Georges el-Najjar, Massoud Younès, Motaz Fakhreddine, Makram Rabah, Manar Wehbé, Manale Nahhas, Mona Jahami, Mona Khoueiss, Mona Fayad, Mohannad el-Hage Ali, Maha Bidawi, Maha Aoun, Monica Borgmann Slim, Mirella Salamé, Michel Hajji Georgiou, Michel Doueihy, Mayssam Hindi, Mimosa Arawi, Nader Fawz, Nafeh Saad, Nadine Labaki, Nadine Ferghol, Nahed Youssef, Nabil Halabi, Nabil Ismaïl, Nabil Abdel Fattah, Nada Abdel Samad, Nadim Houry, Nadim Koteich, Nehmé Mahfoud, Nawal Moudallali, Nour Blok, Hani Minkara, Hachem Adnane, Hoda Husseini Fayed, Hoda Chehabeddine, Hicham Bou Nassif, Hicham Zeineddine, Hanaa Jaber, Hind Darwish, Hovic Habchian, Hiyam Halawi, Haytham Chamas, Haytham Hilal, Wassef Khalaf, Wadih Mazraani, Wissam Saadé, Walid Hussein, Walid Fakhreddine, Yakzan Takki, Yorgi Tayrouz, Youssef el-Khalil, Youssef Bazzi et Yolla el-Hage.

 

 

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M.E

Très beau texte. Nous sommes comme les besaciers de la fable, "Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous". C'est LA grande malédiction de cette peuplade que nous sommes devenus. Champions du monde d'hypocrisie et de mépris pour autrui.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE MAINMISE FASCISTE...

C.K

290 illustres inconnus et les 10 restants nous garantissent-ils la Paix et la Sécurité du territoire le temps que ces "invités" regagnent leur pays?
L'actualité que nous vivons semble le démentir.

Alexandre Hage

C'est dur pour un petit pays comme le Liban ;en difficulté financière de porter le poids de plus d'un million de réfugiés certes. Cependant la grandeur de la culture libanaise réside dans sa culture de bienvenue et de son accueil. Durant notre guerre civile à nous, les syriens de tout bord Pro ou anti régime avaient ouvert leurs maisons aux libanais. Que l'on veuille ou pas la seule frontière terrestre pour le Liban est la Syrie. Alors Ayb de se comporter d'une façon moins élégante envers des gens qui reviendront un jour chez eux et qui s'en souviendront de leur passage dans notre pays. Il faut organizer certes mais l'accueil et non la haine.

NAUFAL SORAYA

Il semble qu'on rate encore une occasion de ne pas être plus royaliste que le roi, et surtout, de ne pas en faire payer le prix par ceux qui ne semblent jamais voir le mal ou les conséquences désatreuses, nulle part, dans leurs prises de position...

AIGLEPERçANT

Pas de panique les gars , ces pauvres victimes du complot occidental seront rentrés chez eux pour reconstruire leur pays , et qu'on arrête de voir des vainqueurs " pour le moment" , parce que le provisoire c'est la chose qui dure le plus longtemps ..

Irene Said

Monsieur Youssef BAZZI et les 260 signataires de la petition,

oui, si avoir peur des multiples conséquences néfastes de la présence pas toujours innocente des "réfugiés" chez nous est pour vous du "chauvinisme",
alors oui et mille fois oui nous sommes

C H A U V I N I S T E S !!!

Vous pouvez écrire et dire une quantité de belles théories, faire des petitions...la réalité est dangereuse à tous points de vue, vous le savez très bien !
Irène Saïd

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