L’édito de Michel TOUMA

Rendez-vous raté avec l’histoire

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
19/07/2017

Il est rare de voir émerger au Liban un large consensus national autour d'une question à portée stratégique ou d'ordre existentiel. La position libanaise portant sur l'urgence et le caractère inéluctable d'un retour des réfugiés syriens dans leur pays représente l'un de ces rares cas sur lequel s'accorde l'ensemble des parties politiques.

Le soutien sans équivoque du Premier ministre à l'armée dans l'affaire des récentes perquisitions de la troupe dans un camp du jurd de Ersal et la position ferme du ministre de l'Intérieur au sujet du projet suspect de manifestation syrienne contre la grande muette sont l'illustration de cette rare unanimité locale qui se manifeste au sujet de ce dossier.

Le chef du gouvernement devait d'ailleurs réaffirmer sa position de principe à cet égard lors de la séance plénière du Parlement, hier, mettant l'accent, une fois de plus, sur le plein appui du pouvoir exécutif aux forces régulières dans leur lutte contre le terrorisme et soulignant qu'une enquête est en cours en vue d'éclaircir les circonstances de la mort de réfugiés syriens en détention.

Cette attitude libaniste de la part du leadership sunnite modéré n'est pas nouvelle et ne revêt nullement, de ce fait, une dimension uniquement conjoncturelle. D'aucuns se souviendront peut-être du précédent de décembre 1992 lorsqu'Israël avait expulsé vers le Liban, à travers la zone méridionale, plus de 400 fondamentalistes sunnites palestiniens du Hamas et du Jihad islamique, conduits par un médecin de Gaza, le Dr Abdel Aziz Rantissi. Le Premier ministre de l'époque Rafic Hariri avait alors catégoriquement refusé de laisser entrer en territoire libanais les islamistes sunnites palestiniens qui étaient restés coincés pendant de longs mois, en dépit de la neige et du froid, dans un no man's land entre le Liban et Israël, dans un campement érigé pour la circonstance à Marj el-Zouhour. Face à l'attitude ferme de Rafic Hariri, appuyé en cela par les principaux pôles du pouvoir, Israël avait été contraint de revenir sur sa décision d'expulsion.

Cet épisode a reflété en quelque sorte l'un des indices précurseurs de la posture souverainiste sunnite qui allait se développer, au fil des ans, pour se transformer en une lente maturation, atteignant son apogée en février-mars 2005 lors de la révolution du Cèdre, laquelle avait pris alors toute sa dimension nationale, transcommunautaire, grâce à une convergence vers un même projet politique des composantes chrétienne, sunnite et druze, parallèlement à une élite chiite.

Nous nous trouvons aujourd'hui face à une situation un tantinet similaire. À une nuance près... L'ensemble des factions locales sont d'accord, certes, sur le rejet du maintien des déplacés syriens au Liban et sur la nécessité d'entamer sans délai leur retour en Syrie où certaines zones, suffisamment larges, connaissent un semblant de sécurité. Un bémol est toutefois apporté à cet apparent consensus national du fait des tentatives d'instrumentalisation de ce dossier. L'insistance du Hezbollah et de certains de ses alliés locaux à vouloir exploiter l'entente sur les exilés syriens pour entraîner le pouvoir libanais à rétablir les relations avec le régime Assad constitue, à n'en point douter, une attitude de défi à l'égard des sunnites en général, mais aussi de tous ceux (notamment une large faction des opinions chrétienne et druze) qui refusent toute normalisation avec le régime Assad. Le président de la Chambre Nabih Berry l'a d'ailleurs lui-même reconnu en soulignant audacieusement qu'il « comprenait » la position du courant du Futur à ce propos.

Dans cette optique, s'obstiner à vouloir redonner, dans le contexte présent, une légitimité au « pouvoir » en place à Damas revient à faire fi de l'esquisse de consensus national libaniste qui peine, certes, à se mettre place, mais qui se manifeste malgré tout à certaines occasions et qui mérite, en tout cas, d'être entretenu et développé à petits pas. À cet égard, le Hezbollah a sans doute raté quelque part un rendez-vous avec l'histoire. Au lieu de s'impliquer massivement dans le conflit syrien, il aurait mieux fait de saisir une occasion inespérée de contribuer à une sorte de nouvelle révolution du Cèdre, plus forte peut-être que celle de 2005, s'il s'était associé, dès l'émergence des courants extrémistes en Syrie, à un vaste front transcommunautaire, regroupant toutes les composantes sociopolitiques du pays qui se seraient solidarisées, dans un bel élan national, avec l'armée et les autres services sécuritaires dans leur lutte contre le terrorisme et les tentatives d'infiltration jihadiste. Mais ne rêvons pas... Un tel hypothétique cas de figure n'est qu'une chimère. Car, revenons aux réalités, le Hezbollah n'est mû que par un projet politique transnational qui le dépasse largement et qui prend inexorablement en otage le Liban dans son ensemble.

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LA TABLE RONDE

A la critique qui est faite à la Dame Scarlett qui trouve qu'elle encense La Résistance du hezb un peu trop , permettez moi d'en faire une ( avec espoir d'être publié cette fois ) à vous mr touma qui , systématiquement , et vous n'êtes pas le seul , critiquiez la résistance du Hezb .

Je ne sais pas si au Liban les politiciens QUI ont la réputation d'avoir de courtes vues , on arrivera un jour à transcender la vision du petit bout de la lorgnette , pour comprendre enfin un jour que le Liban est DE TOUTE FACON ET IL L'A TOUJOURS ETE , UN PAYS PRIS EN OTAGE DEPUIS SON INDEPENDANCE .

AVONS NOUS EU DES CRITIQUES DANS CE JOURNAL DE LA MAIN MISE FRANCAISE ? AMERICAINE ? SAOUDITE ? ISRAELITE , DE 82 A 2000 ?

JE NE M'EN SOUVIENS PAS .

MAIS QUAND IL S'AGIT D'UN PAYS QUI NE RENTRE PAS DANS LES CRITERES CITES PLUS HAUT , ON NE CHERCHERA MEME PAS A ANALYSER LES RESULTATS , ON CONDAMNERA TOUT DE GO .

QUE VEUT LE PEUPLE LIBANAIS ? N'est ce pas le retour des refugies PALESTINIENS ET SYRIENS ??????
DONNEZ NOUS DES SOLUTIONS AVANT DE CONDAMNER UN PARTI DE LA RESISTANCE ET DE SES ALLIES RUSSES , IRANIENS , IRAKIENS SYRIENS , CHINOIS ET AUTRES ...

MR TOUMA NE VOUS VEXEZ PAS DE MA FRANCHISE ET PERMETTEZ QU'ON ME PUBLIE SVP !
RANS RANCUNES !

Gebran Eid

L'ARABIE SAOUDITE A LES MOYENS ET LA PLACE POUR LES ACCUEILLIR. EN PLUS ILS SONT SUNNITES. LA VOILÀ LA BLAGUE D'AUJOURD'HUI.

gaby sioufi

NE REVONS PAS !
cela resume bien la realite des choses :
le hezb ne travaille pas pour le bien du liban , jamais ne le fera.
le hezb , pour etre plus coulant travaille pour le bien d'un Liban asservi a l'iran et a ses projets qui sont a TRES LONG TERME.
donc, NE REVONS PAS !

Hitti arlette

Comment voulez vous alors éradiquer le fléau de la présence des réfugiés sur notre territoire ? C'en est un m. Touma , non ? Où irons nous chercher recours alors que les communautés internationnales nous tournent le dos . Reconnaitre ou non la légitimité du président Assad ne saurait être le hic quand le sort des libanais est en jeu . Traiter avec le diable oui ,si ce dernier serait la solution , et sans complexe.

M.E

De cinq choses l'une:

1) On les exécute
2) On les parque dans le no man's land entre les deux pays
3) Les libanais s'entendent pour exiger d'une seule voix des Nations Unies qu'ils les ramènent en Syrie, sans doute dans des régions démilitarisées
4) On cède au maître-chanteur de Damas et à ses suppôts locaux
5) On ne fait rien

La seule bonne solution, la troisième, ne marchera jamais. Les deux premières feraient désordre. Il semble évident que la seule voie envisageable est un mélange de la quatrième (à supposer qu'elle ne cause pas de trop gros saignements au fondement du pays déjà passablement usé) et de la cinquième avec si possible des sous pour aider le pays à les garder et accessoirement pour les preneurs d'otages professionnels et opportunistes dont regorge la classe politique du pays

Bery tus

exsctement !! Dommage car il y a certaines personnes de cette communautés qui aiment le hezb mais qui sur le point de vue régional ne partage pas ces idéaux ...

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