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Liban

L’opposition et la société civile s’élèvent contre les moyens de financement

Grille des salaires
24/07/2017

Les partis de l'opposition et les acteurs de la société civile ont participé massivement hier à une manifestation au centre-ville pour exprimer leur colère contre les mesures fiscales adoptées mercredi dernier par les députés en vue de financer la grille des salaires votée il y a quelques jours. Ils ont demandé au chef de l'État, Michel Aoun, de renvoyer ces textes législatifs financiers au Parlement, faute de quoi, ont-ils menacé, ils n'hésiteront pas à recourir au Conseil constitutionnel pour les faire invalider.

Le mouvement de protestation a ainsi rassemblé les militants de plusieurs partis, notamment le parti Kataëb, le Parti national libéral (PNL) et le Parti communiste, ainsi que des membres de l'Union nationale des syndicats des travailleurs et l'Union de la jeunesse libanaise démocratique, et de nombreux activistes des campagnes « Nous voulons des comptes », « Le changement arrive » et « Vous puez ! »

Partis du siège de la municipalité de Beyrouth, les manifestants se sont dirigés vers la place de l'Étoile, en passant par la rue des Banques, pour protester contre les nouveaux impôts, qui, selon eux, paralyseront l'économie lorsqu'ils seront mis en application. Parmi les injonctions qu'ils ont lancées aux députés : « N'imposez pas des taxes aux pauvres », « Ne couvrez pas le vol et les voleurs » et « Faites cesser la corruption ».

Prenant la parole au milieu de la foule, le vice-secrétaire général du parti Kataëb, Patrick Richa, a demandé au président Aoun de « renvoyer la loi au Parlement », sinon, a-t-il mis en garde, « nous exercerons une pression sur ceux parmi les députés qui ont montré leur mécontentement à l'égard de cette loi, afin de les pousser à signer un recours pour inconstitutionnalité ».

 

(Lire aussi : La hausse des scolarités inévitable après l'adoption de l'échelle des salaires)

 

« Entachée dans la forme et dans le fond »
Contacté par L'Orient-Le Jour pour s'expliquer sur les aspects que le parti Kataëb estime contraires à la Constitution, M. Richa affirme que la loi votée « est entachée tant dans la forme que dans le fond ». « Dans la forme, le vote est censé se dérouler par appel nominal, c'est-à-dire que chaque député est invité à participer nominativement, à tour de rôle, de façon à faire part de sa position », explicite-t-il, regrettant que « l'adoption de la loi s'est faite à main levée ».

M. Richa affirme qu'au cours de la séance législative, « lorsque les députés du parti ont demandé au président de la Chambre, Nabih Berry, d'appeler chaque parlementaire, il a acquiescé, avant qu'il n'y renonce à la faveur d'un brouhaha après lequel l'Assemblée a finalement voté comme un seul homme pour la loi ». « C'est que la question du financement de l'échelle des salaires est si sensible que la grande majorité des députés préfère ne pas exprimer ouvertement ses convictions », constate le cadre Kataëb, soulignant par ailleurs que, dans le fond, « le projet de loi présenté dans l'hémicycle aurait dû être accompagné d'une étude d'impact économique, afin que les députés prennent connaissance des répercussions financières, économiques et sociales qui peuvent en découler, et puissent se prononcer en conséquence, ce qui n'a pas été fait ».

Souhaitant en outre que le chef de l'État use de sa prérogative de renvoyer la loi à l'assemblée plénière du Parlement pour être réexaminée, M. Richa a indiqué que, dans le cas contraire, son parti œuvrera à un recours auprès du Conseil constitutionnel, recours qui, indique-t-il à L'OLJ, ne peut être exercé qu'après la parution de la loi au Journal officiel.

Enfin, si le responsable Kataëb reconnaît que certaines mesures fiscales stipulées dans la loi sont justifiées, citant par exemple « les impôts sur les biens-fonds maritimes où des constructions illégales sont édifiées, ainsi que les impôts sur les contrats de vente de biens immobiliers et sur les plus-values immobilières », il dénonce entre autres « la hausse des droits de timbres fiscaux et la révision des tarifs de téléphonie mobile, qui visent les poches des particuliers ».

Lors de la manifestation, Serge Dagher, membre du bureau politique des Kataëb, a pour sa part indiqué que « la bataille que nous menons est celle du peuple parce que 45 % des impôts visent les classes moyenne et pauvre », déplorant le fait que « les frais de scolarité vont augmenter de 1 000 dollars par élève ». « Face au pouvoir en place qui considère que la population est comme anesthésiée et ne réagira pas, nous devons nous soulever contre cette mafia dont le devoir est de financer la grille des salaires autrement qu'en imposant des taxes », a-t-il tonné, notant que le chef de l'État, Michel Aoun, doit renvoyer la loi (au Parlement), sachant qu'il détient le plus grand bloc parlementaire. Revendication d'ailleurs réitérée par le président de l'Union nationale des syndicats des travailleurs, Castro Abdallah, qui a exhorté M. Aoun à « se tenir aux côtés du peuple et renvoyer la loi sur les impôts ».

Dans son allocution, le président de l'Organisation des étudiants du PNL, Simon Dargham, a également souligné que « l'objectif est de faire pression sur les députés pour qu'ils réexaminent la loi », assurant qu'« il ne sera mis fin à cette pression que lorsqu'une solution sera trouvée ».
Abondant lui aussi dans le même sens, le secrétaire général du Parti communiste libanais, Hanna Gharib, a affirmé que « la bataille des dossiers socio-économiques contre les requins de la finance est ouverte jusqu'à faire annuler les impôts », stigmatisant « l'imposition de taxes aux citoyens qui ne bénéficient pas de la grille des salaires ».

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI ON FAIT PAYER LES DUS ET ON TAXE TOUS CEUX QUI ONT ACCAPARE DES TERRAINS ET DES PARCELLES DU LITTORAL DEPUIS LA GUERRE CIVILE JUSQU,AUJOURD,HUI ON FINANCE PLUSIEURS GRILLES ET ON REDUIT LA DETTE DE L,ETAT !!!

Marie Claude Hélou Saadé

Dans un pays comme le nôtre, corrompu jusqu’à la moelle, l’objectif prioritaire est d’arrêter immédiatement toutes les formes de corruption et de gaspillage avant de débattre de l’opportunité ou de l’inopportunité de certains impôts et taxes et cela essentiellement pour deux raisons: d’une part pareil débat ferait le jeu de ceux qui entendent poursuivre leurs entreprises de corruption car en imposant les citoyens, on peut continuer à barboter dans les caisses pour combler le déficit; d’autre part, tout impôt quel qu’il soit se répercutera nécessairement sur l’ensemble des citoyens, ne nous faisons aucune illusion, car ceux qui y seraient soumis ne manqueraient pas de répercuter les montants prélevés par le fisc sur leurs opérations futures. Les sources de corruption sont maintenant connues de tous et tant que le pillage des ressources de l’Etat se poursuit avec l’effronterie que l’on connait, parler de bons et de mauvais impôts reviendrait à faire la ridicule distinction entre la bonne et la mauvaise corruption. De plus, avec quel cynisme peut-on imposer un citoyen tant que celui-ci n’a pas accès au minimum des minimums des services publics vitaux auxquels il a droit ?

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