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Culture

Hercule ou l’homme qui marche ?

Focus

Prix Nespresso à la Semaine de la critique à Cannes 2017, « Makala », le film du réalisateur français, a été présenté au Metropolis Empire Sofil. On n'en sort pas indemne, et c'est tant mieux.

13/07/2017

Allure fine, le visage juvénile, malgré ses quarante ans passés – c'est probablement sa curiosité des hommes et de la vie qui lui insuffle cette jeunesse–, Emmanuel Gras est un ponctuel. Il arrive à l'entrevue à 18 heures précises. Un challenge dans un pays de trafic et de retards accumulés. La couleur est donc annoncée : le cinéaste a le respect de l'autre, et surtout du travail des autres. Pas surprenant donc qu'il ait réalisé un film comme Makala (qui signifie charbon en swahili) où il dépeint la longue marche d'un charbonnier pour vendre le produit de son travail.

Emmanuel Gras n'est pas inconnu du paysage libanais. Après une licence d'histoire, et ayant toujours aimé le 7e art, il entame des études d'audiovisuel pour parfaire son cursus à l'École Louis Lumière. Il viendra par la suite travailler comme opérant cinéma à l'Institut français du Liban, à l'époque le Centre culturel français. Il retourne en France après plus d'un an passé au Liban à organiser des festivals, notamment une édition de Ciné caravane, pour se consacrer à la réalisation du genre
de films qu'il aime.

 

(Lire aussi : Une histoire sicilienne, ou quand la Sicile devient Vérone)

 

Attentif et attentionné
Chef-opérateur sur certains plateaux de tournage, Emmanuel Gras se met à observer, à jeter un regard sur les hommes et sur la vie pour enfin être aux commandes. Après Bovines (2011), Être Vivant (2013), 300 Hommes (2014), il poursuit son parcours au Congo pour filmer, dans Makala, la dure vie de ce charbonnier. Ses documentaires, s'ils sont inspirés de la réalité, deviennent sous son regard fin, profond mais pudique, des films allégoriques et poétiques. « Du vrai cinéma, dit-il, avec de la lumière et de la musique élaborée, à tel point que le spectateur ne sait plus s'il est dans la réalité ou la fiction. » « Je cherche, poursuit-il, à donner de l'expressivité au documentaire. »

Le réalisateur découvre le métier qu'il veut filmer et qui l'intrigue au cours d'autres tournages au Congo. « Les charbonniers sont nombreux dans ce pays. Ils s'attaquent à des arbres immenses, les coupent de leurs bras fiers qui construisent des fours, découpent le bois pour le transformer en petits morceaux de charbon et vont finalement les vendre en ville (un parcours très long) sur de simples vélos surchargés. » En rencontrant beaucoup de charbonniers, le sort tombe finalement sur Kabwita Kasongo, habitant la région du Katanga, dans un village près de Kolwezi, en République démocratique du Congo, à peine trente ans, élancé et robuste. Il passe sa vie à faire les mêmes gestes, les mêmes mouvements, dans un même rythme et toujours dans la soumission et la prière. Il demande à Dieu qu'il lui donne surtout la force de continuer ce travail afin de faire vivre sa famille. « Kasongo m'a tout de suite plu, avoue Emmanuel Gras, et j'ai eu envie de faire le film avec lui. »

Makala se concentre sur le temps avec l'attention donnée aux menus détails qui font la vie. « C'est avec la lenteur que la caméra peut traduire au mieux les sensations. » Le spectateur a l'impression de vivre le parcours de Kabwita en temps réel grâce à de nombreux plans-séquences. Une lenteur hypnotique à laquelle il n'est plus habitué. Le monde qui lui est présenté n'est jamais du déjà-vu ou commun. Ici, le spectateur découvre les misérables, non pas passifs de Victor Hugo, mais ceux en marche comme l'homme de Giacometti. Un chemin de croix. Emmanuel Gras raconte l'histoire de ces héros méconnus, dont on ne parle jamais. À la fois matériel et spirituel, Makala et son réalisateur nous invitent à une redécouverte de la vie. La vraie.

 

 

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