Culture

Une histoire sicilienne, ou quand la Sicile devient Vérone

Rencontre

Comment deux âmes désespérées peuvent-elles créer une bulle de rêve afin de sauver leur propre humanité ? Comment creuser dans le tréfonds de l'homme, dans sa douleur insupportable, pour atteindre la lumière ? C'est ce que raconte « Sicilian Ghost Story », Ruban d'argent pour la meilleure photo et sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes.

13/07/2017

Présenté à Metropolis par les deux coréalisateurs et coscénaristes Fabio Grassadonia et Antonio Piazza au travail fusionnel, la rencontre a eu lieu à deux voix, voire une seule.

Quand avez-vous décidé de travailler ensemble ?
Nous sommes tous deux originaires de Palerme (Sicile) et nous l'avons quittée pour nous installer à Rome. Mais nous nous sommes connus auparavant à Turin, lors de nos études de cinéma. Nous étions tout d'abord scénaristes, mais lors de notre premier travail en commun, nous avons réalisé que s'il fallait faire un film comme nous le voulions, nous devions le diriger nous-mêmes. C'est ce qui a été fait : d'abord Salvo qui a été une réussite, puisqu'il a reçu le grand prix du jury de la Semaine de la critique en 2013, et actuellement Sicilian Ghost Story. Nous travaillons également comme consultants en développement de scénarios et collaborons avec de nombreuses institutions, comme la Résidence de la Berlinale, Nisi Masa ESP ou encore le FilmLab de Turin.

Et quelle est votre méthode de travail ?
Pour le scénario, nous faisons toujours un brainstorming et nous nous distribuons le travail, scène par scène, sans dialogues. Si chacun en choisit une partie, nous les relisons quand même tour à tour et respectivement. C'est donc toujours un aller-retour. Quant à la réalisation, nous sommes tellement préparés d'avance que nous arrivons sur le plateau de tournage avec les idées bien fixées. Si tout se passe harmonieusement, c'est parce que nous partageons non seulement la même vision artistique, mais aussi une philosophie anthropologique et sociale similaire.

Pourquoi avoir choisi comme sujet du film l'histoire de ce petit garçon mort il y a bien longtemps ?
Dans les décennies 80/90, la Sicile a plongé dans ce qu'il y a de plus macabre et de plus violent de son histoire. Ce garçon, fils d'un mafieux qui a dénoncé les plus grands noms à la police, a été séquestré, jeté dans un sous-sol sans hygiène ni alimentation normale. Il écrivait des lettres à son père qui demeuraient sans réponse. Après plus de 365 jours de séquestration, le garçon a été étranglé et jeté dans l'acide. Cette histoire qui s'est mal terminée, et dans une indifférence totale, nous a poussés à quitter le pays. Nous sommes partis avec une peine énorme qui nous hantait... tel un fantôme. Et quand nous avons décidé d'en faire un film, nous avons traité les faits réels à la manière d'une fable.

Comment une histoire horrible a pu devenir une histoire d'amour ?
En tant que scénaristes et réalisateurs, on ne pouvait raconter l'histoire comme telle. C'était trop horrible. Il fallait la présenter de manière qu'elle offre à la fin une sorte de rédemption. C'est pourquoi nous avions imaginé le personnage de Luna, la fille qui allait tomber amoureuse du jeune garçon dont on a volé la vie et l'amour, et qui allait tout faire pour le sauver. Tout comme Roméo et Juliette qui s'aimaient malgré la mort.

Comment définir votre cinéma ? Quel genre lui donneriez-vous ?
Nous ne sommes pas comme les Américains qui catégorisent leur cinéma en lui donnant différents genres (thriller, horreur ou science-fiction). Notre cinéma a pour objectif de ne jamais pouvoir définir les limites entre rêve et réalité, et comme le dit le personnage de Luna dans le film : si on rêve, c'est donc aussi réel. Tout ce mélange est si complexe, et c'est ce qui nous rend d'ailleurs humains. Si on sépare notre vie intérieure de l'extérieur, cela signifie qu'on perd notre humanité.

Parlez-nous des jeunes adolescents qui sont les deux personnages principaux de votre film...
Il nous a fallu neuf mois pour les choisir. Nous sommes allés en Sicile, avons sillonné les écoles à la recherche de ces deux enfants qui allaient interpréter des rôles principaux difficiles. Et nous avons enfin trouvé ce groupe de six adolescents qui se connectaient bien ensemble.

Vous avez tourné en Sicile, pourtant le film est assez sombre.
Nous aimons nous jouer des clichés et aller contre les pensées acquises. L'Italie n'est pas uniquement du ciel bleu, de la mer et du soleil. Le pays est constitué également de rudes montagnes, de volcans et de forêts touffues. Sicilian Ghost Story est aussi le miroir de cette Italie complexe.

 

 

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