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Liban

Après l’empoignade du Parlement, des activistes comptent intenter une action en justice

Droits de l’homme

Wadih Asmar du collectif « Vous puez ! » rappelle que les manifestants ont exercé un droit constitutionnel.

19/06/2017

La violente empoignade qui a eu lieu vendredi place de l'Étoile entre des protestataires qui dénonçaient la nouvelle loi électorale et les forces de l'ordre chargées de la protection du Parlement a continué de faire des vagues ce week-end. Nombreux sont ceux, dans ce contexte, à dénoncer la violence à laquelle les activistes ont été confrontés. Des activistes qui comptent intenter une action en justice.

Le ministre d'État aux Droits de la femme, Jean Oghassabian, a appelé dans un tweet à « déterminer les responsabilités dans l'affaire de l'attaque contre les femmes activistes qui, ironie du sort, s'est produite simultanément avec le renvoi du quota féminin ». De son côté, le député Ghassan Moukheiber a dénoncé « les scènes de violence brutale qui ont enflammé les médias et les réseaux sociaux, et qu'on pensait appartenir à un passé douloureux et révolu ». « Il n'y aura pas de place pour ce genre de pratiques dans l'État auquel nous aspirons et auquel nous ne pourrons accéder sans une reddition de comptes stricte, publique et rapide », peut-on lire dans le communiqué publié par le député. Le département des jeunes du Parti socialiste progressiste a, lui aussi, dénoncé dans un communiqué l'attaque contre des activistes qui ne faisaient qu'exercer leur droit à exprimer en toute liberté leurs opinions.

Certains, à l'instar du député Ali Khreiss, membre du bloc parlementaire de Nabih Berry, ne partagent pas ce point de vue. Le député a ainsi traité les activistes d' « illuminés » et les a accusés d'agression contre les forces de l'ordre chargées de la protection du Parlement, considérant qu'il s'agit d'un acte de « caprice démocratique » et non pas de liberté d'expression.

(Lire aussi : Découpage électoral : le changement en trompe-l’œil)

Le collectif « Vous puez ! » n'a pas tardé à répondre à M. Khreiss. « Nous aurions bien aimé entendre la voix du député Ali Khreiss, membre d'un Parlement dont le mandat a été prorogé trois fois, si seulement il avait présenté des projets de lois au Parlement ou pratiqué son devoir de législateur, au lieu de répéter des discours qu'on avait l'habitude d'entendre du temps de Ghazi Kanaan et Rustom Ghazalé », peut-on lire dans un communiqué du collectif, faisant référence à la période de la tutelle syrienne sur le Liban.

« Vous puez ! » a démenti toute accusation d'agression contre les forces de l'ordre, soulignant que les activistes se sont contentés de lancer des œufs et des tomates sur le pare-brise des véhicules des députés à l'entrée du Parlement. Le collectif a ajouté qu'il fera assumer la responsabilité de ce qui est arrivé vendredi et de ce qui pourrait les toucher à l'avenir au président de la Chambre Nabih Berry.

Le recours à la justice

Joint au téléphone par L'Orient-Le Jour, le journaliste et activiste Bachir el-Khoury a assuré que la société civile intentera une action en justice. « Encouragés par la position du président du barreau de Beyrouth, Antonio Hachem, en faveur des manifestants, nous allons recourir à la justice », a-t-il affirmé. « Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une poursuite judiciaire habituelle, puisque c'est tout un groupe de personnes qui intentera un procès et qui le mènera jusqu'au bout », a ajouté M. Khoury.
L'activiste a exprimé l'espoir que le corps judiciaire, de son côté, soit indépendant et qu'il ne se soumette pas aux pressions politiques. « Nous voulons que cette action constitue, une bonne fois pour toutes, une leçon à cette espèce d'unité militaro-policière, et je dirais même milicienne », a-t-il dit.
Abondant dans le même sens, Wadih Asmar du collectif « Vous puez ! » a tenu à rappeler que les manifestants ont exercé un droit constitutionnel. Quant aux œufs et aux tomates, « ce ne sont pas des armes létales », a-t-il lancé non sans ironie. L'activiste n'a pas manqué de dénoncer à son tour des discours qui rappellent l'époque de l'occupation syrienne.

Le directoire des forces de l'ordre chargées de la protection du Parlement a, pour sa part, démenti dans un communiqué que certains de ses éléments portaient l'uniforme de l'armée libanaise au moment où l'empoignade s'est produite.


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George Khoury

le ministre de la justice chez nous prend parti...comment intenter un proces et avoir un resultat equitable?? c'est pire que la periode syrienne, il faudra encore plus de volonte, qui ne manquera pas

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