Liban

Le scrutin ou la loi ?

Les échos de l’agora
19/06/2017

Les Libanais doivent-ils féliciter l'establishment d'être parvenu à un accord concocté dans l'obscurité de ses officines ? Certainement pas, car la bonne foi du citoyen ordinaire a été, une fois de plus, abusée. La loi électorale, sortie miraculeusement du chapeau du magicien, est un trompe-l'œil. Point n'est besoin de critiquer le scrutin proportionnel plurinominal, même tempéré et corrigé par de sombres intérêts, ni de perdre son temps à discuter des avantages et des inconvénients de tel ou tel mode de scrutin. La proportionnelle adoptée est un mode culinaire qui mélange dans une même potée (ou makhlouta en arabe) tous les restes d'un repas, voire de plusieurs repas.
La tromperie politique qui vient d'avoir lieu instille dans les esprits un virus mortel, celui qu'on peut agir comme si la loi n'existe pas. En 2008 à Doha, suite à l'expédition punitive du Hezbollah contre la ville de Beyrouth, la loi électorale de 1960 avait été présentée comme une solution providentielle. La même loi est aujourd'hui diabolisée par un establishment qui a piteusement capitulé devant les forces de facto qui ont fait main basse sur le pays.
Le citoyen ordinaire doit savoir que la périodicité des scrutins électoraux, selon les échéances constitutionnelles, passe avant la modification de la loi électorale. Ne pas respecter ces échéances, quel que soit le prétexte, est non seulement une profanation de la sacralité de la loi mais également un acte de haute trahison. La classe politique libanaise a, une fois de plus, agi comme si la loi n'avait aucune valeur en soi et était le reflet de la volonté consensuelle des acteurs ou des unités, en compétition dans l'incessante lutte pour le partage du pouvoir. En d'autres termes, la loi est supposée s'adapter à la volonté politique et ce n'est plus cette dernière qui doit se plier et obéir aux dispositions de la loi. La loi serait devenue un accessoire commode aux politiciens libanais, au même titre qu'une cravate, une paire de chaussures ou un chapeau. Merveilleux retour aux époques sombres de l'arbitraire des despotes.
Prolonger, pour la troisième fois, le mandat du Parlement de 2009 sous prétexte de bien préparer le scrutin législatif prévu par la nouvelle loi est une scélératesse. Il fallait organiser le scrutin, en appliquant la loi existante, tout en poursuivant le montage du nouveau mode proportionnel.
Malgré les tempérances introduites au scrutin proportionnel plurinominal, afin de servir des intérêts factieux, il faut reconnaître que ce nouveau mode de scrutin offre, sans doute, la possibilité d'un renouvellement partiel de cette classe politique usée jusqu'à la corde par ses compromissions et ses usages tribaux.
Le scrutin proportionnel plurinominal est né avec la création de partis politiques, lesquels n'existent pas au Liban, car ce sont des regroupements féodaux et confessionnels. On veut faire croire que la proportionnelle sert les intérêts supérieurs de la représentativité chrétienne. En réalité, elle sert les intérêts des mastodontes qui ont adopté le modèle antidémocratique du Hezbollah.
Parce qu'elles ne sont pas des partis, ces formations sont obligées, dans les 15 nouvelles circonscriptions, de nouer des accords afin de constituer une liste qui pourrait recueillir le plus de voix. C'était la logique adoptée par l'establishment pluriconfessionnel lors des récentes élections municipales. Ces dernières ont probablement constitué une répétition générale de ce qui risque de se passer aux prochaines législatives.
En face de l'establishment, et dans chacune des 15 circonscriptions, il devient impératif de mobiliser les forces de progrès en vue de constituer une liste civile par circonscription, respectant le quota des sièges confessionnels. Le modèle est le phénomène de « Beyrouth Madinati » aux municipales. Chaque liste serait composée d'individus, ou de représentants de formations politiques, qui refusent la situation actuelle et souhaitent l'instauration d'un État séculier. Peu importe le slogan qui serait adopté : « Liban watani », « Liban baladi », « Liban madinati », etc. Elles peuvent espérer faire entrer au prochain Parlement, élu à la proportionnelle, 10 à 15 nouvelles figures.
Dans ce cas, on verra l'an prochain les larmes et les grincements de dents d'un establishment qui aura été pris à son propre piège.

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