Liban

Sommet de Riyad : le Liban a passé le cap

Éclairage
27/05/2017

On peut dire que le Liban a réussi en définitive à passer le cap du sommet arabo-islamo-américain de Riyad, et à dépasser l'épreuve de la division au sein de la classe politique qui pointait au lendemain de cette rencontre. Au final, le chef de l'État, Michel Aoun, et le Premier ministre, Saad Hariri, ont tranché en réaffirmant d'une seule et même voix leur attachement au discours d'investiture et à la déclaration ministérielle, deux textes fondateurs prévoyant la distanciation du Liban par rapport aux crises régionales et à la politique des axes.

M. Hariri s'est fondé sur ces deux documents qui, a-t-il dit, sont à l'origine de l'uniformité de la position libanaise, qualifiant la présence du Liban à ce sommet de « naturelle ». « Nous œuvrons toujours en direction de la réhabilitation de nos relations, et ce avec l'ensemble des États », a rappelé le Premier ministre. Faisant montre de flexibilité dans son discours prononcé jeudi dernier, le secrétaire général du Hezbollah est venu à son tour rallier la position officielle en saluant les positions respectivement exprimées par le président Aoun et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil. Hassan Nasrallah a insisté sur la nécessité de préserver le calme et la stabilité sur le plan interne avant d'assurer que le sommet de Riyad n'aura pas de répercussions sur la scène locale.

Tout en rappelant l'attachement du Liban à s'éloigner de la politique des axes, le leader chiite a tout de même invité le gouvernement à prendre position par rapport à ce qui se passe au Bahreïn. Un appel qui n'a pas manqué de surprendre certaines parties qui ne comprennent pas l'insistance du Hezbollah notamment à pousser le Liban dans l'axe iranien.

Les propos du ministre d'État pour les Affaires du Parlement, Ali Kanso, qui avait indiqué en plein Conseil des ministres que le Liban aurait dû clairement exprimer sa position lors de ce sommet, rappelant avoir prévenu des conséquences néfastes de cette rencontre, ont également suscité un étonnement dans les milieux du 14 Mars. M. Kanso a fait valoir que ceux qui affirment ne pas vouloir s'aligner sur un axe précis ont tout de même pris part à un événement qui s'inscrit clairement dans un axe précis, justement, celui de l'Arabie saoudite.

Du côté du 14 Mars, on retourne ce même argument contre le camp du 8 Mars, accusé à son tour de bafouer aussi bien le principe de la distanciation par rapport aux crises que la teneur de la déclaration ministérielle en optant, pour le Hezbollah plus précisément, en faveur d'une politique d'ingérence flagrante aussi bien en Syrie qu'en Irak, en Égypte, au Koweït, à Bahreïn et au Yémen, dans ce qui apparaît être un alignement clair et explicite sur l'axe iranien. Ce constat a amené, une fois de plus, certains ténors du gouvernement à exhorter le Hezbollah à retirer ses troupes de Syrie et à libaniser ses choix.

Autre violation claire de la politique de distanciation annoncée par le Liban, soulignent des sources chrétiennes, le fait pour le chef du parti chiite de clamer haut et fort sa fierté d'être un soldat de la wilayet el-faqih, ainsi que son engagement à servir l'agenda iranien et de percevoir des financements de la République islamique. Où se trouve donc la distanciation ? s'interrogent encore ces sources qui tiennent à rappeler que celle-ci doit se concrétiser en actes et non en paroles ou en discours creux. Et de rappeler que le respect de la déclaration ministérielle doit se traduire dans la praxis et non rester de l'ordre du vœu pieux.

Revenant sur les frictions suscitées juste après le sommet de Riyad, le chef du gouvernement s'est demandé si le Liban pouvait faire autrement et boycotter un tel rendez-vous qui, selon lui, s'inscrit dans « le cours naturel des choses », le Liban devant faire de son mieux pour consolider ses relations avec son environnement arabe. D'ailleurs, enchaînent des sources ministérielles, le président Michel Aoun n'avait-il pas lui-même inauguré ses voyages officiels par une visite en Arabie saoudite dès son élection à la tête de l'État, sachant que la tradition veut que le président se rende d'abord en France et au Vatican ? N'avait-il pas non plus exprimé, à Riyad même, sa volonté de s'ouvrir à son entourage arabe et à œuvrer en vue de restaurer les relations du Liban avec les pays du Golfe après la période de tension et de froid qui les avait marquées ? Il faut le reconnaître, poursuivent les sources, le Liban ne pouvait en aucun cas se départir de l'unanimité arabe qui s'est manifestée dans la capitale saoudienne.

De sources politiques, on tient cependant à nuancer ce fait en soulignant que la participation du Liban à cette assemblée ne signifie pas qu'il doit acquiescer et accepter les recommandations qui en ont émané, d'autant que le Liban jouit d'une particularité qui lui a été reconnue au sein de la Ligue arabe.

 

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE CAP DE L,INCONNU ! L,ALIGNEMENT FUT-IL EN PAROLES SUR LES ACTES DE LA MILICE N,ARRETERAIENT POINT LES SANCTIONS QUI VONT TOUCHER TOUT LE LIBAN ET SON SYSTEME BANCAIRE AVANT D,AFFECTER LA MILICE...

LA TABLE RONDE

Le Liban est entrain de devenir ce pays LIBRE et indépendant de ses choix politiques , tant rêvé par tous les libanais.

Et fort et respecté en plus .

gaby sioufi

meme nos hommes politiques sont quelque fois senses !
equilibres meme !
altruistes aussi !
Grace a Dieu !

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