Liban

Le World Monument Watch à la rescousse de Dalieh et du palais Hneiné, à Beyrouth

Patrimoine

Pour le beau, l'ancien, le rare et l'exceptionnel, en un mot pour le patrimoine, l'Observatoire mondial des monuments et Save Beirut Heritage font campagne...

20/05/2017

L'Observatoire mondial des monuments et Save Beirut Heritage ont choisi le 18 mai, Journée mondiale des musées, pour mobiliser la société civile en faveur de la préservation du palais Hneiné qualifié de « monument historique exceptionnel », et d'un des plus beaux landmarks de Beyrouth, Dalieh-Raouché, dans lequel se love un atelier préhistorique considéré comme unique sur la côte nord du Levant. Tous les deux font partie des 50 sites patrimoniaux les plus menacés au monde, publiés sur la liste 2016 du World Monuments Watch et inventoriés par un panel d'experts internationaux en architecture, archéologie et histoire de l'art, chargés d'identifier les biens culturels importants en danger.

En présence du directeur général des Antiquités, Sarkis el-Khoury, de la restauratrice spécialiste rattachée à la DGA, Oussama Kallab, des deux architectes, Abdel Halim Jabre et Mona Hallak, et de nombre de militants de la société civile, une conférence, axée sur l'intérêt particulier des deux sites, a été donnée au siège d'Antwork par Sarah Lily Yassine, Nahida Khalil et Marianne Ghattas, membres de l'ONG Save Beirut Heritage, et Alessandra Peruzzetto, responsable au Moyen-Orient de l'Observatoire mondial des monuments (World Monuments Watch), programme principal du Fonds mondial pour les monuments (World Monuments Fund), créé en 1965 à New York pour sauver les monuments les plus précieux du monde.

 

(Pour mémoire : Les ONG se mobilisent pour l’invalidation d’un décret et la municipalité oublie ses droits)

 

L'espace convoité
Une des dernières plages rescapées du béton, Dalieh, petit port situé à proximité de la célèbre Grotte aux pigeons, est depuis 2014 au cœur des tensions. En cause? Un projet touristique aux contours encore flous. La privatisation de cette nouvelle parcelle du littoral beyrouthin a été abordée par Nahida Khalil. Elle a rappelé que le décret de 1966 (numéro 4 810), relatif aux investissements sur le littoral, précisait que la zone dix du découpage de Beyrouth, qui va de Raouché à Ramlet el-Baïda, est non constructible (non aedificandi). « Mais en 1988, le décret 169 a annulé cette exception. Nous demandons à ce que toute la zone dix de Beyrouth soit réorganisée et que le décret 402/1995 autorisant tout propriétaire de 20 000 mètres carrés et plus à investir sur les biens-fonds maritimes, qui sont un domaine public selon la Constitution, soit revu et corrigé. Pour cela, il ne fait aucun doute qu'une protection à long terme du littoral, à Beyrouth comme ailleurs, nécessite un nouvel amendement de la loi et le retour au plan directeur de 1954 », a-t-elle souligné, ajoutant : « Notre combat est de sauver ce qui reste du littoral. »

Outre que le projet touristique prévu menace d'altérer la vue sur les deux rochers qui se dressent comme deux sentinelles pour protéger le port de Dalieh, il fera disparaître un site préhistorique considéré comme unique sur la côte nord du Levant : un atelier datant du paléolithique supérieur, qui a livré des milliers d'outils taillés dans du silex il y a presque un million d'années. « Le port de Dalieh est un atelier in situ, c'est-à-dire dans sa position archéologique primaire, tel que les hommes du chalcolithique l'ont abandonné », a souligné pour L'Orient-Le Jour l'archéologue préhistorienne Corinne Yazbeck.

 

(Pour mémoire : Qui du béton ou du patrimoine l’emportera?)

 

Un décor exceptionnel
Quant au palais Hneiné, secteur Zokak el-Blatt, c'est « un monument historique exceptionnel. Par sa grande taille et ses somptueux décors intérieurs, le bâtiment se rapproche plus du palais que d'une demeure bourgeoise ordinaire. Cette habitation a participé à la genèse de ce faubourg beyrouthin et à sa lente transformation d'une banlieue rurale en un beau quartier-jardin, en un siècle d'histoire. Sa conservation est d'autant plus urgente qu'il s'agit d'un des rares spécimens de l'architecture traditionnelle à avoir survécu à la guerre civile », fait observer l'historienne May Davie. Le spécialiste Ralph Bodenstein signale dans The Inhabitants of Zokak el-Blatt, paru aux éditions de l'Orient Institut allemand, que la demeure, érigée dans les années 1860 pour un Russe blanc du nom de Todorski, qui y résida jusqu'à sa mort en 1880, offre un somptueux décor inspiré du style Alhambra. Abandonnée et squattée, elle est aujourd'hui dans un tel état de dégradation qu'elle risque à tout moment de s'effondrer.

Signalons enfin que Save Beirut Heritage célèbre aujourd'hui la Journée de Zokak el-Blatt, avec une visite guidée du secteur (premier départ à 15h) avec point de rencontre le Grand Sérail, la mosquée al-Hout et l'Église évangélique, et à 18h30 une conférence à Mansion. Parallèlement, à 18h30, rendez-vous devant le projet « Eden Rock » pour une « vigilance nocturne » à la bougie allant de Ramlet el-Baïda à Dalieh. Suivie à 20h30 de la projection en plein air du film Enfants de Beyrouth de Sarah Srage. Le dimanche 21 mai, journée festival Dalieh, de 11h à 20h. Au menu : interventions spécifiques au site, spectacles de musique et de danse et Food Market par Souk el-Tayyeb. Avec en plus des excursions en bateau avec les pêcheurs de Dalieh.

Reste la question : le palais Hneiné et le site de Dalieh pourront-ils échapper à la pression foncière ? Ou seront-ils réduits en poussière ?

 

Pour mémoire

Dalyeh, un site menacé, selon le Fonds mondial des monuments

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M.V.

Une lueur d'espoir pour la sauvegarde du patrimoine...Mais ........

Antoine Sabbagha

Certainement pas ni le palais Hneiné ni le site de Dalieh pourront échapper à la pression foncière dans un pays ou ses responsables sont tous corrompus .

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