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Liban

Levée de fonds sur le net pour Suzy, une transgenre sans abri

Droits de l’homme

Suzy, dont le cas est pris en charge par le Centre libanais pour les droits de l'homme, a été récemment admise à l'hôpital.

11/01/2017

Lancée il y a quelques jours sur internet, une levée de fonds pour une des premières femmes transgenre du Liban relance le débat sur la situation précaire de la communauté LGBT (lesbiennes-gays-bisexuels-transsexuels) au Liban et son extrême vulnérabilité.

Suzy, aujourd'hui âgée d'une cinquantaine d'années, n'a presque connu que la rue et la prostitution. Et pour cause, son statut de transgenre l'a mise au ban de la société. Repérée dernièrement par une association de la société civile, elle est aujourd'hui prise en charge par le Centre libanais pour les droits de l'homme (CLDH). Suzy, qui a été récemment admise à l'hôpital, est sans domicile fixe depuis plusieurs années. Le CLDH a réussi à lui louer une chambre à Beyrouth pour un mois, grâce à une donation privée, mais cherche avant tout à lui assurer une certaine stabilité. Il a donc lancé une levée de fonds de 15 000 dollars sur la plateforme internet Indiegogo pour des donations en ligne (https://www.generosity.com/community-fundraising/suzy-needs-our-help) pour aider Suzy à pouvoir louer une habitation pendant un certain temps.

Dans une vidéo mise en ligne par le CLDH, Suzy confie qu'elle dormait à même le sol chez une femme qui l'hébergeait, avant d'être hospitalisée. « Les gens me crachaient dessus et me jetaient des pots de yaourt à la figure. Je ne comprends pas pourquoi on me traitait de la sorte », raconte-t-elle.

« Suzy est instable au niveau de l'hébergement. Elle est sans domicile fixe depuis des années. Elle dort parfois chez des amis et parfois dans la rue, au gré des circonstances. Aujourd'hui, elle a avancé en âge et a besoin de traitements médicaux », explique Marie Daunay, membre fondateur du CLDH.

 

(Pour mémoire : Précédent judiciaire libanais en faveur du changement de sexe)

 

L'exemple de Suzy n'en est qu'un parmi d'autres mais il met en relief, selon Mme Daunay, « l'absence de structure officielle permettant de prendre en charge les personnes fragiles et sans entourage familial », mais également le rejet de la société. « Je pense qu'il faudrait que les gens aillent plus vers les LGBT ; en tout cas, au final, la sexualité relève du domaine privé. Je pense que les gens ne devraient pas avoir peur de connaître la différence. Les différences ne peuvent qu'enrichir tout le monde », déclare-t-elle. Marie Daunay indique par ailleurs que « l'article 534 du code pénal, qui condamne toute conjonction charnelle contre l'ordre de la nature, est utilisé par les forces de sécurité pour expliquer les arrestations de LGBT ». « Le problème réside à la fois dans le regard des services de sécurité et celui de la société », ajoute-t-elle.

Concernant Suzy, Marie Daunay pense que cette dernière a tellement subi de violences qu'elle n'est plus capable de distinguer ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas. « Je pense qu'il faudra beaucoup de sessions avec Suzy pour comprendre ce qu'elle a réellement vécu. Je ne sais pas si elle va arriver à identifier toutes ces violences, quand on y est plongé on n'en a plus conscience », explique-t-elle.

Wadih Asmar, cofondateur du CLDH, évoque le manque de « prise en charge sérieuse de l'État ». « L'absence de l'État dans ce domaine devient de plus en plus difficile à gérer car les organisations de la société civile n'ont pas les moyens de prendre en charge les LGBT pour de longues périodes », explique M. Asmar.
Il dénonce par ailleurs une discrimination légale dans le cas des transsexuels. « Le changement de statut légal est très complexe au Liban pour les transsexuels. Très peu de personnes parviennent à le faire, ce qui pose problème quand il s'agit de trouver du travail », souligne Wadih Asmar. « Ces personnes-là sont alors victimes d'exclusion, ce qui les pousse vers la prostitution ou l'exil à l'étranger, avec tous les risques auxquels ce genre d'exil les expose. Elles deviennent vulnérables à toutes sortes de violences », indique-t-il. « Il faudrait travailler à ce que la société les accepte comme ils sont. Ils ont fait leurs propres choix de vie et ne font de mal à personne au final », conclut M. Asmar.

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