L’édito de Michel TOUMA

Dignités

L’édito
16/05/2017

L'histoire contemporaine du Liban a été au fil des ans, voire des décennies, celle d'une longue lutte pour la défense de certaines valeurs. Des valeurs humanistes qui ont façonné la spécificité du pays du Cèdre, qui l'ont constamment distingué des autres entités de la région. La sauvegarde des droits de l'homme, la préservation des libertés publiques et individuelles ont été au centre de ce combat et ont régulièrement – c'est là le point le plus important – fait l'unanimité parmi les Libanais, toutes tendances et allégeances confondues.

Cette lutte, dans son essence, a pour finalité l'individu, plus spécifiquement le respect de sa dignité ; elle a pour fondement la reconnaissance de l'autre, sur base de son droit à la différence. Le vivre-ensemble, qui constitue la raison d'être de ce « pays-message » qu'est le Liban ne saurait s'inscrire dans la durée que s'il s'accompagne du respect de l'individu, de sa liberté, de son droit à s'exprimer loin de toute contrainte ou mesure coercitive. La caractéristique particulière du Liban est un tout indissociable dont l'une des principales composantes est la sauvegarde de la liberté de l'homme, « tout l'homme », dans toutes ses dimensions, pour reprendre un terme souvent mis en exergue par Grégoire Haddad. Concrètement, et à titre d'exemple, cette immuable position de principe amène inéluctablement à rejeter sans détour les menaces et les pressions exercées samedi dernier pour obtenir l'annulation du séminaire que se proposait de tenir dimanche la communauté homosexuelle, dans le cadre de la Journée internationale contre l'homophobie.

L'auteur de ces lignes est fermement et obstinément attaché à certaines valeurs morales, illustrées particulièrement par l'importance primordiale qu'il est nécessaire d'accorder à la famille – la famille traditionnelle, unie par le mariage – avec comme conséquence le rejet de l'avortement ou de l'adoption d'un enfant par un couple non hétérosexuel. L'occultation de telles valeurs est, à notre sens, l'une des (nombreuses) causes de la déliquescence qui mine la société moderne. Elle est la source de la perte de repères qui plonge nombre de jeunes, et de moins jeunes, dans le désarroi en les rendant dangereusement blasés, désabusés et désorientés.

Il reste que l'attachement à de telles valeurs est une chose, et la stigmatisation systématique d'un individu en raison de ses convictions ou de ses penchants, notamment sexuels, est une toute autre chose. Une telle stigmatisation constitue une atteinte inacceptable à la dignité et à la liberté de la personne humaine. Sur base de quels principes peut-on s'arroger le droit de dénoncer, de réprimer et de condamner une personne qui aurait une préférence pour tel homme ou telle autre femme ? À quel titre peut-on se permettre d'interdire à une telle personne de s'exprimer librement et de revendiquer son droit élémentaire à ne pas être mis au ban de la société, même si ses penchants ne sont pas à notre goût ?

La religion ne saurait être prise pour prétexte à cet égard. L'un des fondements de la religion – toute religion – est de veiller à l'épanouissement de l'individu et de préserver sa dignité humaine. Ce serait trahir les préceptes religieux que de stigmatiser aveuglément une personne pour uniquement ses tendances sexuelles, tant qu'aucun préjudice n'est porté à un enfant ou que les valeurs axées sur la cellule familiale ne sont pas remises en cause.

La liberté et la dignité de la personne humaine sont une valeur absolue et ne sauraient être un principe relatif que l'on appliquerait de manière sélective en fonction du profil de l'individu ou de ses penchants personnels. Et dans le cas spécifique du Liban, le respect de l'autre dans sa différence et la préservation des libertés individuelles font partie intégrante des fondamentaux sur lesquels a été bâtie l'entité libanaise. Dénier à l'autre son droit à la différence, dans le cadre des garde-fous précités, revient à amputer le pays du Cèdre d'une partie fondamentale de sa raison d'être.

La sauvegarde de repères est, certes, l'un des ciments d'une société sereine, mais dans le même temps, l'obscurantisme et l'intolérance aveugle constituent l'antithèse des valeurs humanistes sur lesquelles doit reposer toute société qui se respecte.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE REPETE ENCOE : OUI AUX HOMOS ET LESBIENNES QUE DIEU ET LA NATURE ONT PRODUIT ! NON AUX DEPRAVES QUI SE JOIGNENT A EUX ET QUI DEMANDENT DES DROITS... ON RECONNAIT ET RESPECTE LES CREATIONS DE DIEU... ON NE RECONNAIT ET NE RESPECTE PAS LA DEPRAVATION QUI S,Y GLISSE DANS LEURS RANGS...
POINT D,ADOPTION MEME AUX CREATIONS HOMOS ET LESBIENNES DE DIEU ET DE LA NATURE... LA NATURE PAR ERREUR LES A ENGENDRE MAIS LEUR A REFUSE L,ENGENDREMENT. RESPECTONS-LES MAIS ET SURTOUT RESPECTONS DIEU ET LA NATURE !

Bery tus

Complètement d'accords avec vous à 100% tant que la cellule familiale n'est pas atteinte ... sa suffit avec ces histoires ils veulent faire comme en Occident faire la promotion et surtout militer pour que les LGBT puissent adopter ou encore avoir des enfants ... ca JAMAIS AU GRAND JAMAIS !!!

gaby sioufi

aussi, ne faut il pas oublier que le Liban est a libeller pays du tiers monde,
n'en deplaise a beaucoup.
donc manifester de facon aussi ostentatoire sa filiation homosexuelle -quoique la liberte le veuille- est encore beaucoup trop tot pour etre acceptee par notre societe.
les "chantres" du vivre ensemble doivent respecter les reactions negatives des 2 tiers de la population-quoique exprimees seulement par les autorites religieuses de la dite tranche de notre population.
maalech,soyons patients .

Yves Prevost

Tout fait d'accord! "Ce serait trahir les préceptes religieux que de stigmatiser aveuglément une personne pour uniquement ses tendances sexuelles, tant qu'aucun préjudice n'est porté à un enfant ou que les valeurs axées sur la cellule familiale ne sont pas remises en cause."
Cependant la restriction (tant qu'aucun préjudice...) est importante. Il faut éviter qu'une revendication au droit à être autrement ne se transforme en promotion de l'homosexualité. Je ne pense pas que le danger soit très grand au Liban, mais en France, tel est le cas.

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