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Liban

Le grand malentendu

Tribune
04/05/2017

Dire que la confiance des Libanais envers le monde politique est obérée serait un euphémisme. Néanmoins, nous nous serions bien passés du dernier spectacle affligeant offert à une population médusée, pour ne pas dire dégoûtée, par tant d'audace.

D'une part, une loi fiscale préparée à une vitesse sidérante, dans une unanimité joyeuse, qui consistait à imposer une multitude d'impôts et de taxes improvisés, sans l'ombre d'une étude économique sérieuse, mais qui sans aucun doute auraient étouffé une population exsangue. D'autre part, une incapacité d'élaborer une loi électorale moderne qui réponde aux besoins de renouvellement de la classe politique, de responsabilisation des parlementaires et de garantie d'une diversité sans laquelle le Liban perdrait son âme et sa stabilité.

Ce spectacle est une confirmation que la mentalité du passé, qui inscrivait la politique dans un jeu entre des acteurs qui se souciaient peu des conséquences de leurs errements, est encore fortement ancrée dans l'esprit de ceux qui prétendent diriger le pays. Cette mentalité résiliente part de l'hypothèse que le citoyen demeure attaché à son leader politique, quels que soient les choix et les calculs de ce leader et les conséquences funestes de son action. La politique reste, pour ces acteurs, un jeu et non une responsabilité et un devoir.

 

(Lire aussi : Loi électorale : le 19 juin, nouveau délai)

 

Pourquoi une loi fiscale a fait l'unanimité de la classe politique en un clin d'œil alors qu'une loi électorale ne parvient pas à éclore ?
Parce que ce sont les citoyens qui payent les impôts alors que la loi électorale doit faire l'affaire de ses rédacteurs.
Pourtant, contrairement aux fantasmes distillés, depuis des années, pour maintenir le Liban à l'âge de pierre, élaborer une loi électorale n'est pas d'une complexité inextricable. Loin s'en faut.
Il suffit que les objectifs soient clairs : assurer au Parlement une juste représentativité, permettre un renouvellement de la classe politique et responsabiliser les parlementaires élus. Voilà ce qu'auraient dû être les objectifs.

Si la volonté des apprentis sorciers était d'adopter une loi électorale servant l'intérêt national, il aurait suffi de s'inspirer des pays démocratiques qui fonctionnent paisiblement. Deux systèmes sont retenus : le vote majoritaire avec circonscriptions uninominales ou le vote proportionnel.
Pour éviter le sempiternel argument éculé, suivant lequel le Liban se distingue par sa diversité des démocraties modernes, il paraît nécessaire de préciser que le scrutin majoritaire dans des circonscriptions unipersonnelles garantit la diversité de la représentation nationale. Un accord sur les circonscriptions dans le cadre d'un scrutin proportionnel permet, également, de garantir la diversité. Un tel découpage a d'ailleurs déjà été convenu à Bkerké.

 

(Lire aussi : Une séance de « récapitulation électorale » aujourd'hui)

 

Forcément, ça n'est pas aussi simple. L'objectif recherché par les rédacteurs autoproclamés des projets de lois est en réalité exclusivement la répartition entre eux de tous les sièges du Parlement. Si ces rédacteurs sont tous d'accord pour empêcher quiconque, en dehors d'eux, d'accéder au Parlement, en revanche, chacun des rédacteurs souhaite grappiller quelques sièges de chez ses camarades de jeu. Évidemment, avec une telle logique, aucune loi ne pourra voir le jour, à moins que l'un des joueurs, plus fort que les autres, ne finisse par imposer sa volonté.

Nous revoilà donc, vacillant entre une loi de prorogation du mandat du Parlement et une prorogation de la loi de 1960. Deux faces d'une même monnaie, dont les projets de lois tordus ne diffèrent d'ailleurs pas. Les bourreaux, avec un cynisme effroyable, discutent seulement du mécanisme de mise à mort de la démocratie. Sauf que le peuple libanais n'entend plus jouer le rôle de la victime expiatoire.
Des acteurs du passé qui s'accrochent à des lois du passé, avec les combines du passé, ne manqueront pas en plus de nous ressortir les recettes du passé. Ne les voyez-vous pas venir, avec leurs surenchères confessionnelles, pour tenter de couvrir leurs manœuvres égoïstes ? Combien de fois, pendant les dix dernières années, les droits de telle ou de telle autre communauté ont été brandis pour voiler les ambitions personnelles ou les volontés d'hégémonies visant précisément à prendre en otage et monopoliser cette même communauté ?

 

(Pour mémoire : Le maintien de la loi de 1960 se confirme)

 

Aussi bien les formules alambiquées proposées que la prorogation du Parlement actuel ou la loi de 1960 ne visent qu'à préserver les intérêts de quelques acteurs et la perpétuation d'une mentalité mortifère.
En choisissant de démissionner d'un gouvernement dont nous désapprouvions l'action, et en choisissant de dénoncer les abus de toutes sortes, nous étions conscients que nous allions nous attirer les foudres d'un microcosme politique, assoiffé d'immobilisme et de préservation de ses intérêts aux dépens de l'intérêt national. La voie du changement est semée d'embûches, mais ne pas l'emprunter ne conduira qu'à faire basculer un pays déjà au bord du gouffre. Rien n'est plus difficile que faire évoluer les mentalités. Rien n'est plus urgent et indispensable.

Le changement par en haut s'est avéré impossible, nous en avons fait l'expérience. Nous avons donc choisi le changement par et avec les Libanais, qui, chaque jour un peu plus, expriment avec courage leur capacité à se libérer du carcan dans lequel ils ont été si longtemps et insidieusement enfermés par la peur et le clientélisme.
Il est de notre devoir de nous opposer à toute prorogation, que ce soit du mandat du Parlement ou de la loi de 1960. Il nous faut refuser toute loi électorale qui ne vise qu'à maintenir le pays prisonnier des mentalités et des hommes du passé.

Néanmoins, quelle que soit la loi qui nous sera imposée, une véritable volonté populaire autour d'une unité des forces de changement pourra bousculer les petits calculs de ceux qui veulent que rien ne change.
Alors que le monde politique continue, avec un aveuglement inimaginable, de lutter pour maintenir notre pays dans une espèce de paralysie rétrograde, le Liban et les Libanais ont profondément changé. Voilà où réside le grand malentendu.

 

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Zaarour Beatriz

Chacun peut critiquer les erreurs dont celleos très graves commises par les partis politiques, mais chacun a aussi le droit de souhaiter à M Samy Gemayel et la nouvelle équipe kataeb, plein succès dans leurs efforts pour parvenir à une réforme totale dans l'administrtion de ce pays si maltraité depuis bien longtemps!
Il semble que malgré leurs très nombreux opposants, il n'ont pas l'air de vouloir baisser les bras...
À mon humble avis, c'est une chance à saisir par la nouvelle génération de libanais de tous bords.
Bon courage et bonne chance au Président et à la nouvelle Direction du parti!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HORS DU CERCLE SIMSOMIOTE ON DANSE LA SAMBA LIBERALE ... UNE FOIS DANS LE CERCLE ON DANSE LE FOLKLORE A LA MODE DE CHEZ NOUS...

Bery tus

C'est bien de parler maintenant pendant qu'on est pas dans ce gouvernement mais avant celui ci vous en faisiez partie et surtout pendant le pb des télécom, des ordures etc .... et on vous a pas entendu même pas une seconde pq?!?

Saliba Nouhad

Merci, Mr Gemayel de dire tout haut ce que toutes les honnêtes gens du pays savent depuis longtemps et se taisent par dépit et impuissance ou même quittent le pays.
Malheureusement, vous appartenez vous-même à une dynastie familiale et un parti politique qui, avait joué longtemps du communautarisme au détriment d'un nationalisme supra-communautaire rassembleur avec les conséquences que l'on connaît durant la guerre civile..
Néanmoins, la fougue et honnêteté de votre jeunesse idéaliste peut toujours corriger les erreurs de parcours du passé en réformant votre parti ou en formant un nouveau dont la constitution est basée sur beaucoup d'affirmations de votre article...
Le seul danger, c'est qu'en vieillissant, vous perdiez cette fougue de votre jeunesse idéaliste, devenez plus réaliste, et comme beaucoup avant vous, vous rentrez dans les rangs et profitez de votre statut féodal pour perpétuer ce mélodrame.
Je ne vous le souhaite pas!

Bambino

Bravo M. Gemayel pour votre courage et votre honnêteté politique. Vous avez mis le doigt sur la plaie. Mais cette plaie est tellement béante qu'il faudrait un vrai miracle pour la voir cicatriser!!!

Marionet

100% d'accord. Jour après jour, Samy Gemayel prend de la hauteur et dénonce les calculs politiciens avec, ma foi, de forts accents de sincérité. Serait-il l'un des représentants de cette race en voie d'extinction : une personne politique qui cherche réellement à arracher le pays des mains des manipulateurs?

George Khoury

cette loi fiscale est une benediction pour le peuple Libanais. je m'explique.

Comme en syrie avant la guerre, bashar assad pensait que le pays etait sous sa coupe entiere. plus il pratiquait des exactions politiques, securitaires et fiscales sans reponses, plus il pensait qu'il pouvait enfoncer son peuple pour que son pouvoir se renforce et ses proches en beneficient. on connait la suite.

eh bien on a la meme chose au Liban. Nos politiques pensent qu'ils ont les coudees franches pour pouvoir rester au pouvoir et en profiter pour se remplir les poches. Entre les carrieres, l'electricite, les ordures, les telecoms, les constructions de tours sauvage, le littoral depecé, et j'en passe, tout est bon pour faire du business sur le bon dos du Libanais.

Mais on ne peut pas traire la vache indefiniment, a un moment le lait ne sortira plus et y'aura du sang. le peuple c'est pareil, il aura tot ou tard un declic. Comment cela se finira, je n'en n'ai aucune idee. Mais je nai qu'un seul souhait, qu'on nationalise tout les avoirs de ceux qui ont fait de la politique depuis 1990 et leur famille, sans discernement aucun. le raisonnement c'est qu'ils ont gravement echoue et meme si ils n'ont rien vole, le peuple doit tout leur prendre.

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