Un drapeau palestinien. Photo d'illustration AFP
La famille de l'ancien ambassadeur palestinien à Beyrouth, placé en début de semaine en détention provisoire dans le cadre d'accusations de malversations financières et immobilières portées contre lui par l'Autorité palestinienne (AP), a affirmé samedi qu'elle « n'acceptera pas qu'Achraf Dabbour soit transformé en bouc émissaire » et tiendra lundi une conférence de presse afin d'informer l'opinion publique des circonstances de son arrestation, de son état et des développements concernant son affaire.
À ce sujet, une source judiciaire a indiqué à L’Orient-Le Jour que le procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami el-Hajj, devrait transmettre au début de la semaine prochaine au ministre de la Justice, Adel Nassar, son rapport sur l’examen du dossier de l’ancien diplomate palestinien.
M. Dabbour avait été interpellé une première fois le 29 avril dernier à l’Aéroport international de Beyrouth (AIB), à son arrivée de Turquie, en vertu d’une notice rouge diffusée par Interpol à la suite d’une demande de l'AP. Il avait alors été interrogé avant d’être relâché sous caution. Sa remise en liberté s’expliquait par l’absence, à ce stade, d’une demande officielle d’extradition de la part de l’AP. Entre-temps, cette demande, qui mentionne les faits reprochés, à savoir des accusations de malversations financières et immobilières présumées commises à l'époque où M. Dabbour était en poste au Liban, est parvenue au parquet de cassation. Le juge Hajj l'a alors interrogé et placé en garde à vue, sur la base de soupçons suscités par son audition. Selon la source précitée, le rapport du juge el-Hajj comporte une recommandation favorable à la remise de M. Dabbour à l’Autorité palestinienne.
Dans une prochaine étape, le ministre de la Justice devrait transmettre le rapport judiciaire au Conseil des ministres, auquel il reviendra de se prononcer sur la remise de M. Dabbour à l'AP. Le cas échéant, le parquet devra remettre le prévenu à la Direction générale de la Sûreté générale. L'ancien ambassadeur devrait alors être transféré à bord d’un avion affrété par l’Autorité palestinienne à destination de la Jordanie, avant d’être escorté par voie terrestre vers les territoires palestiniens. La source judiciaire précitée indique que le parquet libanais se limite à examiner la demande d’extradition et les éléments qui la fondent, soulignant que la matérialité des faits reprochés et la culpabilité éventuelle relèvent de la justice palestinienne.
La famille Dabbour a affirmé, dans une publication sur Facebook, être toujours « à la recherche d'un lieu pour organiser cette conférence de presse, après que toutes les institutions palestiniennes au Liban lui ont fermé leurs portes ». Dans un communiqué distinct publié la veille, elle a dénoncé ce qu'elle considère comme une « injustice », des « pressions » et une campagne visant l'ancien ambassadeur, estimant que cette affaire s'apparente désormais à un « règlement de comptes politique ». Elle ajoute que son refus de s'impliquer dans des questions qu'il jugeait « suspectes » ou susceptibles de porter atteinte aux droits des Palestiniens au Liban lui aurait valu des pressions croissantes et s'interroge sur de possibles tentatives de « fabriquer » des dossiers de corruption à son encontre.
La famille Dabbour évoque également des informations faisant état d'interventions et d'une pression attribuées à Yasser Abbas, fils du président palestinien Mahmoud Abbas, et réclame une enquête « indépendante et transparente » sur ces allégations. « S'il existe de véritables dossiers de corruption, qu'ils soient présentés à la justice » et que les responsables rendent des comptes, affirme-t-elle, tout en prévenant qu'elle n'acceptera pas qu'Achraf Dabbour soit transformé en « bouc émissaire » de différends ou de conflits politiques. Elle souligne enfin que l'ancien ambassadeur a droit à une enquête et à un procès équitables, ainsi qu'à la préservation de sa dignité et de sa réputation jusqu'à ce qu'une éventuelle accusation soit établie par un jugement définitif.
M. Dabbour a été en poste de 2012 à 2025 au Liban, avant d’être remplacé par Mohammad Assaad sur décision du président Mahmoud Abbas. Il fait l’objet de poursuites engagées par la justice palestinienne pour corruption, enrichissement illicite, blanchiment d’argent et abus de confiance.
Les différends entre Achraf Dabbour et l’AP datent d’il y a plusieurs années, l’ancien diplomate étant connu pour se rebeller contre les décisions de sa hiérarchie, avait indiqué une source palestinienne à notre rédaction en avril dernier. Mahmoud Abbas avait envoyé son fils Yasser à Beyrouth en 2025, pour mettre de l’ordre dans les opérations de vente des terrains et des biens fonciers de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban. Fin novembre, Achraf Dabbour avait accusé sur sa page Facebook Yasser Abbas d’avoir mis la main sur le siège historique de l’OLP à Mazraa (Beyrouth).
Le 31 juillet, le président de la République, Joseph Aoun, avait reçu une délégation palestinienne présidée par Yasser Abbas. Selon le communiqué officiel du palais de Baabda, il avait été question du désarmement des camps de réfugiés palestiniens au Liban, une opération commencée en août 2025 à la suite d’un accord signé en mai de la même année entre les présidents libanais et palestinien, mais qui n’était jamais allée bien loin. M. Aoun avait insisté, à l’issue de cette réunion de juillet, sur la nécessité de respecter les décisions gouvernementales libanaises concernant le monopole des armes.

