L’édito de Michel TOUMA

La sagesse de Juppé

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
01/05/2017

Certains responsables politiques – et moult électeurs – français se seraient-ils irrémédiablement engagés sur la voie de la « libanisation », en termes de pratiques et de ligne de conduite politiques? La question, aussi burlesque soit-elle en apparence, mérite réflexion au vu des attitudes qui ont suivi le premier tour de la présidentielle française. Le parallèle sur ce plan est non pas troublant, mais franchement préoccupant pour le sort de l'une des plus prestigieuses démocraties occidentales.

L'on a souvent reproché sévèrement aux leaders et partis libanais, notamment chrétiens, de se limiter parfois dans leur action à de petits calculs politiciens, et de ne pas savoir établir une distinction nette entre les considérations partisanes (voire personnelles) réductrices et les grands enjeux ayant une portée stratégique ou une dimension nationale existentielle. Force est de relever, malencontreusement, que des candidats à la présidence française ont adopté ces derniers jours des comportements « à la libanaise », dans le sens politicien du terme. Comment expliquer autrement qu'un Nicolas Dupont-Aignan, qui se targuait de porter l'étendard gaulliste, ait signé un document d'entente (les Libanais connaissent bien...) avec Marine le Pen, fruit d'une douteuse compromission politico-financière.

Ce revirement est d'autant plus stupéfiant qu'au cours des dernières semaines ses déclarations stigmatisant sévèrement le Front national ne se comptaient plus. Il allait même jusqu'à relever que « les Français ne sont pas idiots, ils ne veulent pas confier le pouvoir à la famille Le Pen », et il excluait en outre sur un ton indigné, il y a pas plus de trois semaines, la possibilité qu'il soit le Premier ministre de la candidate du Front national. Mais après tout, Matignon vaut bien une petite amnésie politique...

Il reste que les attitudes profondément irrationnelles ne sont pas l'apanage d'un seul camp. Sans s'engager sur la voie de la compromission indigne, le chef de file de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, a adopté une attitude peu compréhensible – pour le moins qu'on puisse dire – en refusant d'appeler explicitement à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage concrètement à Marine Le Pen.

Comment peut-on défendre des valeurs de gauche, dans le sens le plus noble du terme, tout en prenant le risque, ne fut-ce que le plus petit risque, de favoriser une victoire de l'extrême droite, avec tout ce que cela implique comme conséquences aux antipodes du projet de société fondé sur des valeurs humanistes ? Un tel comportement contradictoire ne peut s'expliquer que par des calculs politiciens foncièrement réducteurs.
Face au véritable enjeu du scrutin du 7 mai, l'écrasante majorité – sinon la quasi-totalité – des ténors de la droite, du centre et de la gauche ont avalisé la candidature d'Emmanuel Macron, rejoints en cela par une soixantaine d'associations et d'ONG, par la conférence des présidents d'universités, la conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs, la conférence des grandes écoles et – pour la première fois – par les dirigeants des neuf principaux organismes publics de recherche scientifique, tels que le CNRS et l'Inserm.

Sous le titre Non !, l'ancien Premier ministre Alain Juppé, confirmant sa stature nationale d'homme d'État, est sans doute celui qui a le plus mis en exergue, sans détour ni louvoiements hypocrites, la gravité de cette bataille présidentielle. Un Non très clair au Front national, à l'abstention et au vote blanc. Dans un véritable cri d'alarme, sur son blog, le maire de Bordeaux affirme qu'une victoire de l'extrême droite représenterait un « désastre économique » pour la France, un « séisme géopolitique », une menace réelle pour la stabilité de l'Europe et la « sécurité collective ». En cas de succès de Marine Le Pen, « la France court au désastre », affirme sans détour Alain Juppé, qui souligne que le seul moyen de couper court à un tel désastre est non pas de s'abstenir de voter ou de déposer un bulletin blanc, mais de voter sans hésiter pour Emmanuel Macron. Cette position aussi tranchée adoptée par Alain Juppé donne la mesure de l'enjeu de cette présidentielle française pas comme les autres. Un enjeu qui, du fait d'une sorte d'effet papillon, aura un impact direct sur le Liban. Car du fait de sa spécificité pluraliste, le pays du Cèdre est lui aussi hautement concerné par ce bras de fer français entre un projet fondé sur les valeurs humanistes et une ligne de conduite qui se nourrit du climat de haine, du repli sur soi et du rejet de l'autre.

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Gebran Eid

AVEC MACRON RIEN NE CHANGERA NI EN FRANCE NI AU LIBAN. CA SERA TOUJOURS LA MÊME BANDE QUI GOUVERNENT LA FRANCE. AVEC MARINE, IL Y AURA DE L'ESPOIR POUR LE LIBAN. MALGRÉ QU'ELLE DÉFAND AUJOURD'HUI BACHAR PAR IGNORANCE, ELLE NE DONNERA JAMAIS UNE CARTE BLANCHE À ISRAEL, COMME C'EST LE CAS MAINTENANT. LES LIBANAIS AURONT LE TEMPS NÉCESSAIRE AVEC ELLE POUR LA CONVAINCRE DU BON RÔLE À JOUER POUR LE BIEN DE TOUT LE MONDE DANS LE MOYEN ORIENT.

yves gautron

Qui peut suivre la droite française dans ses contorsions actuelles ? Ils ont fait une campagne de 1er tour tournée presque exclusivement contre Macron , ancien collaborateur et clone de François Hollande
Les électeurs de droite ne sont quand même pas bouchés au point de ne pas voir l'incohérence du comportement de FILLON qui , sans attendre les résultats définitifs du 1er tour , invite à voter pour l'adversaire qu'il a le plus déglingué !!
Quel chantage a-t-il pu subir pour avoir un tel comportement ?

Le Faucon Pèlerin

L'Accord controversé de Mar-Mikhaël a abouti à l'élection de Michel Aoun à la Présidence de la République.
La supercherie politique de Nicolas Dupont-Aignan prétendument gaulliste avec Marine Le Pen, après la défaite inéluctable de cette dernière, le mènera directement à l'arrêt définitif de sa carrière politique.

Moracchini Robert

Monsieur Touma, votre analyse pourrait être intéressante si elle n'était franchement partisane! Pourquoi ne pas titrer votre "édito": Votez Macron!
Ne vous semble t'il pas plus écoeurant qu'un ralliement de Mr Dupont-Aignan à Mme Le Pen que les nombreux retournements de veste des Fillon, Baroin et autres qui se battent déjà pour de futurs marocains???
Alors non, votre article n'est ni intéressant, ni objectif, il n'est que le reflet d'une tendance plutôt française que libanaise d'ailleurs: celle de la soumission au "politiquement correct" et à la "politique politicienne!

RE-MARK-ABLE

Pourquoi voulez vous faire de macron dont le parcours n'est un secret pour personne, le seul homme politique anti Marine Le Pen?

Personne n'est pour elle, mais macron a été choisi a dessin pour la combattre tout en servant ses expéditeurs.

Voilà ce que bon nombre de français ont compris et malheureusement pas vous encore.

Marionet

Hommage soit aussi rendu à d'autres personnalités qui ont exprimé sans ambiguïté leur hostilité viecérale à l'extrême droite en appelant franchement leurs partisans à voter Macron au second tour: je pense par exemple à Xavier Bertrand et à Jean-Pierre Raffarin (Voir ma réaction au papier de F. Picard d'aujourd'hui). Quant à Alain Juppé, nous saurons peut-être un jour ce qui l'a empêché d'être le "plan B" qui aurait permis d'éviter à le droite de perdre cette élection "imperdable". L'orgueil démesuré produit parfois la politique la plus calamiteuse qui soit. Mais je m'avance.

Paul-René Safa

C'est le quinquennat désastreux de M François Hollande, les manigances outrancières de la gauche au plus haut sommet de la hiérarchie pour couler M François Fillon et enfin la mollesse coupable, voire la collusion calculée d'une partie des Républicains, qui plutôt que de soutenir en bloc et immédiatement leur candidat qui a largement remporté les primaires, l'ont lâchement abandonné à la vindicte des médias; tout ceci a conduit les Français à se trouver acculés à choisir entre la peste et le choléra.
De toute manière, l'un ou l'autre des vainqueurs au second tour sera loin d'avoir les coudées franches car les majorités issues des législatives seront en mesure de s'opposer efficacement à toute dérive présidentielle.

Helou Youssef

La "libanisation" s'était déjà manifestée au moment de l'annonce des candidatures, bien avant les "primaires".
Preuve est que cette présidentielle n'offre que de faux choix aux Français. Les jeux ont été faussés par l'attitude "à la libanaise" de la droite comme de la gauche dès l'annonce des candidatures. La droite par l'amition dévorante de Sarkozy de se représenter, puis par l'entêtement de Fillon à maintenir sa candidature, barrant ainsi la voie à Juppé, mais surtout privant l'électorat de droite d'un présidentiable viable et consensuel. Quant à la gauche, fragmentée par le nombre des aspirants à la magistrature suprême et entachée par le bilan désastreux du président sortant, ses candidats ont fait tout aussi preuve d'attitudes " libanisées", empêchant tout ralliement entre les parties derrière un candidat "fort".
Résultat : le faux choix qui se présente aujourd'hui aux Français.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE FOIS ELUE MARINE METTRAIT TROP D,EAU DANS SON VIN CAR PRESIDENTE N,EST PAS CANDIDATE... MACRON C,EST HOLLANDE DE NOUVEAU...

Yves Prevost

Il me semble au contraire que c'est le soutien de la droite au candidat de gauche Macron qui est contre-nature et ahurissant!

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