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Moyen Orient et Monde

Tension palpable avant la rencontre entre Tillerson et Lavrov à Moscou

Diplomatie

Les ministres des Affaires étrangères russe et américain doivent notamment aborder la question du conflit syrien et le dossier nord-coréen aujourd'hui.

12/04/2017

Le ton continue à monter entre Moscou et Washington, alors que les chefs de la diplomatie américaine et russe, Rex Tillerson et Sergueï Lavrov, doivent se rencontrer aujourd'hui à Moscou pour une visite officielle qui doit s'étendre sur deux jours. Cette visite intervient suite à la conversation téléphonique entre M. Tillerson et M. Lavrov peu après les frappes américaines en Syrie en réponse aux attaques chimiques à Khan Cheikhoun perpétrées par le régime de Bachar el-Assad. À cet égard, M. Lavrov avait estimé, dans un communiqué diffusé par le ministère russe des Affaires étrangères, que les frappes américaines contre « un pays qui lutte contre le terrorisme font seulement le jeu du terrorisme ». Moscou attend donc des « explications » de la part de Washington lors de la rencontre d'aujourd'hui, a précisé Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe.

Pour la deuxième prise de contact entre MM. Tillerson et Lavrov, suite à leur première rencontre à Bonn en février dernier lors du G20, l'agenda des discussions s'annonce particulièrement épineux. De nombreux sujets seront abordés, a annoncé la diplomatie russe. Outre le conflit syrien, la lutte contre le terrorisme, la Libye, le Yémen, l'Ukraine et le dossier nord-coréen seront également au programme. Moscou a précisé hier ne pas chercher « la confrontation mais une coopération constructive ». « C'est pourquoi lors des négociations à venir, nous voulons en priorité comprendre dans quelle mesure les États-Unis ont conscience de la nécessité de stabiliser et normaliser nos relations », a ajouté la diplomatie russe par le biais d'un communiqué. le ministère russe des Affaires étrangères a néanmoins également déclaré que les relations n'ont jamais été aussi difficiles depuis la fin de la guerre froide entre les deux puissances mondiales.

« Le conflit n'est pourtant pas vraiment plus fort qu'auparavant. S'il y a eu quelques éclaircies entre Moscou et Washington, elles sont restées assez superficielles », souligne Xavier Follebouckt, chercheur à l'Université catholique de Louvain et spécialiste de la politique étrangère de la Russie. « L'essentiel de l'establishment américain reste assez hostile aux Russes tandis que l'anti-américanisme reste un instrument de légitimation pour le gouvernement de Vladimir Poutine à l'égard de la population », ajoute-t-il.

 

(Lire aussi : Les raisons de l'"attaque chimique" en Syrie divisent les experts)

 

Fermeté, mot d'ordre du côté de Washington
Lors de la campagne pour la présidentielle, il y a quelques mois seulement, Donald Trump n'avait pourtant pas caché sa sympathie et son admiration pour Vladimir Poutine. Ses déclarations lui ont d'ailleurs valu de susciter de nombreux soupçons quant à la nature de leur relation bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés. En outre, depuis son investiture, trois proches de M. Trump ont dû se récuser ou démissionner dans des affaires portant sur des contacts avec des responsables russes lors de la campagne.
« Les frappes en Syrie ont permis de renforcer M. Trump qui ne peut plus être accusé de complaisance à l'égard de la Russie », observe Arnaud Dubien, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques et directeur de l'Observatoire franco-russe.

La rencontre des chefs de la diplomatie russe et américaine a lieu à un moment où Washington cherche à projeter une image de force diplomatique et militaire en direction de Moscou. Elle marque une première étape mais, surtout, « un grand exercice diplomatique dont raffolent les Russes », note Arnaud Dubien. En effet, Rex Tillerson, ancien président-général de la société de pétrole et de gaz ExxonMobil, va devoir faire face à Sergueï Lavrov, diplomate chevronné et en poste depuis treize ans.
Le dossier syrien est une opportunité pour le secrétaire d'État américain d'affirmer une politique américaine cohérente à l'égard de Damas.

Se référant à la coopération entre Moscou et Damas, ce dernier n'a pas manqué de marteler un message de fermeté à l'égard de Bachar el-Assad, réitérant lors du G7 hier à Lucques en Italie que les États-Unis « espèrent » le départ du président syrien.
De son côté, la Russie, qui dément la responsabilité de Damas dans l'attaque chimique présumée, fait toujours monter la pression, en dénonçant la frappe américaine, une « agression contre un État souverain » . Elle appelle à la mise en place d'une enquête internationale « objective et impartiale » sur ce qui s'est passé à Khan Cheikhoun.

 

(Lire aussi : Donald Trump s’installe aux antipodes de Barack Obama)

 

La Russie complice ?
La réponse américaine n'a pas tardé à venir. Ainsi un haut responsable américain qui a requis l'anonymat a indiqué que les États-Unis cherchent à savoir si la Russie a été complice de l'attaque chimique en Syrie. « Comment est-il possible que leurs forces (russes) se trouvent sur la même base que les forces syriennes qui ont préparé, planifié et mené cette attaque (...) et ne le savent pas à l'avance ? » s'est demandé ce responsable. « Nous pensons que c'est une question que nous devons poser aux Russes », a ajouté ce responsable, alors qu'un autre haut responsable de l'administration américaine a accusé hier Moscou de « semer la confusion dans le monde » sur le rôle du régime syrien dans cette attaque chimique.

Les autres sujets qui attendent MM. Lavrov et Tillerson s'annoncent tout aussi complexes. Le secrétaire d'État américain a qualifié « d'agression » les actions de la Russie en Ukraine lors de la première réunion de l'OTAN sous la nouvelle administration Trump à Bruxelles, le 31 mars dernier. Selon le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, M. Tillerson s'est néanmoins demandé hier, lors du G7, quelle importance la crise entre l'Ukraine et la Russie revêt aux yeux des contribuables américains. Malgré les sanctions imposées à la Russie par l'Union européenne et les États-Unis, Washington s'est montré relativement distant sur ce dossier. « On peut s'attendre à des déclarations d'usage, mais cette rencontre ne marquera pas le début de l'issue du conflit » ukrainien, estime Xavier Follebouckt.

Le dossier nord-coréen doit aussi être abordé. Alors que Washington a annoncé samedi que le porte-avions USS Carl Vinson et son escadre faisaient route vers la péninsule coréenne, Moscou s'est dit extrêmement préoccupé par la position américaine envers Pyongyang qui, selon la Russie, envenime encore plus les relations déjà bien tendues entre les deux pays.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PARTIE DE SHESH BESH COMMENCE ! MESSIEURS, FAITES VOS JEUX...

Paul-René Safa

Si cette première claque à Vladimir Poutine s'avérait insuffisante, vivement une deuxième, laquelle devrait probablement suffire, car c'est avec le même langage qu'il convient de s'adresser à ses amis comme à ses ennemis.
En politique, la mollesse n'a jamais résolu les conflits, la précipitation non plus.
C'est la détermination, pourvu qu'elle soit crédible.

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