Liban

Loi électorale et corruption alimentent les débats

Parlement

La Chambre a tenu hier une séance de politique générale dans une ambiance de surenchères. Suite aujourd'hui.

07/04/2017

C'est à un véritable déballage que ce sont livrés hier les députés lors de la séance de débat de politique générale de la Chambre. Consacrée théoriquement au contrôle de l'action de l'exécutif, la séance s'est transformée en une plate-forme d'accusations entre blocs politiques.

Habitués à ce type d'exercice maintenu à intervalles très irréguliers et aux joutes oratoires, ceux qui ont suivi les échanges auront toutefois retenu la récurrence du thème de la corruption. Un thème qui a occupé, aux côtés du second sujet favori de la journée, celui de la loi électorale, la majeure partie des échanges de la journée.
Les débats se sont déroulés alors que sur les bancs du gouvernement, un nombre conséquent de ministres manquait à l'appel.

Face à une certaine apathie gouvernementale, Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, a souligné que si la « reddition de comptes est absente, c'est bien parce que ce gouvernement comme les précédents n'ont pas peur de cette Assemblée puisque chaque ministre est protégé par sa communauté et sa formation politique ». Et de poursuivre : « Les députés parachutés à l'Assemblée grâce au système des rouleaux compresseurs ne se voient pas obligés non plus de rendre compte à leurs électeurs. » Cette évidence aura toutefois servi à l'intervenant d'en arriver à la déduction qu'il souhaitait : le salut, a enchaîné M. Fadlallah, « réside dans l'adoption de la proportionnelle totale appliquée aux circonscriptions moyennes ».
Avant lui, Waël Bou Faour, député du PSP, qui avait demandé la parole hors du cadre des interventions prévues, a mis en garde contre toute « menace de recourir au vote » pour convenir de l'une parmi des nombreuses propositions de loi électorales en cours d'examen.

 

(Lire aussi : Séances ouvertes du Conseil des ministres à partir de lundi, à Baabda)

 

« Un vote diviserait le pays », a prévenu le député. Le Premier ministre, Saad Hariri, qui venait d'effectuer le bilan de l'action du nouveau gouvernement (voir par ailleurs), a toutefois indiqué que ce dernier planchera dès lundi prochain sur la loi électorale, cette responsabilité « étant également celle de l'exécutif », a-t-il dit.
Reprochant, sans le nommer, au chef du CPL, Gebran Bassil, de faire cavalier seul en prenant des initiatives en matière de formulation de lois, M. Bou Faour s'est demandé ce qu'était devenu le rôle notamment du ministre de l'Intérieur à ce niveau, ainsi que d'autres acteurs politiques.

Sa prestation, suivie de celle de Nagib Mikati, qui a critiqué implicitement le recours à l'élection d'une partie des députés selon une variante de la proposition de loi dite orthodoxe (les chrétiens votent en bloc pour les députés chrétiens et chacune des communautés musulmanes pour ses députés respectifs), ont suscité une vive réaction chez Ibrahim Kanaan, député du bloc du Changement et de la Réforme.
Sans mettre des gants, ce dernier a dénoncé « une claire tentative de marginalisation d'une communauté entière » (les chrétiens), critiquant un « partenariat qui n'est pas fondé sur un critère unifié ». Dans un entretien accordé à la LBCI, le député du Metn a clairement laissé entendre que le vote d'un texte de loi serait « envisageable ». Et de se dire par ailleurs « étonné » de constater que ceux qui font des propositions et s'activent pour trouver des solutions (allusion à Gebran Bassil), « sont accusés d'enfreindre la loi ».
Estephan Doueihy, député des Marada, a déclaré pour sa part préférer la loi électorale de 1960 actuellement en vigueur au vide, une option que plusieurs députés ont toutefois écartée.

 

(Lire aussi : Loi électorale : de l'absence de référence à qui aura le dernier mot...)

 

Un État « pillé »
Tour à tour, les intervenants ont pointé du doigt à qui mieux mieux la pratique de l'affairisme politique et des commissions, « qui peuvent parfois atteindre un million de dollars contre la signature par un ministre d'une formalité », a dénoncé Hassan Fadlallah.
« L'État est pillé », a-t-il lancé, déclarant qu'« un ministre endetté entrant au gouvernement en ressort milliardaire ». Le député a pointé du doigt les fraudes douanières au port de Tripoli, engendrant « près de 500 à 700 millions de dollars en pertes à gagner pour l'État », comme pour répondre aux révélations faites récemment sur les irrégularités au port de Beyrouth et où les pratiques frauduleuses sont souvent attribuées à des proches du Hezbollah.

Des accusations, souvent implicites, ont été adressées à la gestion des ministres successifs du bloc du Changement et de la Réforme, du secteur de l'électricité. Et le président du Parlement, Nabih Berry, de rappeler que la loi de 2002 régissant ce secteur prévoyait la création d'une autorité de régulation et l'élection d'un conseil d'administration « qui n'ont jamais vu le jour ».
Reprenant l'expression d'un conseiller chinois, le député Anouar el-Khalil, ancien ministre chargé de la Réforme administrative, a déclaré que « pour nettoyer les escaliers, il faut commencer par le haut », une image qui a paradoxalement plu à ses collègues et aux membres du gouvernement.

Ont été ainsi dénoncés, tour à tour, les emplois fictifs au sein de l'administration, « une pléthore de fonctionnaires payés pour rien, ainsi qu'une armée de journaliers », « les associations fantômes qui végètent sur le compte du Trésor », « les bâtiments abritant certaines institutions de l'État loués à des prix faramineux », « le nombre égal des enseignants et des écoliers dans les établissements publics », « le cercle vicieux » des réformes du secteur de l'électricité, « où la valse des centrales flottantes » sont concomitantes aux éternelles coupures du courant. Robert Ghanem, député de la Békaa-Ouest, a révélé au passage que le fameux navire turc flottant Fatma Gül avait été « contraint à payer des indemnités au Pakistan après l'ouverture d'une enquête pour manquements à ses obligations, provoquant la démission de plusieurs ministres concernés ».

Plusieurs députés ont également évoqué les questions liées à l'exploitation des ressources de pétrole et de gaz au large des côtes libanaises, appelant à la transparence. M. Ghanem a été jusqu'à réclamer la mise en place d'une « caisse autonome, une nécessité pour les générations futures », a-t-il relevé. Il a demandé que soit mis au clair l'affaire d'un pot-de-vin de 100 millions de dollars qui auraient été sollicités par de hauts responsables libanais auprès de la compagnie pétrolière italienne ENI en contrepartie de l'attribution d'une licence d'exploitation. Diffusée il y a quelques jours par la LBCI, l'information a vraisemblablement surpris M. Berry, qui a réclamé des clarifications à ce sujet.

 

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Bustros Mitri

Que ce beau monde est touchant d' innocence !

Irene Said

Quel acteur marrant notre Tonton Berry, qui réclame des clarifications concernant le pot-de-vin de 100 millions de $ demandé par de "hauts responsables libanais" à la société ENI.

Comme ils est mignon et émouvant Tonton Berry... à nous arracher des larmes de compassion, lui le plus propre et intègre de nos hauts responsables libanais...quand il joue la surprise devant ces révélations !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS LA CAVERNE D,ALI BABA ON DISCUTAIT DE MEME !

yves kerlidou

C'est un peu ahurissant de voir une réunion de corrompus discuter de la corruption !!

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