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Cinéma

La « Marcedes » de Hady Zaccak est une icône libanaise

Dans les bacs
21/05/2015

Cela n'a strictement rien à voir avec le sujet de son tout dernier film : Kamal Joumblatt, Witness and Martyr, en salle actuellement. Mais Hady Zaccak préfère de loin les voitures aux hommes. « Elles sont moins sectaires », affirme-t-il. Et sans doute plus faciles à diriger en tant qu'actrices. Car, souvenez-vous, dans Marcedes sorti il y a deux ans, le très sérieux réalisateur de films sociopolitiques avait choisi de faire tourner une écurie d'allemandes de la famille des berlines dans un docufiction retraçant 60 ans d'histoire contemporaine du Liban.
En fait, il avait pris comme personnage principal de ce film de 68 min une « Mercedes Ponton » (modèle 180) communément appelée chez nous « al-mdaebleh » (la boulotte). Un modèle de la fin des années 50, devenu à partir des années 70 l'icône du taxi-service libanais.
À travers les pérégrinations de cette « Marcedes », rejointe au fil du temps par ses « sœurs », la « chabah » (le fantôme) et la « ghouassa » (le sous-marin) entre autres, la caméra de Hady Zaccak revisitait, sur le mode satirique, les grands événements du pays du Cèdre sur six décennies. Des années florissantes d'avant-guerre aux attentats Hariri et post-révolution du Cèdre, en passant par la guerre civile... la « famille Mercedes », totalement intégrée, même carrément « libanisée » avec les surnoms locaux donnés à ses différents modèles, avait tout expérimenté du vécu libanais. Elle pouvait donc en narrer ses différentes étapes.
Et c'est ce qu'elle fait dans ce film qui s'ouvre sur des images d'archives en noir et blanc de la place des Canons où l'ancêtre « al-mdaebleh » avait commencé son séjour beyrouthin « au service de passagers de la haute bourgeoisie ». Par la suite, les rejetons de cette dynastie allemande se retrouveront tantôt aux barrages miliciens qui quadrillaient le pays, tantôt dans les convois des politiciens. « Dans les années 90, les notables du clan Mercedes incorporent majoritairement le Parlement », raconte la « Marcedes » doyenne et actrice principale qui égrène en voix off ses souvenirs. Tout comme ils seront aussi aux premières loges des célébrations du retrait israélien en 2000 et de celui de l'armée syrienne en 2005 ainsi que, bien entendu, au cœur de l'attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri.
À travers des images d'archives intercalées entre les séquences récentes, ce film, aussi sérieux que plein de fantaisie, et désormais disponible en DVD, revient, on l'aura compris, sur les différents cycles qui ont jalonné l'histoire contemporaine du Liban. « Et notamment sur le sectarisme politique et social qui gangrène le pays du Cèdre », indique ce cinéaste qui « aime raconter des histoires pour combattre l'amnésie ». À travers ce personnage de voiture tellement présente dans le paysage local qu'elle en est devenue un symbole, il dissèque une fois de plus le tissu sociétal libanais. Avec un sens de l'humour et de l'ironie qui lui a valu de nombreux prix. Dont ceux de la critique au 8e Festival international du film de Dubaï et du meilleur documentaire décerné par le festival de la chaîne al-Jazira.

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