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Liban

Au sommet arabe, la délégation libanaise parle d’une seule voix

Diplomatie

Beyrouth a réussi à venir à bout des réserves arabes sur le point du communiqué final relatif à la solidarité avec le pays du Cèdre.

29/03/2017

D'un côté, la montagne aride et déchiquetée qui évoque les souffrances de la terre, et de l'autre, la mer Morte, entourée d'une buée opaque au point qu'on la croirait sortie d'un rêve ! Entre les deux, l'hôtel Marriott, qui abrite la délégation libanaise au sommet arabe présidée par le chef de l'État, Michel Aoun, accompagné du Premier ministre, Saad Hariri, et des ministres des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et de l'Économie, Raëd Khoury.


Pour le Liban, ce sommet s'ouvre aujourd'hui sous les meilleurs auspices. Après les rumeurs diffusées par certains médias sur un mécontentement saoudien à l'égard du Liban – et plus particulièrement de ses responsables – et les informations sur le refus d'inclure le traditionnel point du communiqué final sur la solidarité avec le Liban, ce dernier a marqué une victoire diplomatique en convainquant les représentants des pays récalcitrants de retirer leur opposition. Selon les sources de la délégation officielle, M. Bassil avait multiplié, la semaine dernière, les entretiens avec ses homologues arabes présents à la réunion des membres de la coalition internationale contre l'État islamique à Washington pour les pousser à retirer leurs réserves. En même temps, le Liban a maintenu ses propres réserves sur l'article de la déclaration finale qui condamne les interventions iraniennes dans les affaires arabes et cite nommément le Hezbollah. Finalement, il a donc été convenu de maintenir la situation telle qu'elle était avant le froid avec le Liban sur son refus de condamner le Hezbollah pour son action dans la région, Beyrouth le considérant avant tout comme une formation libanaise participant au gouvernement. Le Premier ministre Saad Hariri a d'ailleurs parfaitement résumé la situation en précisant que l'intervention du Hezbollah en Syrie et ailleurs est une affaire qui dépasse le Liban et a une dimension régionale.

 

(Lire aussi : Sommet arabe : Cinq ex-dirigeants libanais prennent de vitesse Aoun et Hariri)


D'ailleurs, tout au long du court voyage de Beyrouth à Amman et puis de Amman jusqu'à la mer Morte (un peu moins d'une heure de route sur l'autoroute fermée au trafic pour cause de convois officiels), le Premier ministre n'a cessé d'afficher son entente avec le président de la République. Aux journalistes qui se sont précipités sur lui dans l'avion pour prendre des « selfies », Saad Hariri a affirmé que l'entente entre lui et le chef de l'État est profonde. Interrogé sur la lettre envoyée aux dirigeants arabes par d'anciens présidents et Premiers ministres libanais – dont deux qu'il a lui-même choisis pour occuper cette fonction (Fouad Siniora et Tammam Salam) – dans laquelle ils condamnent l'intervention du Hezbollah en Syrie, M. Hariri a répondu qu'elle n'avait aucune importance et qu'en parler, c'était déjà trop lui en donner. Saad Hariri, accompagné dans ce voyage de son chef de cabinet, Nader Hariri, a défendu l'action du gouvernement, notamment au sujet des nominations militaires, de l'adoption du projet de loi sur le budget et du plan pour l'électricité. Montrant qu'il suit de près les dossiers, il a expliqué que concernant l'électricité, il s'agit d'augmenter la production de courant, devenue insuffisante pour la consommation libanaise, quitte à relever la facture, mais en contrepartie, celle des abonnements avec des générateurs privés sera réduite considérablement. En même temps, il s'agit de trouver d'autres sources d'énergie, comme les éoliennes ou les centrales à gaz. Il faut préciser à cet égard que c'était là les grandes lignes du plan de Bassil lorsqu'il était ministre de l'Énergie. Un autre temps, une autre époque... Aujourd'hui, le ton est à l'entente et le Premier ministre a voulu donner aux journalistes le sentiment que le Liban parlait enfin d'une seule voix, mettant de côté les dossiers conflictuels, et que l'exécutif est décidé à améliorer le quotidien des Libanais.


M. Hariri a aussi plaidé en faveur du maintien du gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, à son poste, précisant qu'il a assumé de lourdes responsabilités pendant une période particulièrement difficile, en l'absence d'un président de la République et avec un gouvernement et un Parlement pratiquement paralysés.
À son tour, Gebran Bassil, qui a passé une bonne partie du voyage à discuter avec Nader Hariri, s'est approché des journalistes. Pressé de questions sur le plan pour l'électricité et le budget, il s'est contenté de dire : « Attendez-vous aussi à une très grande nouvelle », qui pourrait bien signifier que « le meilleur est encore à venir »...

 

(Lire aussi : Les limites de la protection du Hezbollah au Liban)

 

 

Entretien Aoun-Bogdanov
En Jordanie, de toutes les délégations arabes participant à ce sommet, celle du Liban était la plus guettée, d'abord à cause de la personnalité du président Michel Aoun qui intrigue ses homologues arabes, ensuite à cause du fait que dans ce pays unique, le président chrétien et le Premier ministre musulman défendent ensemble leur cause commune. Dans une situation arabe confuse, où la plupart des pays traversent des crises soit sécuritaires, soit militaires, soit économiques (la Syrie bien sûr, mais aussi le Yémen, la Libye et l'Irak, et aussi Bahreïn, sans parler de la crise économique du Golfe et des problèmes de la Jordanie et de l'Égypte avec le terrorisme), le Liban apparaît comme le seul à être désormais sur les rails de la solution. L'Irak le suit de près, puisque le Premier ministre Haïdar Abadi a été reçu avec les égards dus à un chef militaire en guerre contre Daech.


D'ailleurs, quelques heures après son arrivée en Jordanie, le Premier ministre irakien a rendu visite au président libanais dans l'aile qui lui a été réservée à l'hôtel Marriott. Il a suivi de près le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, qui s'est entretenu avec le président du Liban dès son arrivée sur les rives de la mer Morte. Au menu des discussions, la situation régionale et bien sûr le dossier syrien. En effet, s'il est désormais pratiquement certain qu'il n'y aura pas de grands changements dans l'approche officielle du dossier syrien par les dirigeants arabes, toutes les rencontres parallèles lui sont consacrées. Selon des sources diplomatiques arabes participant aux réunions de la Ligue arabe, le principal souci des pays du Golfe était d'empêcher des pays arabes de réclamer le retour du régime syrien au sein de la Ligue ou encore d'évoquer la formation d'une force commune arabe contre l'EI dont l'armée syrienne ferait partie. Apparemment, ces deux sujets ont été écartés et la Syrie devra se contenter dans ce sommet qui s'ouvre (et se clôture) officiellement aujourd'hui d'un siège vide et d'un drapeau flottant aux côtés de ceux des 21 autres membres de la Ligue arabe.

 

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IMB a SPO

Une seule voix? Vraiment? Tout simplement ridicule! Le Liban est jete en pature et ce n'est pas le Hezb qui va le sauver. Au contraire si jamais il osait provoquer le 3adou al Israili, le resultat sera catastrophique car aucun pays ne viendra a son aide, puisque le "phare" (et quel phare...) Aoun l'a officiellement legitimise...

AIGLEPERçANT

Un grand Bon Jour à vous Scarlett.

Sans vouloir commenter ce que vous avez très bien expliqué, je me contenterai de faire des constatations sous forme de questions .

Qu'est qui aurait pousser les bensaouds de tout poil à changer subitement leur avis sur les armes dissuasives et bénéfiques pour le Liban, du Hezb résistant ? Ne me répondez pas que c'est juste grâce au Phare Aoun ou à la docilité du marquis de saad !
Trop facile .

Pourquoi ces bensaouds ne déclarent pas ouvertement qu'ils se sont plantés en Syrie du héros BASHAR , Yémen, Bahreïn etc.... puisqu'on le voit bien rien ne marche pour eux ?

Et enfin si ils ont réussi à se mettre en-tête que les armes du hezb résistant ne concernent plus le Liban, mais que c'était une question RÉGIONALE, ne reconnaissent ils que dans le fond que le RÉGIONAL a SON PATRON ET SE NOMME L'IRAN NPR ?

J'ATTENDS AVEC IMPATIENCE DANS UN PROCHAIN NUMÉRO DE L'OLJ LES RÉPONSES SOUS FORME DE NOUVEL ARTICLE SUCCULENT .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS DITES MADAME QU,EN MEME TEMPS LE LIBAN A MAINTENU SES RESERVES SUR L,ARTICLE DE LA DECLARATION FINALE QUI CONDAMNE LES INTERVENTIONS IRANIENNES DANS LES AFFAIRES ARABES ET CITE NOMMEMENT LE HEZBOLLAH...
LES ARABES SONT PASSES DESSUS CAR SACHANT QUE LES INSTANCES INTERNATIONALES ET LES GRANDES PUISSANCES ONT DECIDE DE S,EN OCCUPER AVEC URGENCE... A LA BONNE HEURE ! UN PEU D,OBJECTIVITE NE VOUS FEREZ PAS DE MAL...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND A LA 1701 QUE VOUS NE MENTIONNEZ MEME PAS SACHEZ CHERE MADAME QU,ELLE FAIT SA ROUTE CHES LES INSTANCES QUI PEUVENT OBLIGER SA MISE EN APPLICATION ... ONU ET GRANDES PUISSANES RUSSIE INCLUSE... A LA BONNE HEURE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BON REPORTAGE EXCEPTE QU,AU LIEU DE LOUER BASSILE POUR L,EDL FALLAIT LE BLAMER SUR LE 1,2 MILLIARDS DE DOLLARS DES BARGES TURQUES DANSEUSES DE VENTRE...

Bery tus

En même temps, le Liban a maintenu ses propres réserves sur l'article de la déclaration finale qui condamne les interventions iraniennes dans les affaires arabes et cite nommément le Hezbollah.

fallait que vous rajoutiez ceci n'est ce pas !? lol wishfull thinking a votre avis la lettre des 8 ex dirigeant est venu faire quoi !?! en tt cas pas comme vous dites .. elle est venu montrer justement ce que le liban veut précisément meme Mikati y a mis du sien pourtant vous etiez une fidele de celui ci non si je me rappelle bien dans un de vos anciens articles

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