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Économie

Des inégalités de revenus très marquées dans le privé

Liban - Rapport

Le Liban est 129e sur 141 pays en termes d'inégalité de revenus dans le secteur privé, selon une étude récente menée par le ministère des Finances et le Programme des Nations unies pour le développement.

25/03/2017

Les 2 % des Libanais les plus riches captent des revenus presque aussi élevés que les 60 % les plus pauvres. Tel est le constat alarmant d'une étude « d'évaluation des inégalités de revenus du travail dans le secteur privé du Liban », menée par le ministère des Finances et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et publiée en février 2017. « Cette étude examine la répartition du revenu du travail au Liban à l'aide des déclarations de l'impôt sur le revenu des particuliers du secteur privé (de l'année fiscale 2014). Les résultats montrent que les revenus (des travailleurs) du secteur privé sont répartis de manière disproportionnée entre les tranches d'imposition », résume l'étude. Le rapport se base sur les déclarations fiscales de 457 319 employés – incluant des salariés du privé, des travailleurs indépendants et des propriétaires d'entreprise –, soit 31 % de la population active, pour un revenu total de 6,8 milliards de dollars en 2014.

De fait, alors que les deux tranches de revenus les plus basses, qui correspondent à un salaire de moins de 10 000 dollars par an – soit un maximum de 830 dollars par mois –, représentent la majorité des salaires, leur poids en termes de revenus est bien moindre. Ils représentent 59 % des travailleurs du secteur, mais seulement 22 % du total des revenus déclarés. A contrario, les 6,4 % des travailleurs du privé qui touchent plus de 40 000 dollars par an – soit un minimum de 3 300 dollars par mois – absorbent 34 % du total des revenus.

 

Secteur informel très développé
« Le degré d'inégalité qui ressort de cette étude est tout aussi flagrant que ce qui avait été prouvé par les études précédentes, que les données soient tirées de la base de données de la Sécurité sociale (CNSS) ou des enquêtes par sondage », note Kamal Hamdan, directeur exécutif du Consultation & Research Institute. S'il existe une forte inégalité entre les tranches de revenus dans le secteur privé, elle existe également au sein même de ces tranches d'imposition. Ainsi, les salaires moyens des employés du privé varient entre une moyenne de 2 000 dollars annuels pour la tranche de revenus la plus basse (moins de 4 000 dollars annuels), à 147 000 dollars pour la tranche la plus haute (plus de 80 000 dollars annuel). « La tranche de revenus la plus basse gagne en moyenne 0,1 fois le salaire moyen libanais (14 904 dollars par an), tandis que la tranche de revenus la plus élevée gagne 9,9 fois ce salaire moyen », résume l'étude. De fait, le Liban est ainsi classé 129 sur 141 pays en termes d'inégalité de revenus, avec un coefficient Gini de 50,7 points – où zéro signifie l'égalité parfaite et 100 signifie une inégalité parfaite.

Mais ce classement est à prendre avec des pincettes. Premièrement, du fait que certains revenus peuvent être sous-déclarés. « Les revenus seraient sous-déclarés à hauteur de 20-25 % », estime Kamal Hamdan. Ainsi, en prenant en compte cette possibilité, l'étude considère que le coefficient Gini serait abaissé à 45,3 points, mais resterait élevé. Deuxièmement, selon l'étude, environ 50 % de la population active travailleraient dans le secteur informel, « et (ils) se situent largement dans des tranches de revenus inférieures – la moitié gagneraient moins que le salaire minimum mensuel de 450 dollars –, ce qui laisse supposer que le niveau d'inégalité pourrait être plus élevé que celui mesuré grâce aux déclarations fiscales », note le rapport. « Sur les 200 000 établissements enregistrés en 2004, 92 % sont composés de moins de 5 employés. Le taux de travail informel est plus élevé dans la catégorie des travailleurs indépendants, et plus les entreprises sont petites, plus ce taux est élevé », souligne Kamal Hamdan

 

Progressivité de l'impôt
La fiscalité reste le moyen le plus évident pour corriger ces inégalités. Selon l'étude, le coefficient Gini baisserait de 2,1 points, à 48,5 points après impôts. Une variation plutôt faible comparée à celle des pays de l'OCDE, où la baisse après impôts du coefficient Gini serait de 14 points sur la même période. De fait, le niveau d'imposition sur les revenus des particuliers au Liban reste très faible. En 2014, ils ont seulement représenté 0,8 % du PIB, soit l'un des taux les plus bas des pays de la région. Par ailleurs, la progressivité de l'impôt sur le revenu au Liban est relativement faible, celui-ci étant réparti sur 5 tranches variant de 4 à 21 %. « Pour mieux gommer ces inégalités, il faudrait remettre en question les tranches de revenus pour une plus grande progressivité des taux. Et pour ne pas pénaliser les salariés du secteur privé, il faudrait surtout imposer une progressivité de l'impôt sur les revenus des sociétés de capitaux, sur les intérêts des dépôts ou encore sur la plus-value immobilière, ce qui n'existe pas pour l'instant », détaille Kamal Hamdan. Pour rappel, le projet de loi des mesures fiscales liées au financement de la grille des salaires qui est discuté au Parlement prévoit une majoration de deux de ces impôts et l'introduction de la troisième. Ceux-ci resteraient à un taux fixe, passant respectivement de 15 à 17 % et de 5 à 7 % et à 15 %.

Reste que l'étude ne prend pas en compte les salariés du secteur public, estimés en 2013 à plus de 171 000 agents. Or, « ils sont nettement mieux lotis que ceux du privé, surtout du fait de leurs allocations sociales, comme la couverture santé, les pensions de retraite et les allocations », explique Kamal Hamdan. « La grille des salaires risque de creuser cette inégalité entre secteurs public et privé à court terme. Il faudra également mettre en place un ajustement des salaires dans le privé », ajoute-t-il.

Pour réduire ces inégalités, les auteurs recommandent notamment d'assouplir les contraintes pesant sur la création de PME, de réglementer le marché du travail et de réduire le travail informel, de réduire les monopoles et une refonte de l'enseignement en fonction des compétences demandées sur le marché du travail.

 

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