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Moyen Orient et Monde

Pourquoi la course à l’Élysée ne fait que commencer

Décryptage

Deux variables peuvent encore modifier la donne de l'élection présidentielle française : le taux d'abstention et la volatilité de l'électorat.

20/03/2017

Un candidat libéral conservateur à droite. Un autre socialo-écolo à gauche. Un social-libéral qui se promène, au gré des circonstances, entre le centre droit et le centre gauche. Une nationalo-populo-souverainiste à l'extrême droite. Et enfin un écolo-populo souverainiste à l'extrême gauche. Cette campagne présidentielle française promettait d'être passionnante. Elle devait permettre une véritable confrontation des idées au sein d'un spectre politique qui se caractérise autant par sa largesse que par sa mobilité. Elle devait dessiner les nouveaux clivages politiques, qui peuvent tout aussi bien se substituer que se superposer à celui qui oppose traditionnellement la droite et la gauche. Les grands enjeux ne manquaient pas : la France dans la mondialisation, l'Europe, la lutte contre le terrorisme, le vivre-ensemble, la transition écologique et numérique... Mais la campagne n'a pas eu lieu. Pas encore en tous cas, puisqu'à 40 jours du premier tour, aucune thématique n'a réussi à se dégager.

Les primaires de la droite et de la gauche ont eu le mérite de faire vivre le débat politique et de mobiliser une partie de l'électorat. Mais elles ont surtout contribué à radicaliser et à diviser les deux familles politiques, laissant un gigantesque espace au centre à un Emmanuel Macron qui n'en demandait pas tant. Les affaires judiciaires qui mettent en cause la probité de François Fillon et de Marine Le Pen ont saturé l'espace médiatique et paralysé le débat politique.

(Lire aussi : Onze candidats sur les rangs pour la présidentielle française)

Un record sous la Ve

À 40 jours du premier tour, force est de constater que les jeux ne sont pas encore faits. Même si tous les sondages donnent depuis plusieurs semaines un deuxième tour opposant la présidente du Front national au leader du mouvement En Marche !, deux variables importantes peuvent encore modifier la donne : le taux d'abstention et la volatilité de l'électorat. 66 % des Français se disent « tout à fait certains d'aller voter le 23 avril », d'après la dernière vague de l'enquête électorale du Centre de recherches de Sciences Po (Cevipof), publiée dans le journal Le Monde. Le taux d'abstention pourrait ainsi dépasser les 30 % cette année, soit dix points de plus que la moyenne des autres élections présidentielles et un record sous la Ve République. Une forte abstention profitera probablement au candidat ayant l'électorat le plus solide et donc le plus certain d'aller voter : celui du Front national, à l'heure actuelle.

78 % des Français ayant indiqué vouloir voter pour Marine Le Pen assurent que leur choix est définitif selon l'enquête Cevifop. Ils ne sont que 52 % à être dans la même situation dans le potentiel électorat macroniste. 40 % des Français admettent être encore hésitants quand à leur choix définitif, selon la même enquête. Les sondages indiquent une tendance nette, représentative des rapports de force et des dynamiques du moment. Mais ceux-ci peuvent largement évoluer d'ici au premier tour, à part pour Marine Le Pen dont l'accession au deuxième tour paraît quasiment certaine.

Clé de la présidentielle

La volatilité s'explique notamment par les frontières floues entre les membres du club des 5. Les passerelles entre les différents candidats peuvent surprendre tant elles ne correspondent plus forcément aux lignes de clivages traditionnelles. Le programme économique de Marine Le Pen est plus proche de celui de Jean-Luc Mélenchon que de celui de François Fillon. Mais le champion du parti Les Républicains est le candidat d'une droite assez décomplexée qui est plus proche de la présidente du FN que d'Emmanuel Macron sur le plan sociétal. Les questions du maintien de la France au sein de l'Union européenne, du respect du traité budgétaire, du degré de libéralisme/socialisme que peut supporter l'économie française, du rapport entre l'islam et la République, de la transition écologique et de la définition des grands axes de la politique étrangère sont autant de lignes de clivages qui structurent les rapports de chacun des membres du club des cinq vis-à-vis des autres. Et qui rend le jeu des prédictions beaucoup plus difficile.

Les potentiels abstentionnistes et les indécis détiennent la clé de cette présidentielle. Ce sont eux que les membres du club des 5 vont chercher à convaincre et à fidéliser ce soir au cours d'un débat inédit diffusé par TF1. Ils peuvent faire pencher la balance, éliminer un candidat ou permettre à un autre de créer la surprise. Ils vont obliger les candidats à prendre des risques, à se dévoiler, à s'affronter, pour qu'enfin la vraie campagne puisse commencer...

 

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Bouez Chahine

J'ai eu l'immense honneur d'obtenir la nationalité française en 1977. Depuis, j'ai participé à toutes les élections présidentielles, législatives, régionales, municipales etc... Cette fois-ci je m'abstiendrai. A mon avis, aucun de tous les candidats actuels ne se présente pour rendre à la France sa grandeur perdue depuis 1969 suite au départ du pourvoir du général de Gaulle.

Chammas frederico

Le "peuple de France" est il prêt à regarder en face les problèmes structurels ...et prendre les décisions courageuses et "pénibles" pour son redressement?
On pourrait en douter ...a lire la presse ou regarder les médias qui incapables de développer les thèmes "sérieux" se sont gorgés de "Fillon bashing"
A en avoir la nausée
Quelle petitesse que de se "focaliser sur les 50.000 euros de costumes" alors que des milliards d'euros sont à économiser...ou dilapider...
A qui doit on confier le gouvernail de l'imposant "Navire France" qui devrait entrer en chantier pour une révision générale "socialement coûteuse"

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE COMPLOT CONTRE FILLON A BIEN PRECEDE ET CONTINUE ... LA -BALANCE DES BALANCIERS- S,Y MOUVANT AVEC GRAND ZELE, Y FAISANT PARTIE...

Yves Prevost

La vraie course ne fait que commencer, il est vrai, sauf qu'un des candidats est affligé d'un sérieux handicap avant même le départ.
Suite à un article du Canard contre Fillon, il n'aura fallu que quelques heures au parquet financier pour s'auto-saisir.
Malgré un livre, plusieurs articles de journaux et une pétition, la "Justice" reste sourde aux appels à enquêter sur les malversations financières de Macron!
Jamais une campagne présidentielle n'aura autant ressemblé à une mascarade.
Qui ose encore parler de "démocratie"?
La "justice pour tous", un rêve?

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