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Trump face au pari risqué des zones de sécurité en Syrie

Conflit

"Cela revient à autoriser une entrée en guerre pour protéger les réfugiés", estime un expert.

OLJ/Phil Stewart/Reuters
28/01/2017

La mise en place des zones de sécurité que Donald Trump dit vouloir créer en Syrie et dans les pays voisins pour protéger les déplacés et les réfugiés pourrait le contraindre à prendre des décisions risquées sur le plan militaire.

Le président des Etats-Unis a affirmé mercredi "vouloir absolument" l'instauration de telles zones. Selon un document dont Reuters a pu prendre connaissance, il devrait demander dans les jours qui viennent au Pentagone et au Département d'Etat d'élaborer des plans en ce sens.

Le document en question ne précise pas ce qu'il entend exactement par "zone de sécurité" et ne dit pas non plus s'il s'agit de protéger les déplacés des attaques au sol, par exemple celles des jihadistes de l'Etat islamique (EI), ou d'interdire leur survol.

Dans ce dernier cas, et en l'absence d'accord avec Moscou à ce sujet, Trump devrait autoriser l'armée américaine et ses alliés à abattre les avions russes et syriens jugés menaçants pour les déplacés, ce à quoi son prédécesseur s'est refusé.

 

(Lire aussi : Trump, l'Iran et la stabilité au Moyen-Orient)

 

"Cela revient à autoriser une entrée en guerre pour protéger les réfugiés", estime Jim Philips, expert du Proche-Orient et membre de la fondation Heritage, un cercle de réflexion de Washington.

Donald Trump a promis pendant sa campagne d'éradiquer l'EI, mais a exclu d'impliquer davantage les Etats-Unis dans le conflit syrien. Pour certains, il pourrait donc se satisfaire de garanties de la part de Moscou que les avions russes et syriens n'interviendront pas dans ces zones.

Selon Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, les autorités russes n'ont pour le moment pas été consultées sur ce point. "Il est important que cela n'aggrave pas la situation des réfugiés", a-t-il souligné.

Quoi qu'il en soit, il y a de fortes chances pour que les garanties de Moscou ne satisfassent pas les déplacés eux-mêmes, soulignent les observateurs. Un accord avec Damas ne serait par ailleurs pas du goût des alliés arabes de Washington.

 

(Lire aussi : Trump signe un décret pour stopper l'entrée de "terroristes islamiques radicaux")

 

Une alternative à l'accueil des réfugiés

Interrogé sur le projet, le département de la Défense s'est contenté jeudi d'indiquer qu'aucune directive ne lui avait encore été transmise. "Une seule tâche a pour le moment été assignée à notre département en Syrie, c'est de combattre et d'éradiquer l'EI", a déclaré le capitaine Jeff Davis, porte-parole du Pentagone. L'armée semblait quant à elle tout ignorer du document vu par Reuters avant que la presse n'en parle.

Les zones de sécurité souhaitées par Trump entrent dans le cadre d'un décret plus large qu'il devrait signer dans les jours qui viennent pour interdire l'accueil de la plupart des réfugiés et pour suspendre la délivrance de visas aux Syriens comme aux ressortissants de six autres pays du Proche-Orient et d'Afrique.

Le nouveau locataire de la Maison blanche reproche à son prédécesseur de ne pas avoir fait le nécessaire pour empêcher des extrémistes d'utiliser le statut de réfugié pour s'infiltrer aux Etats-Unis.

Pendant et après la campagne, Donald Trump a présenté les zones de sécurité comme une alternative à l'accueil des réfugiés, mais elles ne pourraient être instaurées sans un minimum d'implication militaire. Assurer la sécurité au sol supposerait par ailleurs le déploiement de plusieurs milliers d'hommes, disent les experts.

Pour Anthony Cordesman, du Centre international d'études stratégiques, elles pourraient qui plus est contraindre l'administration américaine à gérer indéfiniment les innombrables tensions religieuses, ethniques et politiques de la Syrie.

D'autres experts estiment qu'elles risquent devenir des cibles ou des havres pour jihadistes, ce qui serait évidemment embarrassant pour Washington. L'investissement financier nécessaire pour protéger, abriter, nourrir et éduquer les déplacés n'est pas non plus négligeable, ajoute Anthony Cordesman.

"Je crois que ces gens n'ont aucune idée de ce qu'il faut pour venir en aide à 25.000 personnes", conclut-il.

 

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PAUL TRONC

La rhétorique est là.
L'application se fera en fonction de la résistance qu'il aura à affronter au sol sur un plan purement militaire , alors qu'on sait tous que les usa ne sont plus ce qu'ils sont si on en juge par leurs défaites à répétition partout où ils ont mis leurs sales pattes .

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