Le monde en 2016

Sport : 2016, la fin d’une époque…

Rétro 2016
OLJ/AFP
06/01/2017

Retraite sportive de Michael Phelps, crépuscule de Roger Federer, sortie annoncée pour Usain Bolt et grand ménage chez les dirigeants (Blatter, Platini, Diack) : 2016 a marqué la fin d'une époque pour le sport mondial.
Il est parti radieux, apaisé. Michael Phelps a quitté la scène le 14 août, sur une 28e médaille olympique – une 23e en or – à Rio, avec un large sourire accroché à son visage de jeune père. « Je ne peux pas être plus heureux », a-t-il lancé à la cantonade, avant de remiser son maillot. Le feuilleton Phelps, auteur d'un retour exceptionnel après un premier départ en retraite quatre ans plus tôt, a illuminé de bien ternes Jeux olympiques, davantage marqués par les incidents et les images de stades déserts que par les exploits de Simone Biles (gymnastique) ou d'Usain Bolt (athlétisme). Ce furent « les plus parfaits des Jeux imparfaits », a résumé le CIO dans une formule alambiquée, délivrée en décembre !
Bolt a réussi une nouvelle moisson quadri annuelle (100 m, 200 m, 4x100 m). Hégémonique depuis huit ans sur le sprint, l'Éclair a confirmé dans la foulée que les Mondiaux de Londres, en août prochain, constitueraient sa dernière compétition internationale. Le sprinteur jamaïcain, ses exploits et son aura vont cruellement manquer à l'athlétisme planétaire, qui se débat dans une crise sans précédent, sur fond de dopage et de corruption.

 

Le chaos
Pêle-mêle, les rapports Pound (novembre 2015) et McLaren (juillet et décembre 2016) ont mis au jour un vaste système de dopage d'État dans le sport russe, avec l'athlétisme comme porte d'entrée. La déflagration a privé de JO plus de 110 athlètes russes. Et emporté au passage l'ancien président de la Fédération internationale (IAAF) Lamine Diack, accusé d'être impliqué dans un vaste système de corruption axé sur un principe simple : « Donne moi de l'argent, et je tairai tes contrôles positifs. »
Inamovible président de l'IAAF (1999-2015), Diack a été balayé dans la même séquence que d'autres caciques du sport mondial, ses collègues de la Fifa Sepp Blatter (1998-2015) et de l'UEFA Michel Platini (2007-2016), suspendus de toute activité liée au football pour respectivement six et quatre ans. Le vaste scandale de corruption qui gangrenait le football mondial, révélé par une descente de police à Zurich en mai 2015, a également été fatal à Juan Angel Napout, vice-président de la Fifa et président de la Conmebol. « Je savais, quand j'ai été élu, que la Conmebol était dans un sale état, mais ce que j'ai trouvé dépassait mon imagination. Le chaos », a synthétisé Alejandro Dominguez, successeur de Napout à la tête de la Confédération sud-américaine de football. Pour noircir encore un peu le tableau, les Football Leaks, documents confidentiels qui ont fuité en fin d'année, ont jeté une lumière crue sur le trop-plein d'argent dans le foot et les supposées pratiques d'optimisation, voire d'évasion, fiscale de stars comme Cristiano Ronaldo.
En cyclisme, la « révolution » du moteur dans les vélos (dite dopage mécanique), qui faisait les beaux jours de l'industrie, a fini par être combattue efficacement cette année par les dirigeants du sport, conscients que la crédibilité des performances de Chris Froome et de ses adversaires était en jeu. Par la faute de Femke Van den Driessche, une jeune Flamande de 19 ans, entrée et sortie très vite (six ans de suspension) de l'histoire pour avoir été la première prise sur le fait, avec un vélo truqué, lors des Mondiaux de cyclo-cross en Belgique.


Malgré tout, le football et le sport en général ont quand même accouché de quelques belles images. Comme celle du milliardaire Ronaldo, blessé et haranguant ses partenaires portugais en finale de l'Euro. Ou bien cette épique séance de tirs au but en finale de la Copa America, remportée par le Chili aux dépens de l'Argentine de Lionel Messi. Le « roi Léo» parviendra-t-il à offrir un trophée à son pays, « fanny» depuis 1993 ? Le Mondial 2018 en Russie constituera une dernière occasion...

 

Glissades et adieux
Le temps qui passe, cet ennemi du sportif. À 33 ans, Roger Federer a pris la peine d'empocher 17 titres du grand chelem – un record – avant de glisser inexorablement. Miné par une blessure à un genou qui le tient éloigné des courts depuis juillet, il a laissé en novembre sa place parmi les dix meilleurs mondiaux, qu'il fréquentait depuis... 14 ans. Son grand rival des années 2000, Rafael Nadal, survit au-dessus de cette limite symbolique. De son côté, Novak Djokovic a abandonné son fauteuil de
n° 1 mondial à Andy Murray, après 122 semaines de règne ininterrompu depuis le 7 juillet 2014. Dans la foulée, le Serbe s'est séparé de son entraîneur, Boris Becker, qui l'épaulait depuis trois saisons et avec qui il a remporté six de ses douze titres du grand chelem. Vraiment la fin d'une époque...
Nico Rosberg a adopté une autre méthode : il a choisi de quitter les paddocks de la F1 au lendemain de son premier titre de champion du monde. « Je suis au sommet de la montagne, l'ascension a été très dure, donc je sens que c'est le bon moment », s'est-il justifié. Il est parti en pleine gloire, à 31 ans. Pour éviter les effets du temps qui passe. Quelques autres superstars ont elles aussi pris le chemin de la retraite. « Da svidania » (au revoir) Yelena Isinbayeva, la tsarine de la perche aux 28 records du monde. « Farewell » Kobe Bryant, l'homme aux 81 points en un match de basket-ball en NBA. « Auf wiedersehen » Miroslav Klose, recordman des buts en Coupe du monde de football.


D'autres noms célèbres, eux, nous ont définitivement quittés pour accomplir le « grand voyage ». Ainsi, entre autres, les ombres immenses de Johan Cruyff et Mohammad Ali ont plané sur cette année 2016. L'incarnation du football total et l'icône de la boxe (autoproclamée The Greatest) laissent leur sport orphelin de deux champions de légende. Le monde du golf, lui, porte le deuil d'Arnold Palmer, un des trois grands – avec Jack Nicklaus et Gary Player – qui ont écrit les plus belles pages de leur discipline. Sans oublier Joao Havelange (président de la Fifa de 1974 à 1998 et membre du CIO de 1963 à 2011), décédé à 100 ans en pleins JO de Rio.
Enfin, le football a été endeuillé par un drame en fin d'année : l'équipe de Chapecoense a été décimée dans un accident d'avion, qui a fait 71 morts dans les montagnes de Colombie, alors que le club brésilien allait disputer sa première finale de la Copa Sudamericana contre l'Atletico Nacional de Medellin. Il n'y a eu que 6 survivants, dont 3 joueurs brésiliens.

 

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Les 10 phrases de l'année

1. « C'est la première fois qu'on voit ça en athlétisme. Je pense que la dernière fois qu'on a vu ça, c'est quand Jesse Owens a couru en 1936 (dans la Berlin nazie). Ça fait chier d'avoir un public de merde comme ça sur des JO. » Le perchiste français Renaud Lavillenie, médaille d'argent aux JO de Rio, après avoir été sifflé par le public.

2. « Sun Yang, il pisse violet ! » Le nageur français Camille Lacourt pour synthétiser les doutes entourant le titre olympique du Chinois, suspendu trois mois après un contrôle antidopage positif en 2014 et dont la présence dans le bassin de Rio a suscité les critiques de certains de ses adversaires.

3. « Des Jeux merveilleux dans la ville merveilleuse. » Thomas Bach, président du CIO, lors de la clôture des Jeux de Rio, le 21 août.

4. « Quelqu'un a décrit ces Jeux comme les plus parfaits des Jeux imparfaits. C'est une bonne définition. » Mark Adams, porte-parole du CIO, le 6 décembre, quatre mois après les JO de Rio, cible de nombreuses critiques.

5. « J'espère que Puma ne fabrique pas des préservatifs. » Le milieu de terrain Xherdan Shaqiri après un match de l'Euro en France, où de nombreux maillots de l'équipe suisse n'ont pas résisté aux assauts adverses.

6. Le Dr Rodtchenkov, ancien directeur du laboratoire de Moscou, « a modifié les échantillons en les diluant avec de l'eau, en ajoutant du sel, du dépôt ou des granules de Nescafé si nécessaire pour retrouver la concentration et l'apparence de l'échantillon B. » Constat dressé le 9 décembre dans le rapport McLaren, pointant un système de dopage d'État dans le sport en Russie.

7. « Pep Guardiola dit ''ceux qui veulent avoir des rapports (sexuels), c'est avant minuit'', car il faut une bonne nuit de sommeil. » Le milieu de terrain Samir Nasri évoquant les conseils de son ex-entraîneur à Manchester City.

8. « Cruyff, c'était le meilleur joueur de tous les temps. » Michel Platini, autre légende du football et ancien président de l'UEFA, après le décès du n° 14 des Pays-Bas.

9. « Je ne peux pas montrer ma fierté devant le drapeau d'un pays qui oppresse les Noirs et les gens de couleur. » Colin Kaepernick, quarterback de l'équipe de football américain de San Francisco, à l'origine du boycott de l'hymne américain avant les matches de son équipe pour protester contre les violences policières visant les Noirs.

10. « On a joué contre une bande de lâches (...). Je ne pense pas qu'elles vont aller loin dans le tournoi. Elles ont réussi d'une manière très lâche. Mais elles ont gagné. Elles continuent et nous on rentre à la maison. » Hope Solo, gardienne de but de l'équipe de foot des États-Unis, après l'élimination de son équipe, double tenante du titre, en quarts de finale des JO par la Suède (1-1 a.p., 4-3 t.a.b.).

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