X

Moyen Orient et Monde

Salah el-Achkar : L’histoire retiendra qu’il y avait un groupe de jeunes qui ne réclamaient que la liberté 

Les mille et un visages d’Alep/Témoignages

Quatre années de divisions, d'incompréhension et parfois de haine auront séparé les habitants de l'est de la ville de ceux de l'ouest, restés loyaux au régime. Seuls quelques kilomètres les séparent, mais ils ont vécu ces quatre années de façon radicalement différente, persuadés tous deux d'être du bon côté de l'histoire et de défendre une juste cause. C'est parce que leur témoignage apporte deux perceptions diamétralement opposées du conflit syrien en général, des cinq ans qui ont précédé la chute d'Alep en particulier, que « L'Orient-Le Jour » a souhaité donner la parole à un Alépin de l'Est et à une Alépine de l'Ouest (lire son témoignage ici).

15/12/2016

J'ai 28 ans. En 2012, j'étais étudiant en finances à l'Université d'Alep. J'ai immédiatement rejoint le mouvement contestataire des étudiants. Par conséquent, j'ai été parmi ceux recherchés par le régime. J'ai déménagé vers les quartiers sous contrôle des rebelles, à l'Est. Bien entendu, j'ai dû interrompre mes études.

Je me suis redirigé vers le journalisme activiste et j'ai monté une boîte de production TV. J'ai rejoint le Conseil de la révolution du quartier Salaheddine, qui est un conseil local civil et un bureau d'informations. J'ai travaillé également à l'AMC (Aleppo Media Center). Puis j'ai été photographe de presse pour une agence française durant 6 mois. J'ai ensuite travaillé pour al-Jazira en tant que producteur et vidéaste. En ce moment, je suis free lance et je travaille sur des courts-métrages.

J'ai été marié, mais j'ai divorcé. J'ai un fils, Omar, qui a 1 an et 2 mois. Il est en Turquie. Je suis seul ici, dans Alep assiégée. Salah el-Achkar n'est pas mon vrai nom. C'est un pseudo. Nous avons tous pris un nom de révolutionnaire au début. On m'appelait « le blond », d'où le « al-Achkar », puis je me suis choisi le prénom Salah. Mon vrai nom, c'est Abdel Karim Serjia.

 

(Lire aussi : Alep 2011-2016 : requiem pour une ville)

 

J'ai choisi de m'engager dans la révolution parce que le régime nous privait de liberté, le régime volait son propre peuple et ses richesses, parce que le régime a tué des enfants et arraché leurs ongles à Deraa, parce que le régime a massacré des femmes, des hommes, des vieux et des enfants à Homs. Il y a mille et une raisons qui m'ont poussé à rejoindre la rébellion. J'ai toujours souhaité que mon pays soit le meilleur au monde. Je disais toujours espérer que la Syrie devienne la Suisse.

En tant que témoin de ce qui se passait sur le terrain quotidiennement à Alep, ces 5 ans m'ont beaucoup apporté. Ce n'était qu'un soulèvement du peuple. Mon seul but a été d'aider les enfants de mon pays à réussir cette révolution. À plusieurs reprises, j'ai eu la possibilité de quitter Alep, mais je voulais y rester coûte que coûte afin de défendre la cause. Afin que nous, Syriens, soyons enfin libres. En cinq ans, j'ai perdu beaucoup d'amis. Je suis fils unique et ils étaient devenus comme mes frères. Certains sont morts, d'autres ont choisi l'exil. Il m'en reste quelques-uns ici à Alep assiégée. J'ignore ce que l'avenir nous réserve.

J'ai tout vécu. J'ai côtoyé toute la souffrance et la détresse humaine. J'ai vu la mort devant moi plusieurs fois, et je l'ai même filmée. Mais je ne regrette rien de ce que j'ai fait durant toutes ces années. Bien au contraire. Je considère que l'histoire retiendra qu'il y avait un groupe de jeunes qui ne réclamaient que la liberté et qui refusaient la dictature. Même s'ils ont échoué, au moins, ils auront essayé. Et j'espère que notre tentative poussera d'autres à continuer en ce sens. Peut-être que, à plusieurs reprises, cette rébellion s'est écartée de son but premier, qui est d'instaurer la démocratie. Mais la meilleure chose que j'ai faite dans ma vie a été de participer à cette révolution.

 

 

Lire aussi

(L)armes fatales, l'édito de Ziyad MAKHOUL

Mireille George Soufo : Les rebelles n’ont pas d’âme... Si tu viens pour me convaincre, tu ne viens pas me tuer

La Syrie d’Assad, nouvelle Corée du Nord ?

Après Alep, la nature de la guerre contre le régime pourrait changer

Pour Alep martyrisée, une promesse de mobilisation, quelques mots... et le silence

"Tout le monde a peur" à Alep, de nouveau dans l'enfer de la guerre

Alep-Est : « Je viens de brûler ma maison pour que personne ne puisse en profiter »

Le sort d'Alep fait ressurgir les fantômes de Sarajevo et Grozny

Les cris de détresse des civils d'Alep-Est, en vidéos

Silence de mort dans la vieille ville d'Alep, défigurée par la guerre

Des ONG appellent à l'évacuation sécurisée des journalistes d'Alep-Est

 

Diaporama

Terre brûlée et gravats à perte de vue à Alep-Est : les images

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MONDE LE SAIT... IL N,Y A QUE LES BOUCHERS QUI N,OSENT PAS L,ADMETTRE !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Des menaces... et des négociations

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.