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Le sort d'Alep fait ressurgir les fantômes de Sarajevo et Grozny

conflit

Le sort de la deuxième ville de Syrie évoque ces deux villes martyres assiégées.

OLJ/AFP
14/12/2016

Sarajevo en Bosnie, Grozny en Tchétchénie : le sort d'Alep, en passe de tomber entièrement aux mains du régime syrien après plus de quatre ans de combats, évoque ces deux villes martyres assiégées.

 

- Sarajevo -

Le siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, d'avril 1992 à novembre 1995, a fait plus de 10.000 morts dont plus de 1.600 enfants, et demeure l'une des pages les plus dramatiques de la guerre de Bosnie qui a opposé Serbes, Musulmans et Croates.

Les images et témoignages des habitants d'une capitale européenne assiégés, affamés et fauchés au hasard par des tireurs isolés, sous l’œil impuissant des Casques bleus, ont choqué le monde entier.

- 20 mai 1992. "Il est trop risqué de transporter les blessés à l'hôpital, car dès que quelqu'un sort de l'immeuble, il devient la cible de nombreux tireurs embusqués et de milices en faction devant les barrages qui barrent les accès au quartier" (...) Quelques téléphones seulement fonctionnent dans le quartier et sont "notre unique fenêtre sur le monde" (un professeur d'université joint au téléphone par l'AFP).

- 15 juillet 1992. Vers 10h30, près d'un pont enjambant la rivière Miljacka, l'envoyé spécial de l'AFP voit un petit garçon de 8 à 10 ans, gisant sur le goudron du quai, légèrement recroquevillé sur le côté, une flaque de sang s'élargissant doucement sous sa tête. Il vient d'être victime d'un tireur caché dans un immeuble ou dans une des multiples petites maisons aux toits rouges qui s'étagent sur les flancs des collines toutes proches.

- 22 juillet 1993. Plus de 3.700 obus sont tirés sur Sarajevo et ses faubourgs par les Serbes de Bosnie, selon les observateurs des Nations unies, soit un des bombardements les plus intensifs depuis le début du siège de la ville.

- 5 février 1994. Un obus de mortier explose sur le marché central de Sarajevo faisant 68 morts. Deux jours plus tard, Edi Vagler, 65 ans, assiste aux funérailles d'une amie: "Bien-sûr c'est dangereux d'être ici, mais (...) nous sommes depuis longtemps au delà de la peur. Il faut venir, car nous sommes de toutes façons condamnés à mort. On ne sait tout simplement pas quand et où on va être frappé".
La veille, Mehmet Kouric, 27 ans, criait son indignation: "On ne peut rester chez soi comme des minéraux. Nous sommes des êtres humains ! Nous savons que ce n'est pas le dernier massacre, et nous savons aussi désormais que la communauté internationale, après quelques jours d'indignation et de bonnes paroles, passera à autre chose".

 

(Diaporama : Terre brûlée et gravats à perte de vue à Alep-Est : les images)

 

- Grozny -

 

La capitale de la Tchétchénie, petite république du Caucase russe, a été littéralement rasée pendant l'hiver 1999-2000 par l'artillerie et l'aviation russes lors de la bataille pour reprendre Grozny aux séparatistes tchétchènes. La bataille de Grozny s'est déroulée du 25 novembre 1999 au 6 février 2000, date à laquelle le drapeau russe a été hissé.

La communauté internationale n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités pour répondre au "carnage en Tchétchénie", estimera en décembre 2000 l'ONG américaine Human Rights Watch (HRW).

Le 9 janvier 2000, des habitants de la ville, réfugiés dans la république russe d'Ingouchie, racontent l'enfer dans les ruines de Grozny à un journaliste de l'AFP.

- Rosa Movlaeva, 40 ans. "Nous avons vécu trois mois dans une cave, dans le froid et le noir, sans lumière, sans chauffage et sans eau, on ne s'est presque jamais risqué dehors".
"Les corps restent dans la rue plusieurs jours, jusqu'à une semaine. Nous ne pouvions pas sortir pour les enterrer à cause des tirs de snipers. Les blessés mouraient aussi dans la rue faute de pouvoir être secourus", ajoute Rosa Movlaeva, qui se souvient que les bombardements étaient incessants, nuit et jour, avec des pauses de 10 à 15 minutes.

- Ali Mounaïev, 28 ans. "Il y a des cadavres partout. Les gens ont déjà commencé à manger les chiens et les chats. Quand vous ne voulez pas mourir de faim, vous n'avez pas d'autre choix".

- Oumar Saïdoullaïev, 42 ans. "Quasiment tous les bâtiments ont été détruits et les autres finissent de brûler". "Nous utilisions les matelas, les draps et les couvertures crasseuses à tour de rôle" (...). "Mais de toutes les façons, on ne pouvait pas dormir tant il y avait de bombes qui tombaient".

 

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