Liban

La bataille d’Alep et le réveil « des cellules dormantes »

Décryptage
09/12/2016

À une personnalité libanaise qui lui demandait jeudi de lui envoyer une carte détaillée des dernières positions des forces en conflit à Alep-Est, le général syrien Ali Mamlouk aurait répondu : « Ce n'est pas la peine, les changements sont trop rapides. » De fait, depuis quelques jours, les développements se précipitent à Alep-Est et les combattants de l'opposition sont en pleine déroute. Une partie d'entre eux cherche à se rendre aux forces du régime et les autres réclament des garanties de repli vers des « zones plus sûres » comme Raqqa. Selon les estimations militaires, les forces du régime et leurs alliés devraient reprendre le contrôle des quartiers est de la ville dans une dizaine de jours au grand maximum, avant les fêtes de fin d'année et surtout avant l'entrée en fonctions officielle du nouveau président des États-Unis, Donald Trump, pour créer un fait accompli irréversible. Sachant que les quartiers est d'Alep sont passés sous le contrôle de l'opposition à partir de 2012. D'ailleurs, les sources proches du régime syrien annoncent une prochaine visite du président Bachar el-Assad à Alep pour prononcer ce qui sera considéré comme un discours décisif dans le cours du conflit syrien commencé en 2011.

Il est donc clair que la bataille d'Alep, attendue et annoncée, est en train de prendre fin, au profit des forces du régime et de leurs alliés. De l'avis de nombreux observateurs et même de la presse occidentale, cette bataille marque un changement radical dans les rapports des forces en Syrie et même dans la région. Après la reprise de contrôle d'Alep par le régime, ce dernier ne sera plus menacé de renversement. L'État islamique et l'ex-Front al-Nosra n'auront plus d'autre choix que de se replier vers Raqqa ou Idleb (Nord-Est et Nord-Ouest), alors que les poches existantes dans le centre, notamment dans le Rif (campagne) de Damas, seront condamnées à plus ou moins brève échéance à l'asphyxie.

 

(Lire aussi : Les propos du mufti de Syrie énonciateurs d’un retour insidieux de la Syrie au Liban)

 

Quant au front du Sud, il est plus ou moins figé dans un statu quo dissuasif entre d'un côté les rebelles ouvertement appuyés par l'armée israélienne et de l'autre les forces du régime et leurs alliés.

Selon une source militaire qui suit de près le dossier syrien, la fin de la bataille d'Alep n'aura pas seulement un grand impact sur les contours de la « nouvelle Syrie », elle redéfinit aussi les rôles régionaux.

Déjà, l'Égypte a clairement choisi son camp en déclarant d'une façon plus ou moins officielle son appui au régime syrien « dans sa lutte contre les terroristes ». Le général Ali Mamlouk a d'ailleurs effectué une visite récente au Caire et certains médias rapportent la présence d'experts militaires égyptiens en Syrie, en dépit de la grande colère de l'Arabie saoudite qui a immédiatement décidé de suspendre l'approvisionnement de l'Égypte en pétrole.

De même, la Turquie est en train de modifier sa position initiale de franche hostilité au régime syrien au point d'être particulièrement active dans les plans visant à le renverser. La même source militaire affirme ainsi que les forces du régime syrien n'auraient pas pu prendre aussi rapidement le contrôle des quartiers est d'Alep si la Turquie n'avait pas pris des mesures pour limiter l'afflux de combattants à travers ses frontières. De plus, la Turquie se rapproche de plus en plus de la Russie, au point que le président russe a exigé de son homologue turc de changer une déclaration dans laquelle il disait que l'objectif des forces turques en Syrie était de renverser le régime d'Assad.

 

(Lire aussi : Joumblatt craint pour sa vie et redoute un retour de l’influence du régime syrien)

 

De même, les Russes ont fixé des lignes rouges à l'intervention militaire turque en Syrie, l'autorisant à sécuriser ce qu'elle considère comme ses intérêts stratégiques avec les Kurdes, mais l'empêchant de prendre le contrôle de la ville frontalière d'al-Bab qui coupe en deux la zone kurde. La Turquie a donc revu ses ambitions syriennes à la baisse et a de moins en moins les mains libres en Syrie. Ce qui place l'Arabie saoudite ainsi que les autres pays du Golfe, qui ont largement appuyé les groupes rebelles, dans une volonté déclarée de renverser le régime syrien, dans des positions délicates et les classe dans la catégorie des grands perdants.

La source militaire précitée affirme toutefois que ces développements sur le terrain et stratégiques ne signifient pas que la guerre se terminera rapidement en Syrie, puisqu'une partie du territoire syrien continuera à être sous le contrôle des rebelles, mais la page du renversement militaire de Bachar el-Assad sera définitivement tournée. Il faudra alors mener des négociations politiques sur un nouveau partage des pouvoirs, sachant que le régime sera en position de force et que l'opposition dans ses factions « modérées » aura besoin du solide appui de la communauté internationale pour tenter d'arracher des concessions. En même temps, les groupes jihadistes continueront d'exister, même affaiblis. Ils peuvent même être encore plus violents à travers des attentats-suicide pour compenser la perte du terrain. La source militaire place même l'attentat de Bqaa Sifrine, au Liban-Nord, dans ce contexte, estimant que sur l'ordre des chefs installés à Raqqa, les « cellules dormantes » au Liban pourraient se réveiller et semer de nouveau la mort et la violence. Ce qui doit pousser les services de sécurité libanais ainsi que l'armée à une vigilance maximale. Mais celle-ci sera certainement plus efficace lorsque les institutions officielles reprendront leur fonctionnement normal. Hélas, les parties concernées ne semblent pas pressées de former un nouveau gouvernement...

 

 

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Saliba Nouhad

Étonnant que vous ne parliez plus de Daech, ISIS, comme si ceux-ci sont une quantité négligeable, inoffensifs et un problème secondaire, alors qu'ils sont la création même du despote de Damas et encore omniprésents en Syrie...
Est-ce que Notre ami va maintenant tourner sa machine de mort avec ses amis russes pour éradiquer cette terrible menace côté Raqqa avec la coalition internationale?
Mais voyons, bien sûr que non... je préfère les garder sur place comme abcès de fixation pour justifier tout massacre futur au nom de la lutte contre le terrorisme...
Même qu'il les utilisera chez nous plus tard pour attiser de nouveau la guerre sectaire au Liban, comme il l'avait si bien fait dans le passé!
En ceci, je pense que je suis d'accord avec vous...
Malheureusement, j'ai l'impression que le pire est encore à venir au Liban avec 1.5 million de réfugiés à moins d'un réveil brusque de notre classe politique?
On ne perd rien à rêver!

TROLL & PSEUDONYMES

"De même, les Russes ont fixé des lignes rouges à l'intervention militaire turque en Syrie..."

Personne n’impose des lignes rouges à la fière et grande Turquie ! D’Erdogan, un mot, un geste, et l’armée fait le reste. Chacun dans son rôle, n’est-ce pas. Les lignes rouges (au pluriel) en Syrie comme en Irak, sont fixés pour partager les rôles.

Vous n’avez pas une source digne de confiance pour prédire la fin de la guerre en Syrie et le retour des Syriens dans leurs foyers ?

TROLL & PSEUDONYMES

Je vous cite à deux reprises:

"Selon une source militaire qui suit de près le dossier syrien, la fin de la bataille d'Alep n'aura pas seulement un grand impact sur les contours de la « nouvelle Syrie », elle redéfinit aussi les rôles régionaux.De l'avis de nombreux observateurs et même de la presse occidentale, cette bataille marque un changement radical dans les rapports des forces en Syrie et même dans la région..."


"De l'avis de nombreux observateurs et même de la presse occidentale, cette bataille marque un changement radical dans les rapports des forces en Syrie et même dans la région."


Le rôle régional, et le rapport de force dans la région, c’est en clair pour cette source le retour de la Syrie au Liban, seule influence réelle dans la région. Quelle bonne nouvelle ! Cette source est-elle crédible pour la citer ?

TROLL & PSEUDONYMES

"La source militaire précitée affirme toutefois que ces développements sur le terrain et stratégiques ne signifient pas que la guerre se terminera rapidement en Syrie, puisqu'une partie du territoire syrien continuera à être sous le contrôle des rebelles, mais la page du renversement militaire de Bachar el-Assad sera définitivement tournée."

C’est que selon cette source militaire, la bataille d’Idlib est imminente pour concrétiser la "Syrie utile", et si cette source se réjouit du maintien de Bachar au pouvoir, eh bien tant mieux pour lui et pour la Syrie. Il faut être tellement cynique pour admettre qu’il n’était pour rien dans ce spectacle de désolation, de massacres, de réfugiés…

AIGLEPERçANT

On a toujours l'impression de connaître ce que Scarlett va nous écrire, mais on est toujours surpris des révélations qu'elle nous fait, la qualité de ses articles se bonifie avec le temps comme le bon vin .

Voir l'Egypte tourner le dos aux bensaouds , malgré tout le pognon que ces abrutis déversent sur ce pays est très révélateur du virage des mentalités qui s'opère sous nos yeux , la turquie d'erdo qui , comme il est de coutume chez ce personnage, fait des déclarations pour ensuite y revenir sur une indexation du grand Poutine , voir les pourvoyeurs de bactéries wahabites au pied du mur nous annonce une fin pas très réjouissante pour cette clique mafieuse.

ET LIRE QUE LE HÉROS DE LA RÉSISTANCE AU COMPLOT CONTRE LA SYRIE DÉFINITIVEMENT RECONNU COMME ÉTANT LA SOLUTION AU CONFLIT , C'EST DU PUR BONHEUR POUR TOUTES LES PERSONNES SOUCIEUSE DE PLUS DE JUSTICE DANS CE MONDE EN PERDITION POUR LES COMPLOTEURS COALISÉS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BARATIN AU MENU COMME CHAQUE JOUR...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS LA CONNIVENCE MASTODONTO/OURSIENNE... MALGRE TOUS LES THEATRES AUQUELS ON ASSISTE SUR DES PRETENDUES DIFFERENCES ENTRE EUX, LE PREMIER AYANT COUPE NET TOUS LES APPROVISIONNEMENTS EN ARMES DES REBELLES POUR QUE LE SECOND PUISSE S,Y MOUVOIR LIBREMENT ET JUSQU,A FAIRE TAIRE LE TURC... IL N,Y AURAIT POINT EUT D,ALEP QUI TOMBE ! L,ORIENTATION DE LA NOUVELLE ADMINISTRATION AMERICAINE DECIDERA DU DESTIN REEL DE LA REGION...

Bery tus

dite moi madame etes vous contente de citer le general mamelouk ... apres qu'il a ete démontrer qu'il a ete impliquer dans l'affaire Samaha !?!? juste dites de quel liban vous voulez parler ????

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