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Moyen Orient et Monde

À Alep-Est, « on préfère mourir que d’être emprisonné et torturé de l’autre côté »

Témoignage

Depuis plus de 10 jours, le régime poursuit ses bombardements intensifs sur les quartiers échappant à son contrôle.

26/11/2016

« Les dix derniers jours ont été les pires de ma vie. En deux ans, il n'y a pas eu autant d'obus, de barils et de missiles que cette dernière semaine », raconte Khaled, un père de 4 enfants habitant les quartiers est d'Alep, sous contrôle des rebelles. Depuis le lancement, le 15 novembre, d'une offensive d'une intensité sans précédent, l'armée syrienne, aidée de son allié russe, a gagné du terrain dans les quartiers rebelles de la deuxième ville de Syrie. L'armée contrôle désormais 60 % de Massaken Hanano, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), et poursuit son avancée. Avec l'instauration du siège il y a plus de trois mois, le régime tend notamment à affamer la population qui tente tant bien que mal de survivre grâce à des plantes herbacées, comme le persil ou de la chicorée, trouvées ici et là. « Le pain est devenu quasi immangeable car il n'y a plus de farine de blé en ville. C'est de la poudre de haricot qui est utilisée à la place », confie Khaled.

Dimanche, l'émissaire de l'Onu en Syrie s'est rendu à Damas pour demander un arrêt des attaques contre les civils, notamment à Alep. Staffan de Mistura s'est vu rabrouer par le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, qui a rejeté une idée de l'émissaire onusien sur le maintien d'une « administration autonome » des rebelles sur les quartiers est.

 

(Lire aussi : Le régime Assad vivement stigmatisé au cours des séances de la WPC à Doha)

 

Faux réfugiés ?
Mercredi, dans un communiqué publié sur Facebook, les autorités gouvernementales d'Alep ont fait état du passage de 10 personnes mardi soir vers les quartiers ouest, sans d'autres précisions. La veille, le régime avait accusé les rebelles de retenir les civils pour « les utiliser comme otages et boucliers humains ». Mais selon certains habitants, aucun civil n'aurait quitté les quartiers est. « C'est de l'intox comme d'habitude. Ils ont montré à la télévision d'État une famille qui se trouve désormais à l'Ouest. Mais je connais cette famille et je sais très bien que ça fait deux ans qu'elle a quitté les quartiers rebelles. Aucun combattant ici ne nous empêche de partir, ce sont des mensonges », rapporte Khaled. « On préfère mourir ici que d'être emprisonné et torturé de l'autre côté. C'est au minimum le sort que le régime nous réserve si on vient de son côté », abonde Mohammad, un infirmier.

Jeudi, des groupes rebelles d'Alep-Est ont accepté un plan de l'Onu pour la livraison d'une aide humanitaire et des évacuations médicales, selon les déclarations du conseiller pour les affaires humanitaires de l'émissaire de l'Onu pour la Syrie, Jan Egeland. Mais sans les autorisations nécessaires de Damas et de Moscou, cette annonce d'aide providentielle risque fort d'être une nouvelle parole en l'air. « Le régime veut qu'on meure de faim, pourquoi il accepterait de laisser entrer quoi que ce soit, sans demander en échange la reddition des rebelles ? » poursuit Khaled. « En attendant, on meurt à petit feu, notre moral est au plus bas. Si on me donne l'opportunité de quitter Alep, c'est la Syrie que je quitterais une fois pour toutes. Plutôt aller en Somalie que de mourir de faim ici sous les bombes », ajoute-t-il, désespéré.

 

 

(Lire aussi : Ayrault : Miser sur Assad pour se débarrasser de Daech serait une erreur morale et stratégique)

 

Un missile, des selfies
« Les premiers jours de la semaine étaient terribles, on n'a pas osé sortir dans les rues », raconte Joumana. « Aucun quartier n'est sûr », renchérit Ameer, photographe. « Jeudi, il y a eu une pluie d'obus dès le matin, vers Bab el-Naïrab et Tarik el-Bab. J'ai vu les Casques blancs sauver la vie à deux jeunes enfants, coincés sous les décombres, après l'effondrement de leur immeuble. Personne n'est à l'abri », poursuit-il.

La plupart des hôpitaux sont désormais hors service, et les équipes médicales tentent de soigner les blessés dans des abris. « On change tout le temps d'endroit », raconte Mohammad. « Nous soignons au premier sous-sol des immeubles, mais là on essaie de trouver des lieux plus sûrs. Tout le monde a peur d'aller travailler, mais on fait tout pour recevoir les blessés », poursuit-il. « On nous emmène des bébés parfois, et on sait qu'on ne peut pas les aider. Tout le staff est en larmes, c'est un déchirement et une constante angoisse », témoigne Mohammad.

Un missile russe n'ayant pas explosé a été retrouvé jeudi en fin de matinée par les habitants. « Tout le monde a commencé à jeter de l'eau dessus, puis on s'est pris en selfie à côté de l'engin », raconte l'infirmier, qui dit avoir trouvé le même jour des tuyaux explosifs de plusieurs dizaines de mètres. Avec la virulence de l'offensive aérienne, la crainte de mourir d'un instant à l'autre a gagné les habitants. Certains ont la possibilité de se réfugier dans des caves, d'autres pas. « C'est chacun sa chance. Autour de moi, je n'entends que des histoires de martyrs, on n'en peut plus », fustige Khaled. « Le monde entier est témoin de nos souffrances.

Tout le monde sait que le régime nous jette du chlore. C'est devenu quelque chose de banal ! Je tousse tout le temps, mes yeux me brûlent, j'ai constamment froid et j'ai des nausées. Les gens n'ont-ils plus de cœur? » déplore Mohammad.

 


 

 

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ACE-AN-NAS

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Talaat Dominique

ils parlent de leur souffrance , soit
mais la souffrance et le martyr des chrétiens d'Irak et de Syrie ? et des autres communautés ?
les journalistes parlent plus des régions rebelles, mais oublient le reste
les chrétiens d'orient sont toujours les oubliés
les grands oubliés de l'histoire
les occidentaux préfèrent privilégiés les relations avec les saudis et qataris que les populations chrétiennes

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