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Témoignages

Ces billets doux que le régime envoie aux habitants d’Alep-Est...

Dans la deuxième ville de Syrie, aujourd'hui assiégée, civils et combattants reçoivent quasi quotidiennement des messages d'intimidation.

Des tracts lancés par le régime syrien sur les quartiers rebelles d’Alep.

« Chers compatriotes d'Alep-Est, quittez immédiatement les zones sous contrôle des insurgés, ou nous vous bombarderons davantage », signé « l'armée syrienne ». Après 5 années de guerre, recevoir ce genre de messages par SMS sur son téléphone portable, ou imprimés sur des tracts largués par les avions du régime, ne surprend plus personne à Alep-Est. Destinée à intimider la population, cette arme de guerre psychologique utilisée quasi quotidiennement par Damas et ses équipes de propagande n'aurait pas l'effet escompté, bien au contraire. « Tout le monde sait que ce sont des mensonges. Le régime se moque de nous et de notre sort, donc ils peuvent continuer à jeter des milliers et des milliers de papiers, on se fiche de ce genre de menaces », confie Bilal*, contacté via WhatsApp.

Début 2013, la ville est déjà divisée en deux. « À cette époque, nous avons commencé à recevoir des messages sur nos téléphones, via les opérateurs de l'État, MTN ou Syriatel, demandant aux civils d'aider l'armée syrienne à détruire les "terroristes" », raconte Ahmad. En 2014, le largage de barils par hélicoptère ou par avion s'intensifie sur les quartiers est d'Alep. « Avant qu'une vague de barils remplis d'explosifs n'arrive, on recevait des tracts », poursuit-il. Selon des habitants, la propagande aérienne et l'envoi de SMS se sont intensifiés lorsque la Russie a commencé à bombarder Alep, en septembre 2015. « Les messages sont devenus plus brutaux et pervers quand les Russes sont venus en aide au régime. C'est une idée russe ça, c'est sûr, de vouloir nous effrayer et nous inciter à déserter, suppose Ameer. Les avions ou les hélicoptères lâchent des centaines de feuilles qui sont emportées par le vent. Parfois, ils ratent leur cible, ou le vent est contre eux. C'est drôle, ça fini peut-être chez eux du coup », ajoute-t-il.

 (Lire aussi : La vie continue sous terre à Douma, ville syrienne bombardée)

Le matraquage, amenant les Aleppins à recevoir entre 2 et 4 messages par jour, se fait encore plus intense lors de progrès effectués par l'armée syrienne sur le terrain. « Pour l'ASL (l'Armée syrienne libre), c'est du cinéma tout ça, mais du point de vue de l'armée de Bachar (el-Assad) c'est très sérieux, car elle croit réellement en ses propos », plaisante Jalal. « Parfois, leurs messages sont tellement mal écrits en arabe, qu'il nous est difficile de comprendre ce qu'ils veulent dire, et ça nous fait marrer », ajoute Yasser.

Depuis le début de l'offensive loyaliste qui a conduit à l'encerclement des quartiers rebelles en juillet dernier, puis la restauration du second siège peu de temps après, les missives exhortant la population à quitter ces zones se sont faites plus pressantes. « Quand on reçoit un SMS du genre "Vous avez trois jours pour quitter vos quartiers, sinon on va lancer une offensive aérienne terrible", les gens prennent peur et vont se cacher dans les abris. Ça joue sur les nerfs. On sait que c'est du bluff, mais untel ou untel va te faire douter et te persuader de ne pas mettre le pied dehors, juste au cas où », raconte Khaled, père de 4 enfants. « Quand une bataille se prépare, on reçoit des messages. Pareil quand les rebelles subissent une défaite par exemple. La semaine dernière, j'ai reçu : Chers compatriotes d'Alep-Est, rendez-vous à vos frères de l'armée syrienne avec un drapeau blanc (...). D'accord, je veux bien mais pour aller où ? » se demande Joumana. « J'ai essayé d'emprunter les soi-disant corridors du régime, grâce au schéma qu'ils avaient lancé sur la ville. Je n'ai plus rien ici, je ne dépends de personne, et je ne suis pas un combattant. Ma femme, mes enfants et moi avons rebroussé chemin. Il n'y avait rien. À part des snipers », raconte Khaled. Sur l'un des tracts sur lequel il était tombé avant de prendre la décision de partir, était écrit : « Sortez en prenant les bus verts, ou les bulldozers jaunes viendront à vous. Choisissez votre destin. » « Et puis, ils ont commencé à envoyer des papiers en couleur avec des photos de combattants de Jaich el-Fateh morts avec écrit en dessous : si vous ne vous rendez pas, vous subirez le même sort », se souvient Ahmad.

(Lire aussi : Les maîtres des guerres de Syrie et d’Irak)

Plus vicieux encore, les messages visant à définitivement faire désespérer la population : « Vous ne recevrez jamais les aides promises, et vous mourrez tôt ou tard », largué ou envoyé par téléphone au moment où Alep assiégée connaît une pénurie alimentaire sans précédent. « Nous narguer comme ça au niveau de la nourriture, c'est inhumain », déplore Joumana.

« Le pire, c'est quand ils nous larguent dessus des couches sales de bébé. C'est comme si même leurs enfants se moquaient de nous », fustige Khaled. Bombardés quotidiennement, et devant faire face à une crise humanitaire, les habitants des quartiers est ne sont pas à une humiliation près. « On finit par oublier ce qu'ils écrivent tant ils nous écrivent », conclut Bilal.


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« Chers compatriotes d'Alep-Est, quittez immédiatement les zones sous contrôle des insurgés, ou nous vous bombarderons davantage », signé « l'armée syrienne ». Après 5 années de guerre, recevoir ce genre de messages par SMS sur son téléphone portable, ou imprimés sur des tracts largués par les avions du régime, ne surprend plus personne à Alep-Est. Destinée à intimider...

commentaires (3)

Votre article semble dire qu'il n'y a pas Daech à Alep et que le Régime ne s'applique à abattre que des braves gens. Le tract est menaçant, mais cela prévient mieux les habitants des intentions sanglantes du régime. C'aurait été machiavélique de leur dire quelque chose dans le genre : "Nous venons vous libérer, sortez les fleurs et le riz, la paix revient avec nous"... et à la place des fleurs quelques barils bien remplis continuent à massacrer les gens... Dégueu... F. MALAK

Rotary Beyrouth

11 h 30, le 14 novembre 2016

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Commentaires (3)

  • Votre article semble dire qu'il n'y a pas Daech à Alep et que le Régime ne s'applique à abattre que des braves gens. Le tract est menaçant, mais cela prévient mieux les habitants des intentions sanglantes du régime. C'aurait été machiavélique de leur dire quelque chose dans le genre : "Nous venons vous libérer, sortez les fleurs et le riz, la paix revient avec nous"... et à la place des fleurs quelques barils bien remplis continuent à massacrer les gens... Dégueu... F. MALAK

    Rotary Beyrouth

    11 h 30, le 14 novembre 2016

  • AVANT TOUT CA AURAIT DU ETRE ECRIT EN RUSSE CONTRE LE PEUPLE ALEPPIN QUI COMBAT LA TYRANNIE PUISQUE PLUS DE 5000 MERCENAIRES EX SOLDATS RUSSES REMUNERES ... AVEC CONFESSION DU PORTE PAROLE DE L,ARMEE RUSSE ... Y COMBATTENT A LA PREMIERE LIGNE ET TOUS LES ACCESSOIRES NE FONT QUE SUIVRE ET SE PHOTOGRAPHIER ...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 22, le 14 novembre 2016

  • Quittez les lieux les bactéries, ce pays ne vous appartient pas , il est aux syriens .

    FRIK-A-FRAK

    08 h 20, le 14 novembre 2016