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Liban - Témoignages

Amine Gemayel : J’ai découvert plus tard que Pierre se préparait presque à ce grand sacrifice

« Ceux qui ont assassiné Pierre, Gebran Tuéni, Antoine Ghanem ou Samir Kassir l'ont fait pour se venger des ténors du 14 Mars et du public qui les a tellement applaudis », souligne Joyce Gemayel.

Le père et le fils aux élections Kataëb à Saïfi. (Michel Sayegh).

L'ancien président de la République Amine Gemayel et son épouse Joyce ont accepté de se confier à L'Orient-Le Jour à l'occasion de la 10e commémoration de l'assassinat de leur fils, l'ancien député et ministre Pierre Gemayel. Il en ressort de leurs témoignages un Pierre Gemayel plus intime que la figure publique et l'homme politique, un jeune homme amoureux de son pays, engagé, un fils affectueux et un père de famille attentionné.

« Il y a eu la génération Pierre Gemayel, Gebran Tuéni et Antoine Ghanem... » C'est par ces mots qu'Amine Gemayel aime à évoquer son fils et les autres martyrs de la mouvance du 14 Mars. « Pierre faisait partie de ces jeunes très motivés et très engagés, conscients de la nécessité de faire évoluer le pays vers d'autres horizons. Il était conscient de la gravité des défis et se doutait des dangers qui le guettaient. Et, à mon grand étonnement, j'ai découvert plus tard qu'il se préparait presque à ce grand sacrifice par quelques dispositions prises qui montraient qu'il était conscient de tous les dangers », confie M. Gemayel.

Le souvenir le plus marquant que l'ancien président garde de son fils est celui d'une soirée au bord du Nil où Pierre lui a parlé pour la première fois de l'importance de son engagement politique... « C'était durant la période de mon exil, lors d'une soirée au clair de lune sur le Nil. L'ambiance était très émouvante et Pierre et moi avons eu une longue discussion sur le pont du bateau. Il m'a raconté ses problèmes au Liban et l'ambiance très étouffante qu'il subissait. Il était très jeune à l'époque », se souvient Amine Gemayel.
« En bon père, je lui ai demandé pourquoi il s'obligeait à subir ce genre de difficultés. Je lui ai dit qu'il pouvait rester avec moi et attendre le temps propice pour revenir au Liban. Il n'a rien dit. Samy était présent et il est venu me retrouver pour me dire que Pierre était bouleversé car il s'attendait à mes encouragements et pas à ce genre de réaction. J'étais surpris et je ne savais plus si j'avais raison ou pas. Je suis descendu dans la cabine de Pierre pour poursuivre la conversation et l'ai trouvé effectivement très ému. Il m'a fait comprendre que c'était un défi qu'il voulait relever, qu'il y avait un devoir national et que la famille Gemayel n'avait pas l'habitude d'abdiquer », raconte Amine Gemayel.

 

(Lire aussi : Samy Gemayel à « L'Orient-Le Jour » : Le martyre de mon frère est sacré)


« On a repris la conversation à zéro, je lui ai dit : C'est ta décision, si tu trouves que tu veux affronter tous ces monstres qui sévissaient à cette époque au Liban, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, c'est ta décision. C'est à ce moment-là que nous avons convenu qu'il reviendrait », poursuit-il. « Il y avait les élections à l'horizon. On savait que c'était un cas désespéré avec la présence syrienne. Nous avons donc convenu d'une candidature symbolique et indépendante de Pierre et, à notre grande surprise, il a réussi haut la main, avec un ralliement de la vieille garde et des jeunes autour de sa personne. Je ne sais pas si j'avais raison. Peut-être que s'il m'avait écouté, il serait toujours avec nous ; mais s'il était resté avec nous sans pouvoir réaliser ses aspirations nationales, il n'aurait pas été heureux », estime Amine Gemayel.

En dehors de son engagement et de son combat politique, Pierre Gemayel aimait les plaisirs simples de la vie. « Son grand plaisir, c'était de mettre ses enfants sur son dos et d'aller vagabonder. Il aimait sortir et voyager en famille, à la bonne franquette. Il était en dehors de tout protocole et de toute servitude de la fonction. Il menait une vie de bohème avec ses amis, participait à des barbecues dans la nature en jean et bras de chemise », se souvient M. Gemayel.

« Pierre était très croyant, avait une relation particulière avec saint Charbel et visitait régulièrement Annaya ; cela l'avait beaucoup aidé. Il appliquait une certaine morale de vie dans tout ce qu'il faisait. Il avait horreur de l'erreur, il était important pour lui d'inspirer confiance et d'avoir confiance... Jusqu'à maintenant, les gens sont accrochés à sa mémoire », indique M. Gemayel avant d'ajouter : « Notre consolation, c'est que ce combat entamé par Pierre continue avec Samy. Les enfants de Pierre grandissent en âge et en sagesse, ils sont les dignes fils de leur père. »

 

(Lire aussi : « Pierre Gemayel était un chevalier sans peur et sans reproche »)

 

Le temps qui passe n'efface pas la douleur
Joyce Gemayel confie quant à elle avoir « toujours eu une relation particulière avec Pierre ». Il est né en 1972, à la veille des grands conflits, et son père était occupé par les batailles. Nous étions proches l'un de l'autre au point d'avoir une sorte de télépathie », raconte-t-elle.

« J'étais anxieuse à l'idée de rentrer au Liban, et lui aussi. Le retour de son père au pays a été un jour heureux pour lui. Il a réussi seul au Metn, et je pense que cette période lui a le plus fait plaisir dans sa vie », ajoute-t-elle. « Pierre rêvait d'un Liban meilleur et prospère, il a fondé beaucoup d'espoirs dans le 14 Mars. Ceux qui ont assassiné Pierre, Gebran Tuéni, Antoine Ghanem ou Samir Kassir l'ont fait pour se venger des ténors du 14 Mars et du public qui les a tellement applaudis. Ma consolation est que Samy continue dans le même esprit d'abnégation », confie Mme Gemayel.

« Pierre avait un cœur d'enfant. Deux semaines avant de mourir, il jouait avec ses enfants à cache-cache dans le salon. Je lui ai demandé comment il avait la patience de le faire. Il m'a répondu qu'il aimait sentir qu'il était encore enfant... Le temps et les années qui passent n'effacent pas la douleur. Même après 10 ans, c'est une douleur qui ne s'en va pas », conclut-elle.

 

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commentaires (2)

Une perte pour le Liban...un vrai libanais...

Soeur Yvette

17 h 02, le 21 novembre 2016

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Commentaires (2)

  • Une perte pour le Liban...un vrai libanais...

    Soeur Yvette

    17 h 02, le 21 novembre 2016

  • Pierre est un "lebnene ou bess" il nous en faut beaucoup comme lui qui ont oublie qu'il etait chretien, qu'il venait d'une certaine famille, avec un certain bagage, d'un certain village avec certain bagage, d'un groupe politique et milicien avec un certain bagage, pour se rappeler qu'il etait "libanais, seulement Libanais ... lebnene, lebnene ou bess". Il nous en faut d'autre comme lui, ou etes vous les Libanais?

    Ana Lebnene, Lebnene ou bess

    12 h 16, le 21 novembre 2016

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