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Liban - Rencontre

Samy Gemayel à « L’Orient-Le Jour » : Le martyre de mon frère est sacré

Illustration Ivan DEBS. Il y a dix ans, Pierre Amine Gemayel était lâchement assassiné pour ce qu’il représentait et pour sa lutte souverainiste « sans peur et sans reproche », qui fait aujourd’hui dire à Amine Gemayel : « J’ai découvert plus tard que Pierre se préparait presque à ce grand sacrifice. » Un sacrifice que son frère Samy qualifie de « sacré », aussi bien pour lui et les Kataëb que pour tous ceux qui ont mené le combat pour un Liban indépendant et souverain dans le cadre de la révolution du Cèdre, dont Pierre Gemayel a été l’un des piliers, « idole des jeunes » qui ont cru en un Liban transfiguré.

Le 21 novembre 2006, le ministre et député Pierre Gemayel, jeune homme radieux, promis à un avenir politique hors norme, était sauvagement assassiné en plein cœur du Metn par des hommes armés, rejoignant ainsi le cortège des leaders de la révolution du Cèdre tombés depuis 2005. Dix ans plus tard, le choc de la disparition de Pierre est toujours aussi puissant.

Le rapport du député Samy Gemayel à la mémoire de son frère aîné, dix ans après son assassinat, est complexe tant s'y mêle l'affect familial et la mémoire ineffable de ce gardien de l'indépendance, l'étiolement politique des principes de l'intifada, et la nécessaire adaptation à la realpolitik.

Il y a avant tout cela « le vide » qui pèse sur l'intimité familiale. « Le temps n'atténue jamais le poids de la perte, au contraire, il l'alourdit », dit Samy Gemayel. Décrivant son frère au présent, il évoque « la dualité unique entre sa combativité politique d'une part, et sa douceur, son amour de la vie et surtout son art du rire, de l'autre. Il peut mener seul une conversation entre convives, qu'il fera rire pendant des heures... jusqu'à en pleurer », confie-t-il, sur un ton ému. Il pense surtout à ses deux neveux. « Ce sont eux qui subissent le plus lourdement la perte de leur père. Mais ce sont deux garçons magnifiques... qui lui ressemblent beaucoup d'ailleurs. Et qui, malgré tout, ont réussi à puiser une force dans son absence, et à se forger leur propre caractère », ajoute-t-il lentement. Défendant « l'impossibilité pour quiconque de remplacer le père », Samy Gemayel tente néanmoins « autant que possible d'être à leurs côtés, malgré mon travail ». Avec un brin de fierté, il rapporte que l'aîné est « un grand footballeur, comme moi », le football étant, du reste, « une passion partagée en famille ».

Comme la politique ? « Sûrement », répond-il spontanément, avant de préciser: « Beaucoup se demandent pourquoi nous optons tous pour la politique en famille. C'est que nous grandissons avec cette passion, qui pend forme en nous. Nous y sommes attirés naturellement, sans rien forcer ».

Il y eut ainsi une époque, en 2000, où les deux frères étaient unis dans une bataille commune, celle des législatives qui devaient aboutir à l'élection de Pierre Gemayel, en dépit de l'occupation syrienne. « C'est la plus belle bataille qu'on ait menée ensemble... celle qui a abouti à la victoire de Pierre envers et contre tous », dit-il. Avec un rire attendri, Samy Gemayel se souvient que son frère l'avait chargé de « gérer toute la logistique de la campagne électorale ». Sur un ton énergique, il se remémore le défi de tenir tête alors à l'occupation syrienne, « les campagnes clandestines, le hissage du drapeau Kataëb malgré les interdictions... ». « Nous étions seuls contre tout le monde, tout le monde », insiste-t-il. C'est avec le même engouement qu'il rappelle que « Pierre sera le seul, avec Albert Moukheiber, à se dresser au cœur du Parlement, en 2000, pour réclamer le retrait des troupes syriennes du Liban ». Et cela, dit-il, a été « la plus belle époque pour moi... parce que tout était clair: on savait qui était avec nous, et qui ne l'était pas ».

 

(Lire aussi : Amine Gemayel : J'ai découvert plus tard que Pierre se préparait presque à ce grand sacrifice)

 

Le frère, « plus malléable »...
Le jeune « idéaliste » que Samy Gemayel était alors ne parviendra pas à assimiler les « compromis » postérieurs au printemps 2005, notamment l'alliance quadripartite et la réconciliation de Saïfi, dont Pierre Gemayel sera l'initiateur. Un même Pierre Gemayel qui, en dépit de sa main tendue, saura maintenir le cap sur les questions stratégiques, comme celles de l'intégrité du système libanais face à l'hégémonie des armes.

En quête de réponses sur la politique libanaise, Samy Gemayel opérera pour sa part une rupture avec la tradition partisane et familiale. Une rupture qu'il associe aujourd'hui à ses questionnements de jeunesse et son besoin de recul et d'indépendance. Son plus grand apprentissage du combat politique lui parviendra douloureusement, moins d'un an plus tard, par l'assassinat de Pierre Gemayel. « L'assassinat de mon frère a été pour moi un défi personnel face à ses assassins. Je me devais de tout faire pour garder vivante la cause de Pierre. Montrer que son combat ne s'est pas éteint », dit Samy Gemayel. Pour cela, il lui a fallu réintégrer le parti Kataëb, et assimiler la méthode « plus malléable » de son frère, dont il entrevoit avec lucidité « le courage et la ténacité ».

Il prendra ainsi conscience que « l'ouverture envers l'autre ne signifie pas la compromission des enjeux stratégiques de souveraineté, d'indépendance et de démocratie ». C'est un peu cela, aujourd'hui, la logique qui dicterait sa possible participation au cabinet Hariri.

Sans toutefois renoncer aux idées qu'il s'était appropriées (la neutralité, la décentralisation, la lutte contre la corruption) et qu'il a intégrées aux priorités du parti Kataëb, M. Gemayel précise que l'essentiel reste le combat pour l'indépendance du Liban. Il va jusqu'à dire que « les Kataëb sont les seuls dépositaires actuels des principes souverainistes ». « Mon frère a été le martyr de ce combat, sur lequel je ne serai jamais conciliant. Rester fidèle à son sacrifice est une chose sacrée pour moi et pour le parti, dit-il. Sa mémoire doit survivre et rester dans notre inconscient »... Survivre par la mémoire, à défaut de l'être par la justice, dans un pays « prompt à l'oubli et favorable à l'impunité ».

 

(Lire aussi : « Pierre Gemayel était un chevalier sans peur et sans reproche »)

 

« J'irai jusqu'au bout »
Il explique ainsi que « le dossier judiciaire sur l'assassinat de Pierre est vide. Nous n'avons rien. Aucun indice, aucun élément de preuve, aucun enregistrement ». Il rappelle que les événements de Nahr el-Bared en 2007 avaient mené les enquêteurs sur une piste: « L'un des Palestiniens arrêtés s'était dit fier d'avoir assassiné Pierre, mais ses propos ont été démentis par l'enquête, notamment la non-conformité de ses armes avec celles du crime. »

Il révèle que même les Forces de sécurité intérieure et leurs services de renseignements, pourtant très actifs dans la collecte des données téléphoniques relatives aux assassinats politiques, « n'ont pu mettre la main sur des données dans le cas de mon frère ». Il précise avoir suivi l'affaire de près, mais en vain, avec Achraf Rifi (alors directeur général des FSI), Wissam el-Hassan (ancien responsable des renseignements, assassiné) et le juge chargé du dossier. « C'était une opération ultraprofessionnelle », constate-t-il.
Il se dit surtout « déçu » que le tribunal spécial pour le Liban n'ait pu se saisir du dossier de Pierre, à défaut d'établir un lien de connexité entre son assassinat et celui de Rafic Hariri. Il se dit d'ailleurs tourmenté jusqu'à ce jour par « la question de savoir pourquoi mon frère a été assassiné avec des armes à feu à bout portant, en plein jour, par des hommes non masqués, dans le quartier de Jdeidé qui était le sein, alors que la méthode répandue était celle des attentats à l'explosif ». N'ayant « aucune réponse », il s'abstient de spécifier nommément l'identité possible des assassins. « Je ne veux pas inculper une partie spécifique, au risque de disculper la partie coupable », dit-il.

« S'il vient un jour où je détiendrai la vérité, j'irai jusqu'au bout. Rien ne m'arrêtera », ajoute-t-il, fondant un espoir solide sur « tout ce que le TSL a encore à révéler sur cette guerre déclarée contre tous ceux qui avaient été les moteurs de la révolution du Cèdre ».

En attendant que la vérité sur cette contre-intifada violente soit révélée en partie par le processus de justice internationale, l'ardeur de Samy Gemayel lorsqu'il évoque la mémoire de son frère prouve, en somme, que la mouvance indépendantiste ne s'est pas achevée. Interrompue par une trêve politique circonstancielle qui s'avère fragile et incertaine, cette dynamique est vouée à ressurgir, rattrapée par la mémoire collective d'une belle journée de printemps inachevée... où s'esquisse le sourire de Pierre Gemayel.

 

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commentaires (2)

LE SOUVENIR DE TOUS LES MARTYRS EST SACRE... MEME CEUX QUI TOMBENT CES TEMPS-CI EN SYRIE CAR ILS CROIENT LES PAUVRES, ALLAH YIRHAMON, SE SACRIFIER POUR UNE BONNE CAUSE...

LA LIBRE EXPRESSION

13 h 59, le 21 novembre 2016

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Commentaires (2)

  • LE SOUVENIR DE TOUS LES MARTYRS EST SACRE... MEME CEUX QUI TOMBENT CES TEMPS-CI EN SYRIE CAR ILS CROIENT LES PAUVRES, ALLAH YIRHAMON, SE SACRIFIER POUR UNE BONNE CAUSE...

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 59, le 21 novembre 2016

  • Au Liban, tu peux insulter le grand satan, le petit satant, l'arabie saoudite, saad hariri, etc... et rien de t'arrivera. Mais essaye de faire une caricature de hassan nasrallah ou son fils hadi et tu sera assassine...par personne d'autre que le grand satan...sous pretexte qu'il veuille accuser l'axe moqawama... logique de Kant qui te fera batir des empires...de pacotille

    George Khoury

    10 h 34, le 21 novembre 2016

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