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Liban

Fadi Gemayel évoque pour « L’Orient-Le Jour » l’apport de Pierre Gemayel au ministère de l’Industrie

Il croyait en sa cause en tant que ministre, la cause de l'industrie libanaise, et eux croyaient fermement en lui, à tel point qu'ils ont laissé leurs activités professionnelles pour le seconder à plein temps, et à titre bénévole, dans la réalisation de son objectif de relever et développer le secteur de l'industrie au Liban. Lui, c'est Pierre Gemayel, ministre de l'Industrie au sein du gouvernement de Fouad Siniora formé en juillet 2005. Il avait adopté comme slogan au ministère « Tu aimes le Liban ? Aime son industrie ». Eux, ce sont des spécialistes du secteur qui avaient ainsi mis leur savoir-faire au service du jeune ministre, assassiné le 21 novembre 2006 sans avoir vu se concrétiser son aspiration à placer l'industrie au cœur des stratégies de développement économique du pays.
Fadi Gemayel, président de l'Association des industriels, a été le principal élément moteur de cette équipe de brillants professionnels qui ont accompagné Pierre Gemayel dans son rêve en tant que ministre de l'Industrie. Dans une interview à L'Orient-Le Jour, il évoque cette trop courte période que le ministre avait mise à profit pour stimuler le secteur industriel et favoriser le développement durable.

Quelle était la vision de Pierre Gemayel sur le plan du développement de l'industrie au Liban ?
À peine avait-il pris les rênes de son ministère que Pierre Gemayel avait perçu le rôle important que joue l'industrialisation dans le renforcement de l'économie, notamment au niveau de la création d'emplois et de l'éradication de la pauvreté, mais aussi son impact positif sur les autres secteurs économiques : les banques, les assurances et l'agriculture... Pour que cette vision devienne réalité, le jeune ministre avait d'emblée engagé un chantier de consultations avec de nombreux acteurs industriels venus de toutes les régions du pays, représentant des domaines aussi variés que la chimie, l'imprimerie, la papeterie, la peinture ou l'ameublement... Après les avoir écoutés en toute confiance et avec attention, Pierre Gemayel a acquis la conviction que les industries ont un fort potentiel, toutefois insuffisamment exploité en raison de la négligence de l'État à pallier les problèmes. Il a alors voulu dégager ce potentiel afin de créer des emplois, surtout chez les jeunes. Stimulé par son désir de réduire le chômage, il a travaillé d'arrache-pied pour renforcer le secteur, et lorsque Fouad Siniora avait demandé à chacun des nouveaux ministres de lui soumettre dans un délai de 15 jours son plan de travail pour les 100 jours à venir, Pierre Gemayel a présenté le sien en 20 jours, mais pour... 5 ans. Sans manquer, d'ailleurs, de le baptiser « Une industrie 2010 pour les jeunes du Liban », comme un engagement auprès de ces derniers à faire de l'industrie un secteur qui les encouragerait à rester au pays.

Que comportait ce programme de travail ?
Des mesures à prendre en trois étapes, réparties à court, moyen et long terme. Pierre Gemayel voulait en premier lieu et en toute urgence réduire les coûts d'énergie (carburants, électricité), faciliter le financement industriel, booster les exportations et remédier à la pratique du dumping qui propose des produits importés à un prix beaucoup plus bas que celui des produits locaux similaires. À moyen terme, le pari de M. Gemayel était notamment de stimuler et consolider la situation des PME existantes et d'augmenter leurs exportations. Enfin, à plus longue échéance, il désirait favoriser l'innovation au niveau de la technologie. Son idée était que le Liban, qui dispose de ressources certaines au sein de la diaspora, puisse attirer de jeunes Libanais et des hommes d'affaires internationaux, en les poussant à investir dans des joint-ventures pour créer une structure industrielle de technologie nouvelle (software, technique électronique...) générant la création d'emplois et la transformation structurelle de l'économie.

Avec quels moyens s'est-il lancé dans sa démarche réformatrice ?
Avec son grand cœur, sa sincérité et son dévouement. Ces caractéristiques qui marquaient sa personnalité ainsi que sa défense acharnée de la cause industrielle lui ont en outre valu la contribution d'acteurs industriels de renom qui, pendant des années, avaient auparavant tenté sans grand résultat d'améliorer la performance industrielle. Pour cette équipe qu'il a ralliée autour de lui, la motivation de Pierre Gemayel incarnait la chance de voir un jour enfin satisfaites les attentes de ceux qui travaillent dans le secteur. Pierre Gemayel n'a eu de cesse de défendre l'industrie auprès du gouvernement, luttant inlassablement contre les réticences de ses collègues à l'égard des mesures qu'il préconisait.

Quelles sont les mesures qu'il a pu appliquer ?
Face, par exemple, à l'importation de céramique égyptienne à des prix anormalement bas, défiant toute concurrence, Pierre Gemayel a pu apporter des restrictions, imposant une surtaxe à ces produits importés afin de protéger la production nationale. Pour ce faire, il s'est appuyé sur les clauses de mesures de sauvegarde que l'OMC édicte en cas d'importation déloyale causant un dommage à une branche de production. Il a pris cette mesure bien que le Liban ne faisait et ne fait toujours pas partie de l'OMC et que ses collègues au sein du cabinet le contraient avec ténacité en arguant du principe du libre-échange. Il a ainsi réalisé une première, entendant faire ensuite appliquer ces mêmes mesures dans d'autres secteurs d'activité, mais son assassinat a court-circuité son plan. Les mesures de protection n'ont d'ailleurs pas été reconduites après sa mort, et n'auront donc été appliquées qu'une seule année, ce qui a entraîné la fermeture d'une usine libanaise de céramique employant 470 travailleurs.
Engagé auprès de sa cause, le jeune ministre a en outre poursuivi avec assiduité ses appels à réduire le tarif de nuit de l'électricité, proposant ainsi une solution pragmatique au problème. Après sa mort, le tarif de nuit a été appliqué pour une période d'un an, mais là aussi, il n'a pas été renouvelé. Il y a aussi cette réduction de 50 % de l'impôt sur le revenu des exportations, dont le Conseil des ministres a mis en place, il y a deux ans, les mécanismes d'exécution.
Mais au-delà des mesures qu'il a pu ou non faire adopter, il reste que Pierre Gemayel a engagé une dynamique et rehaussé l'image de l'industrie. Preuve en est : le portefeuille de l'Industrie est aujourd'hui sollicité, alors qu'il a longtemps été dédaigné. C'est que, en grande partie grâce à l'action de Pierre Gemayel, les responsables perçoivent désormais clairement le rôle moteur du secteur industriel dans l'économie du pays.

Il croyait en sa cause en tant que ministre, la cause de l'industrie libanaise, et eux croyaient fermement en lui, à tel point qu'ils ont laissé leurs activités professionnelles pour le seconder à plein temps, et à titre bénévole, dans la réalisation de son objectif de relever et développer le secteur de l'industrie au Liban. Lui, c'est Pierre Gemayel, ministre de l'Industrie au sein du...
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