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Liban - Témoignages

« Pierre Gemayel était un chevalier sans peur et sans reproche »

Quelques-uns des compagnons de chemin du ministre assassiné répondent aux questions de « L'Orient-Le Jour »...

Avec Farès Souhaid et Nabih Berry... Photo Wissam Moussa

Pierre Gemayel. Un jeune ministre et député dévoué à sa patrie. Il n'a pas manqué de sacrifier son sang pour une cause noble qu'il a farouchement défendue sur le terrain, même dans les périodes les plus sombres de l'occupation syrienne, comme au sein des institutions politiques: la cause de la liberté, de la souveraineté et de l'indépendance du Liban. Il était ainsi l'une des figures les plus charismatiques de la révolution du Cèdre de 2005. Mieux encore: Pierre Gemayel est l'idole de toute une génération de jeunes qui n'ont pas hésité à envahir les rues et les places publiques de Beyrouth, dans l'une des plus grandes manifestations de leur attachement à un pays libre. Dix ans après son tragique assassinat, quelques-uns de ses compagnons de chemin se souviennent, et racontent à L'Orient-Le Jour ce qu'il représentait...

 

Marwan Hamadé, député du Chouf: « Pierre était un chevalier sans peur et sans reproche. Il était une sorte de révélation de la génération issue de la révolution du Cèdre. Par sa présence, il représentait la modestie, l'esprit d'initiative et la fidélité aux principes. En lui, j'ai retrouvé non seulement un ministre de l'Industrie, mais aussi et surtout un spécimen de ce que devait être le Liban dont nous avons rêvé le 14 mars 2005.
« Pour les jeunes, il représentait à la fois un héritage ponctué de drames et de tragédies vécus par sa famille, et une promesse d'avenir qui a progressivement révélé une maturité et un courage certains, notamment quand Pierre Gemayel s'est opposé avec des arguments remarquables à des propositions portant sur la parité parlementaire et gouvernementale islamo-chrétienne. Il a ainsi sauvé, à sa façon, le pacte national.
« C'était un représentant de la jeunesse qui n'est pas exclusivement Kataëb, mais surtout libanaise. Pierre a prouvé cette idée souvent en manifestant avec ses collègues de divers partis politiques (de droite et de gauche) contre l'hégémonie syrienne et le régime policier libano-syrien de l'époque. »

(Lire aussi : Samy Gemayel à « L'Orient-Le Jour » : Le martyre de mon frère est sacré)

 

Ahmad Fatfat, député de Denniyé (une des figures de proue du mouvement du 14 Mars): « Une grande amitié m'a lié à Pierre Gemayel depuis notre première rencontre en Conseil des ministres. Il incarnait le rêve des jeunes qui croient en ce pays. C'était un vrai homme d'État dont le Liban a encore besoin aujourd'hui. Il était l'un des rares à se tenir aux côtés des jeunes à la place des Martyrs lors des manifestations de 2005. Je crois qu'à travers Pierre, les jeunes voyaient l'enthousiasme, la foi dans le Liban et l'espoir en un avenir meilleur. Et je pense que se sont ces qualités qui ont permis à l'intifada du 14 Mars de voir le jour.
« Pour ce qui est de son approche de l'autre, je pense qu'il a accordé la priorité à la fusion nationale entre toutes les composantes politiques et populaires du pays. Il était capable de tirer le plus grand profit des avantages de l'autre, de celui qui était différent... Il nous manque beaucoup actuellement, mais il est sans doute un message d'espoir ».

 

Farès Souhaid, coordinateur général du 14 Mars: « Pierre Gemayel était au cœur de l'intifada de l'indépendance de 2005. Aux côtés de Gebran Tuéni et Samir Kassir, il a unifié les colorations des jeunes de la révolution du Cèdre. Il a dépassé son appartenance aux Kataëb au profit de la grande intifada. Il était une référence et un modèle pour ceux qui veulent lutter pour le Liban.
En ce qui concerne sa perception de l'autre, il était conscient qu'il faut aller vers l'autre pour édifier le Liban. Il était convaincu que les chrétiens seuls ne peuvent pas atteindre ce but. Dix ans plus tard, je crois que la cause de Pierre est encore vivante plus que jamais ».

 

(Lire aussi : Amine Gemayel : J'ai découvert plus tard que Pierre se préparait presque à ce grand sacrifice)

 

Élias Atallah, secrétaire général de la Gauche démocratique: « Pierre Gemayel représente la personnalité brillante qui incarne la conscience unifiée de tous ceux qui ont manifesté en 2005, place des Martyrs. Il était l'un des plus grands gardiens de cette intifada, et je crois que c'est pour cette raison qu'il a été assassiné. Avec Gebran Tuéni et Samir Kassir, et en dépit des idéologies diverses des manifestants, Pierre Gemayel a pu créer une conscience nationale dont il était (avec Tuéni et Kassir) le symbole. Nous ne cherchions pas de bénéfices ponctuels, nous nous retrouvions autour d'une appartenance nationale beaucoup plus importante que la "assabiya". Nous voulions jeter les bases d'une nouvelle relation entre la nation et les citoyens. »

 

Eddy Abillama, membre du directoire des Forces libanaises (FL): « Pierre Gemayel était l'un des plus enthousiastes pour la révolution du Cèdre, qu'il a imprégnée de sa propre personnalité. Je dirais même qu'il était le moteur de cette révolution. À partir de là, il a pu dépasser son appartenance exclusive aux Kataëb, donnant la priorité au discours souverainiste. Il était, sans aucun doute, l'idole des jeunes ayant cru à la cause du 14 Mars. Il pouvait communiquer aisément avec l'autre. Ceci s'explique peut-être par son enthousiasme contagieux qu'il a su transmettre aux jeunes manifestants de la place des Martyrs. »

 

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