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1988 - 2016 : Michel Aoun en 16 "petites phrases"

Liban

La sélection de l'OLJ de "petites phrases" du nouveau président de la République, éclairées par le contexte du moment où elles ont été prononcées.

31/10/2016

Ses partisans l'adulent comme un tribun charismatique et voient en lui un héros de l'indépendance du Liban; ses opposants dénoncent son discours populiste et changeant au fil des années. La longue carrière militaire et politique de Michel Aoun, devenu lundi à 81 ans le 13e président de la République libanaise depuis l'indépendance du pays en 1943, est jalonnée de "petites phrases" qui ont marqué son parcours.

L'Orient-Le Jour en a sélectionné seize, éclairées par le contexte du moment où elles ont été prononcées :

 

GUERRE CIVILE

 

"Honte au monde libre de laisser un général en treillis lui dire
que toute existence en dehors de la liberté est une forme de la mort"
- 1988

Michel Aoun, alors commandant en chef de l'armée libanaise, prononce cette phrase lors d'une rencontre avec des étudiants libanais aux Etats-Unis. Elle visait essentiellement la diplomatie américaine qui a laissé, selon lui, l'armée syrienne s'installer au Liban.

"Nous ne sommes pas un protectorat américain !" - septembre 1988

Michel Aoun, candidat à l'élection présidentielle de 1988, répondait à l'émissaire des Etats-Unis, Richard Murphy, qui avait déclaré alors : "Ce sera Mikhaël Daher ou le chaos". Le nom du député maronite du Akkar avait été proposé par M. Murphy et le vice-président syrien de l'époque Abdel Halim Khaddam pour succéder à Amine Gemayel à la tête de l'Etat.


Michel Aoun au palais de Baabda, le 28 septembre 1988. Photo Sako Békarian. Archives/OLJ

 

Les Forces libanaises, "une mafia fasciste" - 14 février 1989

Nommé chef du gouvernement par le président Amine Gemayel le 22 septembre 1988, Michel Aoun cherche à neutraliser la milice des Forces libanaises dans le but, selon lui, de renforcer la souveraineté de l'Etat. Trois jours plus tard, le gouvernement dirigé par Michel Aoun crée une chambre d'opérations maritime pour la fermeture des ports illégaux, plateformes de trafics en tous genres. Le 24 février 1989, le chef des FL, Samir Geagea, retire ses forces du port de Beyrouth. 

 

(Biographie : De l'armée à la présidence de la République, le parcours de Michel Aoun en images)

 

 

"Grand peuple du Liban !" - 14 mars 1989

C'est par cette phrase que Michel Aoun débute son discours prononcé dans le palais de Baabda où il est retranché et dans lequel il annonce le lancement de la "guerre de libération" contre l'armée syrienne et les milices qui la soutiennent. Cette formule marque le lien particulier que le général, avec ses discours enflammés, a tissé avec ses partisans manifestant par milliers devant le palais de Baabda, rebaptisé par ces derniers la Maison du peuple. Cette phrase ponctuera par la suite tous ses grands discours politiques.

 

 

 


    La Une de l'OLJ du 15 mars 1989                                     

 


   Page 2 du numéro de l'OLJ du 15 mars 1989

 

L'accord de Taëf, "un crime impardonnable" - 24 octobre 1989

Après des mois de bombardements sur le palais de Baabda et le réduit chrétien, 62 députés libanais se rendent à Taëf, en Arabie saoudite. 58 d'entre eux signeront le 22 octobre 1989 un document d'"entente nationale". Michel Aoun s'y oppose et déclare : "Les députés ne sont pas habilités à conclure des traités avec des pays étrangers, cela est du ressort du gouvernement".

 


    La Une de l'OLJ du 23 octobre 1989


   La Une de L'OLJ du 24 octobre 1989

 

"Je briserai le cou aux milices" - 31 janvier 1990

Dans la foulée de l'accord de Taëf, René Moawad est élu le 5 novembre chef de l'Etat. Après l'assassinat de ce dernier le 22 novembre, Elias Hraoui lui succède. Pour tenter d'asseoir sa légitimité, Michel Aoun lance l'armée à l'assaut des milices et en particulier des FL. La "guerre d'élimination" dévaste pendant neuf mois Beyrouth-est et le Mont-Liban chrétien, faisant plusieurs centaines de morts.

 


   La Une de L'Orient-Le Jour le 1er février 1990    

 

 Aoun : "Pas de statu quo ante et pas de fusil hors l'armée"

 

"Je capitule pour éviter toute effusion de sang, limiter les dégâts
et sauver ce qui reste"
- 13 octobre 1990

Le 21 août 1990, le Parlement vote les amendements constitutionnels permettant l'entrée en vigueur de l'accord de Taëf. Le président Hraoui demande alors l'aide de la Syrie pour neutraliser le général et ses partisans. Le 11 octobre 1990, les forces syriennes se mettent en mouvement. Le 13 octobre, le général Aoun se réfugie à l'ambassade de France d'où il annonce sa capitulation. Il gagnera la France le 30 août 1991.

 


    La Une de L'Orient-Le Jour du 14 octobre 1990          

 

Page 2 du numéro de l'OLJ du 14 octobre 1990

 



Le palais de Baabda détruit par l'artillerie syrienne, le 13 octobre 1990. Archives/OLJ

 

 

L'EXIL ET LE RETOUR

 

"La Syrie a joué pendant 27 ans le rôle de pompier-pyromane. Le rétablissement de la souveraineté libanaise est une condition sine qua non pour l'éradication du terrorisme" - 17 septembre 2003

Michel Aoun prononce cette phrase lors de son audition comme témoin par la sous-commission des relations internationales à la Chambre des représentants des Etats-Unis dans le cadre d'un projet de loi, le "Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act" (SALSRA), prévoyant l'adoption de sanctions contre Damas en raison de "son soutien au terrorisme et de son occupation du Liban". Cette loi est adoptée le 12 décembre 2003.

 


La Une de L'Orient-Le Jour du 18 septembre 2003

 

Le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité de l'Onu vote la résolution 1559, appelant au retrait des troupes étrangères, au désarmement et la dissolution de toutes les milices et à l'organisation de l'élection présidentielle hors de toute interférence étrangère. La Syrie s'oppose à cette résolution. Le 3 septembre, le Parlement vote la prorogation du mandat d'Emile Lahoud, qui avait succédé à M. Hraoui en 1998.

 


La Une de l'OLJ du vendredi 3 septembre 2004

 

 

"Le monde n'a pu ni m'écraser ni obtenir mon aval" - 7 mai 2005

A son retour d'exil, Michel Aoun, est accueilli en héraut de la lutte contre l'occupation syrienne par des centaines de milliers de personnes sur la place des Martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth. Il fera dans ce discours plusieurs références à des phrases qu'il avait prononcées à la fin des années 1980.

 


Michel Aoun (au centre) avec Issam Abou Jamra (à sa droite), le 7 mai 2005. Archives/OLJ

 

Michel Aoun et son parti, le Courant patriotique libre, créent la surprise aux législatives de juin 2005 en remportant 21 sièges sur 128 au Parlement, à l'issue d'une campagne axée contre le confessionnalisme et la corruption. Il fait figure de trouble-fête dans un paysage politique dominée par les grandes familles et les anciens seigneurs de la guerre civile. Le leader druze Walid Joumblatt le qualifie de "tsunami qui nous tombe sur la tête".

 

"Par notre entente avec le Hezbollah, nous avons mis à la toute première place le 
dialogue comme mode de résolution des conflits"
- 6 février 2006

Michel Aoun et le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, signent à l'église Mar Mikhaël, dans la banlieue sud de Beyrouth, un "document d'entente nationale", accord en dix points qui scelle une alliance entre le CPL et le Hezbollah. Cet accord intervient après des élections législatives au cours desquelles M. Aoun se désolidarise de la coalition du 14 Mars et s'allie avec des leaders politiques prosyriens.

 

 


"J'appelle le Premier ministre et ses ministres à démissionner afin de mettre fin à la crise actuelle et d'ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement d'union nationale" - 1er décembre 2006

Le 11 novembre 2006, six ministres du gouvernement de Fouad Siniora, représentant le président Lahoud, le Hezbollah et Amal, démissionnent. Ces formations rejoignent le CPL dans l'opposition et dénoncent la non-constitutionnalité du gouvernement car ne respectant plus la représentativité multi-confessionnelle du pays. La ligne de fracture entre les alliés du courant du Futur et ceux du Hezbollah se fige à ce moment-là.

 


Les partisans du Hezbollah, du mouvement Amal et du CPL manifestent dans le centre-ville de Beyrouth, le 1er décembre 2006. Archives/OLJ

 

Fouad Siniora ne démissionnera qu'après l'élection de Michel Sleiman en mai 2008, mais sera réinvesti Premier ministre jusqu'aux élections parlementaires de 2009 où il sera remplacé par Saad Hariri.

"Nous ouvrons une nouvelle page sans vainqueur ni perdant.
C'est un retour à des relations normales basées sur l'ouverture. Ce qui était dans le passé un tabou est devenu aujourd'hui acceptable, voire souhaitable"
- 3 décembre 2008

Par cette phrase prononcée au palais présidentiel syrien après un entretien avec le président syrien Bachar el-Assad, Michel Aoun annonce le début d'une amitié avec Damas, son ancien adversaire. Il compare sa visite à celle de Charles de Gaulle en Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

 

(Infographie :  Les 13 présidents de la République libanaise, en infographie)

 

 

"Saad Hariri ne retournera pas au pouvoir. Il a pris un vol aller simple (one-way ticket)
pour ne jamais y retourner"
- 14 juin 2011

En juin 2011, Nagib Mikati, qui succède à Saad Hariri au poste de Premier ministre après la démission en janvier d'un tiers des ministres représentant le Hezbollah et ses alliés, forme un nouveau gouvernement dans lequel le bloc parlementaire de Michel Aoun obtient 11 portefeuilles.

En 2013, le CPL sort "Le quitus impossible", un livre à charge contre le "haririsme" (en référence à la famille Hariri) dans lequel sont énumérées ce que le parti considère comme des preuves de corruption des gouvernements libanais de 1992 à 2009.

Saad Hariri quittera le Liban pendant plusieurs mois avant de revenir de manière ponctuelle.

 

 

PRÉSIDENTIELLE

 

"Il faut sortir du passé pour bâtir l'avenir et tourner
les pages sombres de notre histoire"
- 18 janvier 2016

Michel Aoun est invité à Meerab, chez Samir Geagea, où ce dernier annonce son soutien à la candidature du général à l'élection présidentielle.

Quelques semaines auparavant, Saad Hariri avait annoncé son soutien à la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié. M. Geagea y est farouchement opposé. M. Frangié accuse en effet le leader des FL d'être l'un des responsables de l'assassinat de son père Tony, de sa mère Véra et de sa petite sœur Jihane, en 1978 à Ehden, au Liban-Nord.

 

 

 

"Le premier pas vers la construction d'un pays réside dans le respect de la Constitution, du Pacte national et des lois, ainsi que dans la participation égale de toutes les confessions" - 16 octobre 2016

Depuis plusieurs mois, Michel Aoun et son gendre Gebran Bassil, qui lui a succédé à la tête du CPL le 17 août 2015, centrent leurs discours politiques sur ce qu'ils considèrent comme la marginalisation des chrétiens dans les cercles du pouvoir, une atteinte selon au Pacte national qui régit le partage islamo-chrétien du pouvoir au Liban.

 


Michel Aoun s'adressant depuis Rabieh à ses partisans, le 16 octobre 2016, près de Baabda. Photo OLJ

 

"Les divisions politiques existent, cela est évident, mais nous œuvrerons afin d'obtenir à nouveau une entente nationale. Nous voulons remporter la bataille pour le Liban" - 20 octobre 2016

Ces déclarations de Michel Aoun interviennent après l'annonce du soutien de Saad Hariri à sa candidature à l'élection présidentielle.

 

 

Diaporama
Le Liban a un président : la journée en images

 

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Cher Nassib Lahoud..., l'édito de Ziyad Makhoul

Pas de grands vainqueurs, pas de grands vaincus, l'article de Fady Noun

Aoun de retour à Baabda, 26 ans plus tard, l'article de Khalil Fleyhane

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PASSE EST FINI... ON JUGERA LE GENERALISSIME CHEF DE L,ETAT SUR SES ACTIONS A PARTIR D,AUJOURD,HUI... ET NAIFS SES EX FAUX ALLIES QUI PENSENT POUVOIR OU ESSAYERONT DE LE MANIPULER !

George Khoury

c'est qui qui choisis ces phrases dans l'OLJ??? moi je me rappelle d'autres phrases beaucoup plus incendiaires...

est-ce que l'OLJ commence a retourner sa veste?

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