Maintenant que le mémorandum d’entente a été signé entre les États-Unis et l’Iran, les langues des proches du Hezbollah se délient sur ce qu’on appelle désormais sa filière de contact avec l’administration Trump. Sans qu’il y ait encore de confirmation officielle de la part des cadres du parti, les rumeurs qui ont circulé ces derniers temps, après avoir été alimentées par les déclarations du président Donald Trump lui-même sur ses pourparlers avec les représentants de cette formation, semblent se confirmer et il devient de plus en plus clair qu’il y aurait en fait deux canaux de contacts et non pas un seul. Et les deux auraient été totalement mobilisés ces dernières semaines pour suivre les développements des négociations entre Téhéran et Washington. Ils le sont toujours pour suivre de près le processus qui commence vendredi et qui devrait aboutir à un accord définitif entre les deux États, lequel aura certainement des conséquences sur toute la région.
La première filière passe par le Qatar alors que la seconde est à Téhéran. En effet, il y a quelques semaines, le responsable des relations internationales au sein du Hezbollah Ammar Moussaoui s’est rendu au Qatar pour suivre de près les négociations entre l’Iran et les États-Unis dans lesquelles l’émirat a joué un rôle important. Ce fut notamment le cas lors de la dernière montée de tensions, suite au bombardement israélien de la banlieue sud de Beyrouth le dimanche 13 juin. Pendant ce temps, les contacts s’intensifiaient à Doha. Un des adjoints de Ammar Moussaoui était sur place et suivait de près les contacts entre les responsables qataris, les Iraniens et les Israéliens pour éviter justement une nouvelle flambée de violence. Les Iraniens semblaient pourtant déterminés à riposter car ils ne voulaient pas laisser passer la provocation israélienne sans réagir, alors que les Américains semblaient au contraire pressés d’aboutir à un accord. C’est là que les médiateurs qataris sont intervenus et ont joué un rôle déterminant dans le fait de convaincre les Iraniens de ne pas frapper Israël. Le Hezbollah, par la personne de l’adjoint de Moussaoui, était aussi aux côtés des Qataris et c’est sans doute ce qui a poussé le président américain à reconnaître qu’il y a eu « des contacts directs avec les représentants du Hezbollah et que ceux-ci semblent vouloir un accord ».
L’autre filière du Hezbollah est sans doute moins connue mais elle n’est pas moins importante. Elle repose essentiellement sur le représentant du parti en Iran, Abdallah Safieddine. Ce dernier est installé depuis des années à Téhéran où il a tissé d’importantes relations au niveau du commandement et en particulier au sein des gardiens de la révolution. Il faut préciser qu’il est le frère de l’ancien secrétaire général du Hezbollah Hachem Safieddine et cousin de son prédécesseur Hassan Nasrallah. Abdallah Safieddine n’est pas un homme de religion, mais il est très proche des autorités iraniennes tout en étant influent au sein du Hezbollah. Tous ceux qui le connaissent vantent son ouverture d’esprit et son calme et ils affirment qu’il a la confiance des autorités iraniennes et celle du commandement du Hezbollah. Certaines rumeurs ont été jusqu’à dire qu’il faisait partie de la délégation iranienne qui a négocié avec les Américains, mais cela n’a pas été confirmé. Par contre, il aurait été en contact via le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi avec le négociateur américain Steve Witkoff. La chaîne se serait donc ainsi établie : Witkoff contacte Araghchi qui parle avec Safieddine et vice-versa. Safieddine aurait donc suivi de très près les négociations en cours et il y aurait même participé en donnant à plusieurs reprises le point de vue du Hezbollah et surtout son exposé de la situation sur le terrain, notamment au sud du Liban. Récemment, le président américain aurait même demandé à Witkoff et à la délégation libanaise à Washington d’avoir la possibilité de le contacter directement. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que Araghchi a déclaré, en parlant du mémorandum d’entente signé avec les Américains, qu’il y avait d’un côté l’Iran et le Hezbollah et de l’autre les États-Unis.
C’est aussi pour cette raison que le Hezbollah estime être directement impliqué dans le processus et il considère qu’il a son mot à dire. Il met, pour cela, à contribution ses deux filières de contact avec les Américains. Aujourd’hui, ces deux filières sont mobilisées car il reste encore beaucoup de chemin à faire pour aboutir à un accord clair à la fin du délai de 60 jours fixé par les Américains et les Iraniens pour leurs propres négociations.
Le Hezbollah craint en effet que les Israéliens cherchent à profiter de ce délai pour torpiller l’accord, ou, en tout cas, essayer de l’entraver en lançant une nouvelle vague de frappes qui entraînerait une escalade. Le Hezbollah craint aussi que les Israéliens ne décident d’accélérer le processus de négociations directes avec les autorités libanaises, la semaine prochaine, pour arracher au Liban des concessions au niveau notamment du mode de retrait israélien, qui, selon les forces israéliennes, devrait suivre le désarmement du Hezbollah et non le précéder ou être en concomitance avec lui. Déjà, il estime qu’il y a une différence dans les deux copies du mémorandum d’entente. Dans la version iranienne, il est dit que les parties en présence « garantissent » la souveraineté du Liban et l’intégrité de son territoire, alors que dans la version anglaise il est question de « respecter » celles-ci. C’est dire que le Hezbollah estime avoir plus que jamais besoin de ces deux filières de contact avec les Américains, discrètement toujours car il ne veut pas (au moins pour l’instant) entrer en conflit direct ni avec les autorités libanaises ni surtout avec le canal ouvert par le président de la Chambre Nabih Berry.


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