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Liban

Le CLES réunit des experts autour des troubles de l’apprentissage

Éducation

L'actrice française Nathalie Baye est revenue sur son expérience de la dyslexie, le ministre de l'Éducation a renouvelé son engagement en faveur des élèves marginalisés.

11/10/2016

Le congrès « 10-10-DYS », que le Centre libanais pour l'éducation spécialisée (CLES) organise chaque année, a eu lieu hier à l'hôtel Phoenicia de Beyrouth, en présence du ministre de l'Éducation, Élias Bou Saab, du directeur général du ministère, Fady Yarak, de l'actrice française Nathalie Baye et d'un grand nombre d'enseignants et d'experts.

Le nom de la conférence permet de rappeler que 10 % des élèves sont touchés par les « dys », pour dyspraxie, dysorthographie, dyslexie, dysphasie ou encore dyscalculie, ces troubles de l'apprentissage qui ralentissent leur progression à l'école.

Le congrès, qui avait pour thème « Tous ensemble pour les enfants DYS », commémore la journée des troubles spécifiques des apprentissages, célébrée le 10 octobre dans un grand nombre de pays, afin de sensibiliser notamment les parents et les enseignants aux DYS. Le congrès a mis en évidence l'importance des liens de la famille et des proches avec les institutions académiques afin d'assurer la réussite scolaire des enfants souffrant de troubles spécifiques des apprentissages.

Environ 400 personnes, essentiellement des institutrices libanaises ayant suivi les formations du CLES pour l'accueil des élèves atteints de ces troubles, ont écouté les nombreuses interventions relatives au travail de cet organisme et à la gestion de ce problème dans le cadre familial et dans l'orientation de ces enfants.

L'importance de la dimension ludique
Nathalie Baye, célèbre actrice française et ambassadrice du CLES, est revenue sur son expérience personnelle de la dyslexie. « Les élèves dyslexiques décrochent très facilement, alors qu'ils sont intelligents et pleins de richesses », note-t-elle, en faisant remarquer que « parfois des enfants très intelligents sont perçus comme stupides ou paresseux simplement parce qu'ils ont des difficultés d'apprentissage ». L'actrice développe ses propositions en se fondant sur son expérience : « Le plaisir est une notion très importante pour les intégrer. Ce qui m'a encouragée à apprendre était de m'amuser en le faisant, situation souvent stressante pour un enfant souffrant de troubles de l'apprentissage. » Et d'ajouter : « Il faudrait réfléchir à des petites classes de théâtre pour qu'ils acquièrent la concentration par le plaisir. C'est une logique que j'ai conservée en choisissant mon métier : pour jouer il faut lire, et jouer est ludique. »

Tout au long de l'événement, les prises de parole alternaient avec des démonstrations des moyens concrets mis en place pour lutter contre les troubles de l'apprentissage. Une petite classe de support scolaire, c'est-à-dire des classes adaptées aux élèves atteints de troubles de l'apprentissage, a été reproduite. Des enseignantes et des élèves ont exposé l'approche ludique employée dans ces classes. Les institutrices ont insisté sur le jeu comme vecteur d'apprentissage pour les enfants, leur permettant de dépasser leurs difficultés. Des psychologues et des psychomotriciennes ont également simulé une réunion de suivi d'enfants dyslexiques et hyperactifs. En combinant leurs approches, elles ont montré l'importance de plancher sur tous les aspects en relation avec le développement de l'enfant.

 

(Lire aussi : Nathalie Baye à « L’OLJ » : Faire confiance aux enfants leur donne des ailes)

 

Un engagement du ministère de l'Éducation
Présidente et fondatrice du CLES, Carmen Chahine Debbané a annoncé la création à partir de janvier de la bourse d'études pour les DYS pour l'année 2017-2018. « Pour le moment, les bourses sont accordées seulement aux élèves brillants », a précisé Mme Debbané, illustrant ainsi la coopération entre le ministère de l'Éducation et l'association. Le ministre Élias Bou Saab a rappelé que l'intégration des victimes de troubles de l'apprentissage était l'un des axes majeurs de son travail. « Certaines écoles privées prétendent avoir des solutions à ce problème, mais beaucoup ne font que vendre leur produit. Il s'agit de fournir le budget et l'équipement nécessaires à l'éducation, sinon notre État sera en perdition. Ce dossier sera toujours proche de mon cœur », a-t-il insisté.

Dans la salle, une enseignante interpelle les intervenants sur la nécessité de moyens pour les éducateurs à la suite de leurs formations, tandis qu'une autre demande plus de suivi de la part du ministère. Fady Yarak, directeur général du ministère de l'Éducation, est très applaudi lorsqu'il répond : « Les éducateurs formés vont être suivis et pourront utiliser du matériel spécifique. Les élèves en situation particulière doivent être suivis. Je suis confiant à ce sujet. »

Des classes et des centres dédiés
Le CLES, créé en 1999, œuvre pour empêcher certains élèves souvent marginalisés par ces troubles de se retrouver en échec scolaire. En 2013, il a signé un accord avec le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur afin de créer 200 classes de support scolaire sur cinq ans.

« J'ai suivi une session toute l'année, à raison de deux à trois séances par mois, afin d'être capable d'aider ces élèves en difficulté. Notre école dispose désormais d'ordinateurs et de jeux fournis par le CLES », raconte à L'Orient-Le Jour Hoda Abou Atallah, enseignante dans la Békaa. « À l'heure actuelle, il existe 104 classes de ce type. Le CLES effectue également un travail de sensibilisation, notamment avec des saynètes qui font aujourd'hui le tour des écoles. Il dispose de centres à Beyrouth, Tripoli, Saïda, Zouk Mikaël, Nabatiyé et Zahlé, afin de fournir des ressources spécifiques aux élèves en besoin », précise Juliana Traboulsi Eid, directrice générale des centres de l'organisation.

« Un dys n'est pas une maladie mentale », rappelle, quant à lui, Sami Richa, chef du service de psychiatrie à l'Hôtel-Dieu de France. Selon lui, 40 % des élèves atteints de troubles de l'apprentissage sont sujets à l'échec scolaire, en raison du cercle vicieux du manque de confiance en soi et du désinvestissement qui en découlent. Détecter ces troubles tôt permet de faciliter la prise en charge des enfants et de leur assurer un enseignement adapté, assure le Dr Richa.

 

 

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