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Liban

Les enfants oubliés du système éducatif libanais

Social Victimes d’une école publique plongée dans l’indigence, les jeunes atteints de troubles de l’apprentissage sont encadrés par le « Centre libanais pour l’éducation spécialisée » (CLES).
05/04/2012

Sur les bancs de l’école, il y a toujours un « élément perturbateur » pour déranger la bonne tenue de la classe. Les « bonnets d’âne » sont pointés du doigt depuis toujours. On en rit, on s’énerve, et on les envoie « au coin », sans se douter que ces comportements cachent parfois des troubles graves, un mal-être de l’enfant qui hypothèque sérieusement son avenir. C’est ainsi que le CLES se mobilise pour faire en sorte qu’aucun d’entre eux ne puisse être exclu du système éducatif national.

 

« Au Liban, il n’existait aucune structure pour aider les enfants dyslexiques, par exemple. Le seul type de classes spécialisées rassemblait dans un même cours des enfants handicapés physiques et ceux ayant des troubles qu’on peut facilement traiter si l’on s’y prend correctement », affirme Carmen Chahine Debbane, présidente de l’association qui clôturait récemment sa 10e conférence.


C’est un peu le grand malheur de ces jeunes. En effet, l’éducation publique libanaise les a souvent considérés comme « trop valides » pour qu’on s’intéresse spécifiquement à eux, remettant en cause la réalité des troubles qui les affectent. Le personnel éducatif n’était pas formé pour faire face à ce genre de situations compliquées. Or, selon Mayssa Sleiman, professeur de français, « le maître d’école est en même temps pédagogue et animateur ». « Dans une situation de manque de moyens et de structures, comme dans l’éducation publique, on lui demande de tout faire. Mais beaucoup manquent de méthodes et se contentent, dans ce contexte, d’envoyer un élève en difficulté chez la directrice », précise-t-elle.

Participation d’experts belges et canadiens
Le CLES agit de plusieurs façons. Tout d’abord, il travaille avec les parents afin de dépister des maux tels que la dyslexie ou la dyscalculie, mais aussi les troubles du comportement qui leur sont souvent associés, comme ceux touchant le langage ou encore la perception visuelle et auditive. Par la suite, les enfants sont traités grâce à toute une équipe de psychologues, de psychomotriciens et d’orthophonistes présents dans les trois centres de l’association à Beyrouth, Tripoli et Saïda. Le dépistage doit se faire le plus tôt possible pour que le traitement soit le plus efficace et le moins long. C’est pourquoi les parents peuvent présenter à l’association des enfants qu’ils estiment « à risque » dès l’école maternelle.


Mais toutes ces équipes ne sont pas présentes en classe, et il est surtout facile, quand on n’a pas les méthodes adéquates, de confondre un enfant fâché avec l’orthographe et un autre se trouvant en grande difficulté. La formation des professeurs a été ainsi l’autre grande priorité, grâce à de nombreux experts présents à la conférence, venus notamment de Belgique et du Canada. « Il s’agit de confronter nos expériences, notre vécu pour que nous puissions apprendre les uns des autres, entre collègues », souligne Hélène Makdissi, chercheuse québécoise.


Le travail des équipes dirigées par Mme Chahine Debbane aboutit aujourd’hui à la création des « classes ressources » qui permettront, entre décembre 2011 et juin 2013, d’installer l’action du CLES directement sur le terrain. En collaboration avec le ministère de l’Éducation, dix écoles bénéficieront de locaux, de personnels formés et du matériel nécessaire au travail de l’association qui devrait viser près de 600 élèves concernés par ces troubles. C’est une première grande réussite pour l’association.


Ces grands projets, qui prennent toujours plus d’ampleur au fur et à mesure que le CLES grandit depuis 1999, cachent néanmoins mal le cœur du problème : l’État est bien trop désengagé sur les questions liées à l’enseignement public. Selon l’association, près de 11 000 enfants libanais sont touchés par des troubles scolaires divers et variés.

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