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Analyse

En Syrie, la Russie a opté pour la « guerre totale »

Moscou vise une victoire militaire importante avant toute nouvelle négociation.

Une photo prise par un drône montrant d'énormes cratères causés par les bombardements russes sur les quartiers rebelles d'Alep. Handout via Reuters TV

La Russie utilise toute sa puissance de feu pour aider le régime syrien à reconquérir Alep, car elle a désormais opté pour une victoire militaire pour faire pression sur les États-Unis et sur les rebelles, selon plusieurs experts.

« Les négociations avec les Américains ont fait office d'écran de fumée pour gagner du temps et préparer l'étape suivante des opérations militaires. Pour l'axe loyaliste (les alliés du régime syrien), la diplomatie est la poursuite de la guerre par d'autres moyens », estime Thomas Pierret, expert de la Syrie à l'Université d'Édimbourg. « Il s'agit, selon lui, d'accorder à (Bachar el-) Assad une victoire décisive » et « d'éliminer toute alternative en privant l'opposition de ce qu'elle considère comme sa capitale. » « Une rébellion chassée d'Alep serait ramenée au rang d'insurrection périphérique », résume-t-il.

Pour les Occidentaux, la Russie agit avec cynisme et elle est responsable de la rupture de la trêve. « Il appartient à la Russie de prouver qu'elle est disposée et qu'elle est capable de prendre des mesures exceptionnelles pour sauver les efforts diplomatiques » en vue de rétablir une trêve en Syrie, ont déclaré dans un communiqué les États-Unis, l'Union européenne et les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays de l'UE.

Après de laborieuses négociations entre le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, un cessez-le-feu était entré en vigueur le 12 septembre, mais il n'a duré qu'une semaine. Outre le silence des armes, l'accord prévoyait l'acheminement d'aides humanitaires, notamment à Alep où les habitants sont affamés par un siège implacable, et la distanciation des groupes rebelles de leurs compagnons d'armes, les jihadistes du Front Fateh al-Cham, ex-Front al-Nosra (branche syrienne d'el-Qaëda). Aucun de ses engagements n'a été tenu et la guerre est repartie de plus belle.

 

(Lire aussi : Mohammad, infirmier à Alep : « Les enfants ne savent pas qui est Assad ou ce qu'est la rébellion »)

 

« Dialogue impossible »
Les avions russes basés en Syrie frappent depuis jeudi dernier la partie rebelle à Alep avec une violence qu'ils n'avaient jamais utilisée depuis le début de l'intervention militaire il y a un an. Moscou veut « en terminer avec une importante poche de résistance rebelle », souligne Igor Sutyagin, expert de la Russie au Royal United Service Institute (Rusi) de Londres. Il ne restera après qu'à reprendre la province d'Idleb et quelques poches rebelles, précise-t-il.

Si depuis le début de la guerre, Moscou a toujours soutenu le président syrien face aux rebelles, aux Occidentaux et aux pays du Golfe, tant sur le terrain qu'à l'Onu, jamais leurs relations n'ont été aussi proches qu'aujourd'hui, car Moscou, après bien des hésitations, a opté pour la force à Alep, comme le souhaitait depuis longtemps le régime.

« La Russie se rapproche désormais de la manière de penser du gouvernement syrien », souligne Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas des études stratégiques. « Elle était avant plus axée sur une solution politique et a commencé à dialoguer avec le Golfe, les États-Unis et d'autres pays, mais il s'est avéré que ce dialogue était impossible », selon cet expert proche du régime.
Une victoire à Alep mettrait les autorités de Damas en position de force « en vue de prochaines négociations » souhaitées par l'émissaire de l'Onu Staffan de Mistura, note Alexeï Malachenko, politologue russe spécialiste du Moyen-Orient.

 

(Lire aussi : Moscou fait-il à Alep en 2016 ce qu’il a commis à Grozny en 1999 ?)

 

« Amitié forcée »
« Sans Alep, Assad n'est qu'un demi-président. Pour vraiment gouverner, il lui faut Alep », assure Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie au Washington Institute. Le président syrien pourra alors se targuer de contrôler les principales villes du pays, à savoir Damas, Alep, Homs, reprise en 2014, et Hama.
« Russes et Syriens veulent prendre le contrôle de la totalité d'Alep et ensuite seulement négocier avec l'opposition », renchérit Fiodor Loukianov, membre du Conseil russe pour la politique de sécurité et de défense. « Alep joue un rôle-clé », car l'avenir « dépendra de la disposition de la ligne de front qui séparera les parties belligérantes. Et cette ligne doit être stable ».

Au-delà de la bataille d'Alep, la coopération entre Moscou et Damas répond à une logique sur le long terme, souligne Alexeï Malachenko. « Assad ne pourra rien obtenir sans Moscou, et la Russie à son tour comprend bien que sans Assad elle sera chassée du Proche-Orient. C'est une amitié forcée ! »
Les images des immeubles détruits à Alep rappellent celles de Grozny, où l'armée russe avait appliqué son vieil adage : « L'artillerie conquiert le terrain et l'infanterie l'occupe. » Les experts soulignent toutefois la différence de tactique à Alep par rapport aux deux guerres sans merci menées en Tchétchénie par la Russie contre les séparatistes dans les années 1990. « La tactique des militaires russes à Alep n'a rien à voir avec celle pratiquée à Grozny. À Alep, les morts parmi les civils se comptent par dizaines, à en croire les médias occidentaux, il ne s'agit pas des centaines de morts comme en Tchétchénie. Ce n'est pas comparable », assure Alexandre Golts, un expert militaire indépendant. À l'époque, l'armée russe avait parfois procédé à une centaine de raids aériens par jour, auxquels s'ajoutait l'apport très destructeur de l'artillerie déployée autour de Grozny.

 

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La Russie utilise toute sa puissance de feu pour aider le régime syrien à reconquérir Alep, car elle a désormais opté pour une victoire militaire pour faire pression sur les États-Unis et sur les rebelles, selon plusieurs experts.


« Les négociations avec les Américains ont fait office d'écran de fumée pour gagner du temps et préparer l'étape suivante des opérations...

commentaires (5)

Les russes ne connaissent que la méthode du rouleau compresseur, surtout quand c'est mou en face d'eux Tchetchenie , même combat combien de victimes civiles ?

FAKHOURI

18 h 22, le 28 septembre 2016

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Commentaires (5)

  • Les russes ne connaissent que la méthode du rouleau compresseur, surtout quand c'est mou en face d'eux Tchetchenie , même combat combien de victimes civiles ?

    FAKHOURI

    18 h 22, le 28 septembre 2016

  • Dans cette partie de poker menteur sur des trêves imaginaires , les russes ont eu le carré d'as de coeur . Ou si on veut parler d'échec, ils vont faire échec et Mat contre les comploteurs qui jugeront ne plus jamais prendre tous les moyens orientaux pour des nases .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 59, le 28 septembre 2016

  • LA GUERRE TOTALE... DE HAMIMIM... SHLONAK... ET JUSQUES AUX RIVES DE LA VOLGA BIENTOT TRUMPONAK...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 01, le 28 septembre 2016

  • Les occidentaux n'ont toujours pas compris qu'Assad ne négocie jamais rien et voudra massacrer et soumettre les rebelles quoi qu'il arrive. Arranger des cessez le feu ne sont pour lui que des pauses café pour se préparer a mieux tuer et reconquérir le terrain perdu. La suite des événements va être dur très dur!

    Pierre Hadjigeorgiou

    11 h 52, le 28 septembre 2016

  • et ainsi soit il ! Comme je l'avais ecrit, Hillary Clinton aura ete SERVIE par la Russie: en avoir finit de la guerre d'Alep, la rebellion affaiblie pour toujours, Hillary Clinton n'a plus de soucis a se faire, poursuivra la [politique d'Obama sans plus de remords-affiches publiquement ou pas. esperons encore que ce ne sera pas le cas.

    gaby sioufi

    11 h 42, le 28 septembre 2016