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Économie

L’ex-géant Saudi Oger bientôt racheté ?

Liban - Entreprises

L'ancien Premier ministre Saad Hariri négocierait avec les autorités saoudiennes le rachat du fleuron familial, le géant du BTP, Saudi Oger.

04/08/2016

Selon des informations publiées hier dans la presse libanaise, l'ancien Premier ministre Saad Hariri serait sur le point de conclure des négociations avec le gouvernement du royaume wahhabite, portant sur la vente de son entreprise saoudienne, Saudi Oger. Une opération d'envergure au vu du poids économique de l'ancien géant saoudien de la construction, dont le chiffre d'affaires était de 10,4 milliards de dollars en 2012, d'après l'agence française pour le développement international des entreprises (Ubifrance). En début d'année, Saudi Oger employait 38 000 salariés, selon la société, dont plusieurs milliers de Libanais.

Fondée en 1979 par l'ancien Premier ministre et père du PDG actuel, Rafic Hariri, Saudi Oger a souffert ces dernières années de la chute des cours du pétrole, qui a provoqué un ralentissement de l'activité dans le secteur du BTP dans le royaume. Conséquence : la grande majorité des employés de l'entreprise, composée à 90 % d'étrangers immigrés en Arabie saoudite, n'a pas été payée depuis environ 9 mois, tandis que des milliers d'entre eux ont été licenciés en début d'année. Une situation qui a provoqué de fortes tensions sociales, ainsi que des émeutes, sur plusieurs sites du constructeur au courant des derniers mois.

 

(Lire aussi : Delhi négocie avec Riyad pour rapatrier des migrants bloqués, dont 2.450 licenciés par Saudi Oger)

 

« Dernière phase des négociations »
Face à ses difficultés financières, « Saad Hariri est rentré dans la dernière phase des négociations avec le gouvernement saoudien concernant la restructuration et l'organisation de l'entreprise Saudi Oger », a écrit le quotidien al-Akhbar dans ses colonnes hier, une information reprise ensuite par plusieurs médias. « L'accord devrait être finalisé dans une dizaine de jours, et porte sur le rachat de l'entreprise par le gouvernement ou des hommes d'affaires de la famille royale (...) ainsi que la prise en charge par le repreneur de toutes les dettes et obligations financières de l'entreprise », affirme le journal, sans révéler ses sources. Selon le quotidien, Saad Hariri voudrait garder 40 % des parts de l'entreprise, mais les représentants du gouvernement saoudien insistent pour racheter la société dans son ensemble. La valeur des « bien-fonds et des véhicules » de Saudi Oger atteindrait 1,5 milliard de dollars, et ses « engagements financiers », dont les arriérés de salaires, s'élèveraient à environ 4 milliards de dollars, précise-t-il également. « De nombreux fournisseurs de Saudi Oger, soit une centaine d'entreprises, en majorité libanaises, sont également concernés. L'entreprise doit entre 300 000 dollars et 13 millions de dollars à chacune d'entre elles », indique une source proche du dossier à L'Orient-Le Jour.

Les employés de Saudi Oger et les hommes d'affaires libanais en Arabie saoudite interrogés par L'Orient-Le Jour confirment l'existence de négociations qui ont lieu au sein d'un comité créé il y a quelques mois par le gouvernement saoudien, mais ajoutent qu'aucun détail n'a officiellement filtré sur ce plan. Selon un salarié, « ce comité est chargé d'évaluer la situation financière de Saudi Oger et doit se prononcer d'ici à quelques semaines ». « Les rumeurs de rachat sont très fortes, mais aucune information officielle a été publiée », assure pour sa part une source diplomatique. « La situation devrait évoluer positivement d'ici à deux semaines », précise-t-elle. À l'instar du bureau de presse de Saad Hariri à Beyrouth, Saudi Oger n'a pas répondu aux appels de L'Orient-Le Jour.

 

(Pour mémoire : Saudi Oger : l'insondable légèreté de la diplomatie libanaise)

 

Procédures administratives gratuites
Le ministère du Travail saoudien a, de son côté, fait plusieurs annonces hier, relayées par la chaîne saoudienne al-Arabiya, qui témoigne d'un fort intérêt du gouvernement saoudien pour le dossier Saudi Oger. « Le directeur général du Bureau de travail à Djeddah, Zeid Sabihi, a déclaré que les autorités saoudiennes ont entamé des procédures concernant le cas des employés de la société », a indiqué la chaîne. Trois options leur sont désormais proposées : le renouvellement sans frais de leur permis de séjour (iqama) ; le changement, gratuit également, d'employeur (sponsor) ; ou la délivrance d'un visa de sortie du territoire saoudien pour ceux qui le souhaitent. Le renouvellement d'une iqama coûtait auparavant environ 800 dollars, selon les sources de L'Orient-Le Jour. Somme normalement déboursée par l'entreprise mais réglée par les employés depuis que les autorités saoudiennes ont interdit à Saudi Oger de lancer cette procédure. Le changement de sponsor coûte, lui, aux alentours de 530 dollars en moyenne, d'après l'avocat Adib Tohmé, interrogé par L'Orient-Le Jour. Une somme qui augmente à chaque nouveau changement de sponsor, ajoute-t-il.

Le quotidien as-Safir, enfin, a confirmé hier que ces procédures seraient gratuitement prises en charge par le gouvernement saoudien, ajoutant que « le représentant du gouvernorat de Riyad a informé les employés que leurs salaires ne seront plus de la responsabilité de l'entreprise à partir de fin août ». Si, comme le journal l'indique, une tierce partie deviendra d'ici à quelques semaines responsable du paiement des salaires des employés de Saudi Oger, il semble probable que ce scénario soit directement lié au rachat de l'entreprise.
Dans le cas d'un rachat, « la société acquéreuse prendrait en charge salaires et arriérés » des employés de l'entreprise, explique Adib Tohmé. Comme nous l'indiquions hier dans nos colonnes, des dizaines de milliers d'employés ont porté plainte contre Saudi Oger à cause des retards de salaires, dont plusieurs centaines de Libanais. « Cette procédure est (du ressort de) la Cour de travail (saoudienne), qui prend normalement du temps mais peut être accélérée par le gouvernement. Les employés reçoivent une indemnité en plus des arriérés de salaire », précise l'avocat.

 

 

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Sabbagha Antoine

Faillite et vente pour 4 milliards on ne comprend plus le jeu .

Ma Fi Metlo

On achève bien les chevaux .....

Saliba Nouhad

Ce n'est pas grave, la famille Hariri s'est bien rattrapée avec Liban Oger tant financièrement que politiquement : au moins, au Liban, pas de risque de faillite tant que vous êtes juge et parti et personne qui oserait questionner ou poursuivre!

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