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Économie

Les nouvelles unités de production à Zouk et Jiyeh restent bloquées

Liban - Électricité

Alors qu'EDL a attribué il y a déjà six mois, via une procédure contestée, un contrat pour l'opération et l'entretien de nouveaux moteurs inversés, l'exécution reste bloquée pour des raisons administratives.

21/06/2016

Six mois après l'attribution par l'Électricité du Liban (EDL) de l'appel d'offres pour la maintenance et la mise en fonction de nouveaux moteurs inversés de 272 mégawatts (MW) dans les centrales de Zouk et Jiyeh, le ministère des Finances n'a toujours pas libéré les fonds demandés par l'établissement public à cet effet.

Le 21 janvier dernier, EDL signait un contrat de 107 millions d'euros (121 millions de dollars) avec le vainqueur de cet appel d'offres international, un consortium composé de la société libanaise Middle East Power (MEP) et des sociétés indiennes Arkay Limited et OEG. « Le ministère des Finances n'a toujours pas donné de réponses aux demandes de déblocage des crédits relatifs au financement de ce contrat, malgré les nombreux courriers qui lui ont été adressés par l'EDL » confirme à L'Orient-Le Jour, une source à la direction d'EDL. Contacté par L'Orient-Le Jour, le ministère des Finances a refusé de s'exprimer sur ce dossier.

Blocages à répétition
Mi-mars, le ministère des Finances avait demandé par courrier à EDL de s'assurer des prix proposés par le consortium, ce à quoi EDL a déclaré avoir répondu en fournissant l'ensemble des clarifications demandées.

« Les fonctionnaires du ministère des Finances n'ont pas les compétences techniques pour étudier notre offre, ni les données nécessaires leur permettant de faire des études comparatives avec d'autres appels d'offres. Ils n'ont que l'évaluation réalisée par Électricité de France (EDF), à la demande d'EDL, disant que notre offre (1,08 cent/KW) était inférieure à la moyenne mondiale des prix (1,4 cent/KW) », conteste auprès de L'Orient-Le Jour, Yahya Mawloud, le directeur de l'exploitation de MEP. Depuis, le ministère de Finances a adressé un courrier à EDL l'informant qu'il validait son budget annuel pour 2016, sans aucune référence au contrat noué avec le consortium.

Ce blocage est le dernier d'une longue série, depuis le lancement de cet appel d'offres par EDL, avec l'accord du ministère de l'Énergie et de l'Eau, le 14 août 2015. « L'annonce du lancement a été diffusée dans le Journal officiel et plusieurs quotidiens locaux. Les ambassades et les entreprises ayant répondu à l'appel à manifestation d'intérêt, en octobre 2014, ont également été informés », a assuré à L'Orient-Le Jour la source à la direction d'EDL précitée, qui n'a toutefois pas été en mesure de préciser quels étaient ces quotidiens.

Une publicité qui n'a, semble-t-il, pas suffi à convaincre les professionnels du secteur à se porter candidats. Si sept sociétés ont acheté le cahier des charges auprès d'EDL – moyennant 1,5 million de livres libanaises – seules deux d'entre elles ont fini par déposer une offre. « Dans ce cas de figure, la loi exige une annulation de l'appel d'offres », assure un avocat d'affaires, ayant requis l'anonymat. « Nous avons repoussé la date limite de dépôt des candidatures à trois reprises, en faisant à chaque fois les annonces publiques habituelles en vue d'assurer une plus grande concurrence », a déclaré EDL dans un communiqué publié le 18 mai. De fait, le délai a été prolongé une première fois, du 14 août 2015 au 19 septembre 2015, car aucune société n'avait déposé sa candidature à temps ; puis une deuxième fois, au 26 octobre, ce qui a permis au consortium libano-indien mené par MEP et à la société libanaise Matelec de présenter les leurs ; et enfin une troisième fois, au 3 décembre, lorsqu' EDL a demandé aux candidats des pièces justificatives supplémentaires.

Entre-temps, plusieurs sources concordantes ont confirmé à L'Orient-Le Jour qu'une troisième société, le danois BWSC, avait tenté de court-circuiter cette procédure en soumettant directement une offre financière au ministère de l'Énergie, qui a refusé de la consulter. Pour rappel, c'est BWSC qui – dans le cadre d'un consortium avec l'allemand Man Diesel and Turbo -, avait signé en février 2013 un contrat de 348 millions de dollars avec le ministère de l'Énergie pour construire les moteurs inversés dont la maintenance et la mise en opération a fait l'objet de l'appel d'offres lancé par EDL en août dernier. La construction de ces unités avait d'ailleurs été arrêtée pendant 8 mois par BWSC, en raison d'une suspension de paiement de la part du ministère des Finances. Un retard pour lequel la société danoise réclame encore 145 millions de dollars de pénalités à l'État...

 

(Pour mémoire : Efficacité énergétique : le Liban se donne encore 5 ans pour se rattraper)

 

Des critères discriminatoires ?
Mais la polémique autour de cet appel d'offres a vraiment démarré à l'annonce de son verdict en janvier. Plusieurs médias, dont la chaîne de télévision MTV, ayant ouvertement accusé EDL d'avoir « privilégié dès le départ la société qui a remporté l'appel d'offres » (...) alors que cette dernière « n'avait aucune expérience au Liban. » Dans son communiqué du 18 mai, EDL a rétorqué avoir « sollicité les conseils d'EDF lors de l'examen des offres, qui a jugé l'offre du consortium (mené par MEP) comme la seule en conformité avec les standards internationaux, et considéré comme acceptable leur proposition de prix », avant d'ajouter que Matelec « ne répondait pas aux critères techniques requis », sans préciser lesquels. Contacté par L'Orient-Le Jour, Matelec n'a pas souhaité réagir à ce sujet.

La polémique portait surtout sur les trois principaux critères éliminatoires du cahier des charges, « établi par un cabinet de conseil international et indépendant, le MVV Decon », selon les termes utilisés par EDL dans son communiqué du 18 mai. Le premier de ces critères, qui impose aux sociétés d'opérer « chacune sur au moins deux centrales, ayant chacune une capacité de production de 50 MW », a été rempli par les deux candidats, même si par des biais différents. D'un côté, « Matelec opère sur deux centrales de 67,5 MW et de 115 MW au Sénégal et une centrale de 87 MW au Kenya », selon les indications fournies à L'Orient-Le Jour par une source bien informée. De l'autre, « MEP dispose de deux centrales au Kurdistan, depuis 2010, ayant chacune une capacité de 29 MW. Pour répondre aux critères techniques, nous sommes donc associés à OEG qui est en charge d'une capacité de 105 MW et à Arkay qui en gère une de 149 MW) », concède M. Mawloud.

Selon certaines sources, le deuxième critère qui impose à « chaque société candidate, et non pas un consortium de sociétés, d'avoir un chiffre d'affaires (CA) annuel moyen d'au moins 5 millions de dollars sur les cinq dernières années », n'a pas non plus posé de problèmes majeurs. Cependant, si « MEP a un CA annuel moyen de 5,7 millions de dollars », selon M. Mawloud, L'Orient-Le Jour n'a pas pu prendre connaissance du CA annuel moyen de Matelec.
C'est donc le critère selon lequel « les sociétés candidates doivent avoir chacune une expérience réussie d'au moins 5 ans en tant que contractant principal ou partenaire égal dans une coentreprise, chargé de la maintenance et la mise en fonction de moteurs inversés » qui aurait été décisif. « Le problème vient du fait que le cahiers des charges n'est pas clair à ce sujet, car il est apparu qu'EDL exigeait en réalité cette expérience minimale dans au moins deux centrales gérées par le candidat. Or Matelec ne remplissait cette condition que dans l'une d'entre elles », explique la source bien informée.

Toujours est-il qu'en dépit de ces polémiques, le ministère de l'Énergie a fini par approuver les résultats de cet appel d'offres à la fin mars, tandis que celui des Finances n'a a priori motivé son refus qu'en raison des prix fixés par le consortium libano-indien.
Quoi qu'il en soit, ces 272 MW supplémentaires auraient été bienvenus alors que l'été risque d'être marqué, comme chaque année, par une pénurie accrue.

 

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