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Liban - municipales

Zghorta retrouve un consensus entre les grandes familles pour faire face aux partis

Samir Frangié.

Pour cette journée d'élection municipale à Zghorta, le tableau dominical routinier de la petite ville est, cette fois-ci, esquissé minutieusement : les cafés de la rue al-Tall grouillent d'hommes qui, au lieu de lire dans des journaux les nouvelles de la veille, débattent de leur contribution à la création des nouvelles du lendemain ; les femmes portent les plateaux de kebbé de la boulangerie jusqu'à leurs salles à manger, d'une main imbibée d'encre bleue ; les soldats libanais se dressent, sous un soleil écrasant, à l'entrée des écoles transformées en bureaux de vote. Les Zghortiotes, hommes et femmes, renoncent à leurs beaux vêtements pour se contenter d'un jeans et d'un simple T-shirt blanc imprimé : « Ensemble pour Zghorta et Ehden » ou « Liste du développement ».

Contrairement aux propos du député Estephan Douaihy, la bataille électorale à Zghorta est bel et bien présente et ne manque pas d'enthousiasme et de ferveur malgré une liste consensuelle regroupant des représentants des cinq familles politiques zghortiotes. Le député Sleiman Frangié relève sur ce plan que « la liste "Ensemble pour Zghorta et Ehden" représente tous les Zghortiotes ». Le chef des Marada incite ceux-ci à voter et poursuit : « Mon fils Tony et Michel Moawad ont réussi à réaliser un consensus dont la scène zghortiote n'a plus témoigné depuis l'an 1998. » Ce consensus s'est instauré parallèlement à une absence totale de participation des partis politiques. Ainsi se sont rassemblés les chefs de famille, quelques mois après l'accord de Meerab, autour d'un seul et même souci, celui de barrer la route aux partis politiques, quitte à préserver la tradition féodale.

C'est contre cette perspective que le candidat individuel Albert Zakhia perçoit sa participation aux élections : « À l'origine, j'ai voulu, par ma candidature, empêcher toute tentative d'élection d'office. » Le candidat, qui a annoncé son propre programme de développement et de gestion de la région, s'est trouvé, le jour des élections, au bureau de la « Liste du développement » avec laquelle il collabore. « Je ne fais pas partie de leur campagne mais nous partageons les mêmes valeurs et le même désir d'opérer un changement », explique-t-il.

Pour sa part, le président de la « Liste du développement », Mikhaël Douaihy, souligne que le processus démocratique se déroule dans une ambiance détendue et saine. Certainement, le candidat indépendant aurait préféré ne pas relever d'infractions électorales, surtout que la liste rivale possède des capacités énormes. Il renchérit : « Je suis sûr qu'en matière d'infractions, les actes ne représentent que la personne qui en est coupable. » Qu'elles soient effectuées à titre individuel, ou préméditées par la machine électorale, l'équipe de la « Liste individuelle » n'a pas lâché prise. Des appels téléphoniques adressés au 1766, ligne directe du ministre de l'Intérieur, ont été effectués tout au long de la journée pour rapporter toute infraction à la loi électorale.

La candidate sur la « Liste du développement », Isabelle Soutou, cite quelques-unes de ces infractions : distribution de listes au sein des bureaux de vote ; listes arrachées des mains des électeurs ; pression sur les électeurs à quelques mètres des bureaux de vote, etc. Et bien que des représentants de LADE soient présents dans la plupart des bureaux de vote, leur présence ne s'est pas avérée efficace. Quant aux Forces de sécurité intérieure, leur approche était plutôt passive envers tout témoignage d'infractions.


(Voir aussi : Municipales 2016 : le scrutin au Liban-Nord et au Akkar, en images)

 

Les machines électorales
La machine électorale de la liste indépendante se qualifie de « faible » en comparaison avec celle de la liste rivale. La « Liste du développement » compte moins de cinquante délégués. Et en ce qui concerne les bénévoles, ceux-ci sont encore moins nombreux et sont, pour la plupart, des cousins et des proches des candidats. Quant à la liste consensuelle, sa machine électorale est bien équipée et très dynamique. Et lors du vote, chacun des électeurs est accompagné d'une foule de partisans le guidant jusqu'au bureau. Après avoir voté, le père Paul Morcos Douaihy, dont la candidature sur la « Liste consensuelle » a suscité une controverse au sein de la ville, admet n'être pas encore renseigné sur le déroulement du processus : « Je viens de rentrer de l'église ! »
Pour sa part, Ghassan Tayoun, candidat sur la même liste, exprime son admiration pour l'ambiance en général et nie toute « rumeur » accusant ses partisans d'infraction à la loi.
Quant au bulletin distribué par leur liste qui ne laisse aucun espace blanc à l'électeur lui permettant de rayer et d'ajouter un nom, M. Tayoun souligne qu'il s'agit là d'« une stratégie de la part de notre campagne, mais l'électeur est libre derrière le paravent ».

Michel Moawad, chef du mouvement de l'Indépendance, abonde dans le même sens : « L'opposition est un droit reconnu et nous tenons à œuvrer main dans la main avec certains candidats du camp opposé pour le développement de Zghorta et Ehden. »
Malgré la disparité entre les deux machines électorales, le président de la « Liste du développement » est optimiste : « Nous nous attendons à percer avec deux à quatre candidats sur dix-sept, et ceci dépendamment du nombre de noms rayés et du critère sur lequel ce panachage a lieu. » Il est vrai que Tony Frangié, fils du député Sleiman Frangié, admet avoir établi une distinction entre « politique » et « développement », mais la bataille est fortement marquée par des affrontements politiques habituels. C'est bien pourquoi la rumeur qui circule dans les recoins des bureaux électoraux, dans les cafés et les groupements, est que le panachage aura le dernier mot concernant les résultats de ce scrutin.

Au-delà des résultats, des gains et des pertes, l'ancien député Samir Frangié, qui a été le seul à nager à contre-courant parmi les figures politiques, déclare, après avoir voté, son soutien à la liste des indépendants, résumant à sa manière toute la journée électorale : « Ce système politique tel que les Libanais le connaissent ne fonctionne plus, ni à Zghorta ni ailleurs. C'est désormais d'une autre forme de politique que nous avons besoin. »

 

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