Liban

Beirut River 2.0 : comment limiter les dégâts d’un fleuve pollué et polluant

Installation

Deux ans de recherche et d'expérimentation ont constitué le point de départ d'une réflexion sur le devenir des régions de Bourj Hammoud, Nabaa et Badaoui. Des régions confrontées à un fleuve de détritus...

28/05/2016

Prenant sa source à Hammana et à Tarchiche, le fleuve de Beyrouth est emmuré sur quatre kilomètres et son sol bétonné. Totalement asséché en été, il arbore en hiver une teinte brunâtre, ou alors rouge sang, en raison des colorants industriels qu'on y jette. Considéré un temps comme le poumon de la capitale, il est devenu le dépotoir de la ville. Poubelles, égouts, déchets organiques et pétrochimiques se déversent dans ses eaux. Un crocodile a même trouvé refuge dans son lit, en 2013 ! Pollué jusqu'à son embouchure, dégageant des odeurs nauséeuses à des kilomètres à la ronde, il représente une véritable catastrophe écologique, menaçant la santé des habitants des quartiers qui le bordent et tuant les écosystèmes de Beyrouth et de la mer Méditerranée. Aucune solution ne semble envisagée pour réhabiliter le site. Dès lors, comment limiter les dégâts ?
Fondateur de l'atelier The Other Dada, diplômé en architecture de l'Université américaine de Beyrouth en 2006, d'une maîtrise en télécommunications interactives à la New York University, complétée d'une spécialisation en biomimétisme à l'Arizona State University, Adib Dada est un fervent partisan de la biodiversité urbaine. En partenariat avec la LCEC (Lebanese Center for Energy Conservation) et UN Habitat Lebanon, il présente jusqu'à dimanche soir son projet « Fleuve de Beyrouth 2.0 ».

 

Ouste, les moustiques et l'air pollué
Ce n'est pas un projet architectural que propose Dada. S'inspirant des cycles et des matières observées dans la nature, il préconise le développement d'interventions simples, aux coûts minimes, pour réduire les effets sanitaires de la pollution atmosphérique et de l'air intérieur des habitations, et ce en plantant des fleurs, des arbustes et des arbres. En contrebas du Forum de Beyrouth, sur l'un des murs d'une structure aux trois quarts détruite, l'équipe de The Other Dada a peint un message : « Let's bring beirut river back to life ». Couvrant 500m², les plantes sélectionnées auront « un impact bénéfique sur la ville et ses habitants ». À titre d'exemple, le tournesol est efficace pour épurer la terre de l'arsenic. L'eucalyptus permettra de nettoyer les eaux usées. Les plantes aux odeurs fortes, comme la lavande, le géranium, le basilic, la citronnelle, le romarin et la menthe, éloignent les moustiques. Le Ficus alli, le chrysanthème et l'eucalyptus filtrent l'air.
Par ailleurs, l'architecte recommande le recyclage organique qui consiste, après compostage ou fermentation, à produire des engrais pour créer sur son toit, son balcon ou devant l'entrée de sa maison sa petite ferme urbaine. Il encourage, d'autre part, les Beyrouthins à devenir apiculteurs, « même s'ils n'en font pas un élevage professionnel », dit Dada. « Car les abeilles ont un rôle important dans l'écosystème. En transportant le pollen d'une fleur à l'autre, elles permettent aux plantes à fleurs de se reproduire et contribuent à la survie de certaines espèces végétales ».

 

(Lire aussi : Lorsque beau rime avec écolo et techno)

 

Le platane gagne son galon
L'architecte introduit également ce qu'il appelle le Rain Garden. Original et requérant moins d'entretien que les autres, le jardin de pluie est facile à concevoir, devant un immeuble, dans des espaces publics ou des friches abandonnées. Il consiste en une platebande classique avec une légère dépression permettant l'accumulation temporaire des eaux pluviales. « Il joue un rôle important pour l'environnement, car l'eau retenue est en partie absorbée par les plantes et en partie rendue à la nappe phréatique », explique-t-il.
Et ce n'est pas tout. Dans une ville à 90 % bétonnée ou asphaltée, les inondations des rues sont nombreuses. « Pour les régulariser, je conseille de planter des platanes. En étudiant la structure de cet arbre, on a découvert qu'il peut absorber 3 000 galons d'eau/an », explique Adib Dada. « Son branchage et son feuillage retiennent 50 % de l'eau, qui s'évapore de nouveau dans l'atmosphère. Donc 50 % du problème a disparu. Quant aux 50 % restants, ça leur prend trois à quatre heures pour tomber du feuillage avant d'atteindre le sol, lequel a eu le temps de sécher un peu pour pouvoir absorber encore plus d'eau. Imaginez alors si on transforme les toits de la ville en terrasses végétalisées et les façades des immeubles en murs végétaux ! On évitera les inondations des rues et l'on contribuera à l'écosystème de la ville ».
Qu'elles soient à l'échelle individuelle ou communautaire, ces interventions, proposées sur 10 km², ont un avantage majeur : « Générer un réseau qui recréera les écosystèmes dans la vie et la communauté », insiste Adib Dada. L'installation est prévue jusqu'à dimanche 20h.

 

 

Pour mémoire

Le fleuve de Beyrouth transformé en centrale solaire

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Tout cet Inhumain mal, pour salir cette Nature au départ sans tâche !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT NOYER DEDANS CEUX QUI LE NOIENT...

M.V.

Le platane n'est peut être pas...., l'arbre idéal ...vu que son feuillage n'est pas persistant ...il perd ses feuilles en automne et elles repoussent au printemps....grosso modo ,son feuillage n'est pas "disponible " environ 5 mois de l'année ...d'autre part, la saison des pluies s'achèvent en mai ..jusqu'a septembre ,encore 4/5 mois off ! par exemple , il est reconnu dans le sud de la France pour les qualités de son ombrage....en été...mais pas vraiment pour son "drainage" ..

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