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À La Une - Syrie

Des dizaines d'habitants fuient Alep et l'enfer des bombardements

Dans l'espoir de promouvoir un cessez-le-feu dans cette ville où près de 250 civils ont été tués en une dizaine de jours, John Kerry se rendra à Genève dimanche et lundi.

Des dizaines d'habitants du côté rebelle de la ville syrienne d'Alep ont fui samedi leurs quartiers pour échapper aux nouveaux raids aériens du régime. AFP / AMEER ALHALBI

Des dizaines d'habitants du côté rebelle de la ville syrienne d'Alep ont fui samedi leurs quartiers pour échapper aux nouveaux raids aériens du régime, mais la Russie a exclu de faire pression sur Damas pour cesser ses bombardements.

Dans l'espoir de promouvoir un cessez-le-feu dans cette ville où près de 250 civils ont été tués en une dizaine de jours, le secrétaire d’État américain John Kerry se rendra à Genève dimanche et lundi. Il s'entretiendra avec l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura et ses homologues saoudien Adel al-Jubeir et jordanien Nasser Judeh au sujet d'un cessez-le-feu mais aussi sur les moyens de soutenir une transition politique pour mettre fin à une guerre qui a fait plus de 270.000 morts depuis 2011.

En Syrie, une trêve temporaire entrée en vigueur à minuit sous l'impulsion de Moscou et de Washington semblait tenir sur deux fronts, dans la province de Lattaquié et la Ghouta orientale près de Damas mais elle exclut Alep, deuxième ville du pays. Dans les secteurs rebelles de cette ville du nord, un correspondant de l'AFP a vu des familles quitter à l'aube le quartier de Boustane al-Qasr, violemment bombardé depuis plusieurs jours. "La situation est devenue insupportable", a déclaré à l'AFP Abou Mohammad, parti de son domicile avec sa femme et ses cinq enfants. "Un de mes bambins est terrifié par les bombes", affirme ce marchand d'électroménagers.

 

(Lire aussi : La bataille d'Alep offre un sursis supplémentaire à l'État islamique)

 

'Pousser à l'exode'
Certaines familles se réfugient dans des quartiers plus sûrs, tandis que d'autres quittent la ville par la route du Castello, seule sortie pour les habitants des quartiers rebelles presque totalement assiégés depuis des mois. Mais cette voie est très dangereuse car prise pour cible par des tireurs. Près de 200.000 habitants résideraient dans la partie rebelle, à l'est de cette ville divisée depuis 2012, selon des chiffres non officiels.

Samedi, 28 raids aériens du régime ont touché les quartiers rebelles, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Dix personnes dont deux enfants ont été tués, selon la défense civile. Dans les quartiers ouest tenus par le régime, trois civils dont un enfant sont morts après des tirs d'obus, selon l'agence de presse officielle syrienne SANA qui a accusé le Front al-Nosra, branche syrienne d'el-Qaëda. Le régime du président Bachar el-Assad s'acharne contre Alep "car il veut pousser à l'exode ses habitants en vue d'une offensive militaire" pour reprendre les quartiers rebelles, estime le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

Depuis la reprise des hostilités à Alep le 22 avril après quelques semaines de trêve, 246 civils ont été tués par les bombardements de l'armée de l'air syrienne et des rebelles. L'Onu a déploré un "mépris monstrueux pour les vies de civils par toutes les parties au conflit". Les rares médecins encore présents ont lancé un cri d'alarme après la mort de plusieurs de leurs collègues.

 

(Lire aussi : L'enfer d'Alep : une escalade pour pousser à une nouvelle trêve..., le décryptage de Scarlett Haddad)

 

'Crimes de guerre'
L'hôpital al-Qods, soutenu par MSF, a notamment été touché par une frappe, qui a tué entre autres un pédiatre réputé des quartiers rebelles. Le docteur Mohammad Wasim Maaz, Alépin d'une trentaine d'années, "était totalement dévoué au service des habitants (...) Il faisait des examens de santé à une centaine d'enfants par jour", témoigne à l'AFP Samar Hijazi, responsable des archives dans l'hôpital.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a estimé que ce bombardement "pourrait constituer un crime de guerre". Selon Mme Hijazi, les hôpitaux encore opérationnels dans le secteur rebelle "se comptent désormais sur le bout des doigts et le personnel médical est épuisé". Face à la tragédie qui se joue à Alep, le hashtag "#AleppoIsburning" a été relayé massivement sur les réseaux sociaux et appelle à des manifestations de solidarité dans plusieurs pays du 30 avril au 7 mai.

La Turquie et l'Arabie saoudite qui soutiennent les rebelles ont de leur côté accusé le régime de vouloir torpiller les tentatives de solution diplomatique. Le Qatar, favorable aux insurgés, a demandé une réunion d'"urgence" de la Ligue arabe sur Alep. L'opposition syrienne a de son côté accusé le régime de commettre des "crimes de guerre et crimes contre l'humanité". "Nous demandons à nos amis de prendre de véritables mesures sur le terrain pour faire cesser cette agression contre les civils", a déclaré à Istanbul le chef de la Coalition nationale de l'opposition, Anas al-Abdeh.

Russes et Américains ont réussi à imposer une cessation des hostilités au nord de la province de Lattaquié, fief du président Bachar el-Assad, et dans la Ghouta, fief de la rébellion près de Damas. Mais Moscou a exclu samedi de demander à son allié syrien d'arrêter les raids sur Alep.
Par ailleurs, des convois humanitaires ont pu entrer dans quatre localités assiégées pour apporter de la farine, des médicaments et des shampooings antipoux à des populations qui manquent de tout, selon le Comité international de la Croix-Rouge.

 

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