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Le mouvement "Nuit Debout" entre débats pacifiques et envie d'en découdre

France

"On n'est pas des casseurs avinés. Quand on tague 'Vive la Commune' ou 'la retraite à 13 ans', ce n'est pas de la dégradation".

OLJ/AFP/Thibauld MALTERRE et Charlotte PLANTIVE
17/04/2016

"Action militante" ou "débordement" ? Le mouvement alternatif et citoyen "Nuit Debout", qui s'est installé sur les places de plusieurs grandes villes françaises, a été émaillé d'incidents plus ou moins contrôlés qui pourraient peser sur son avenir.

Jeudi soir à Paris. L'impopulaire président socialiste François Hollande tente de regagner quelques soutiens en participant à une émission télévisée. A quelques kilomètres, environ 300 manifestants quittent la place de la République, où des centaines de personnes refont le monde chaque nuit depuis le 31 mars. Leur but: marcher jusqu'à la présidence pour exprimer leur mécontentement.
Les forces de l'ordre ne les laissent pas approcher mais des casseurs sont entrés en action, brisant vitrines et abribus, vandalisant des véhicules et une agence pour l'emploi.

Officiellement, "Nuit Debout" ne cautionne pas ces violences. "C'est un mouvement citoyen, pacifiste qui vise à ouvrir un débat nouveau", selon les mots de Grégory, 24 ans, qui participe à l'organisation des nuits parisiennes. Une commission "sérénité" a d'ailleurs été mise sur pied pour veiller au calme.

A voir les participants agenouillés, qui écoutent avec attention les prises de parole, ou ceux qui tentent de créer un potager sur les pavés, l'ambiance est effectivement plus à la révolution de velours qu'aux grands soirs. Mais au delà des débats, les militants, qui portent des causes variées (défense des étrangers, lutte contre la mondialisation, féminisme, etc), espèrent influer sur le cours du monde. Ce qui pousse à l'action.

Lors des assemblées à ciel ouvert, "si il y a une proposition d'action, que personne ne montre une hostilité catégorique, alors les gens se lèvent et agissent", explique Valentine, une étudiante de 25 ans. "On n'attend pas d'autorisation, c'est le coeur qui parle, qu'il s'agisse d'arracher des barrières qui empêchent les migrants de s'installer à Stalingrad (dans le nord-est de Paris) ou d'exiger devant un commissariat la libération de nos copains."

 

(Lire aussi : Léa Salamé à François Hollande : "C'est une plaisanterie?")

 

'Orgasme collectif'
Ces actions sont régulièrement qualifiées de débordements "en marge" de "Nuit Debout", par les autorités et les médias.
"C'est absolument pas en marge: l'action est proposée et ceux qui veulent la suivre quittent la place et y vont", conteste Paul, 23 ans, un étudiant qui se dit "révolutionnaire". "On veut changer le monde, alors changeons-le. Si on ne fait rien d'autre que rêver un autre monde, rien ne changera", assène-t-il.

Dans la nuit du 9 au 10 avril, des centaines de personnes se sont ainsi dirigées vers le domicile du Premier ministre Manuel Valls, proche de République, "pour y prendre l'apéro", entraînant des interpellations.
"Il n'y avait aucun ressentiment, seulement de l'impertinence et la joie de se mettre en marche (...) C'était un orgasme collectif, des habitués disaient que c'était la meilleure manif de leur vie, les nouveaux avaient des étoiles plein les yeux", raconte Valentine.

Avec cette nuit-là des "dégradations" dénoncées par la préfecture de police.
"On n'est pas des casseurs avinés. Quand on tague 'Vive la Commune' ou 'la retraite à 13 ans', ce n'est pas de la dégradation : pour nous, un mur, c'est un espace d'expression. On défigure ce qui nous oppresse: les caméras de surveillance, l'agression des yeux et des imaginaires par la publicité", insiste Paul.

Mais ce discours passe mal auprès des riverains et des autorités.
"S'il est légitime de rêver d'un autre monde, il ne l'est pas de dégrader celui-ci", a écrit lundi la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui fait nettoyer la place de la République chaque matin pour la rendre "aux autres usagers".

Et le gouvernement, qui observe avec inquiétude cette nouvelle forme de contestation, ne semble pas enclin à la mansuétude. "Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d'idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu'ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice", a prévenu vendredi le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d'idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu'ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice", a prévenu le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve." !
Et lui, ne sera-t-il jamais inquiété pour son incompétence et sa "responsabilité" dans les manquements à la protection de Charlie Hebdo ?
Si c'était ailleurs qu'en France, il aurait déjà reçu dix coups de pieds pour le pousser vers la sortie !

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