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Lifestyle - Tous Les Chats Sont Gris

« À quelle heure tu rentres ? Et je dois bien savoir avec qui tu sors ! »

Soyons les yeux écarquillés d'une « mama » libanaise qui prend son courage à deux mains pour affronter la noirceur d'une nuit...

Naïvement, nous nous sommes aventurés, avec un léger retard, à rédiger un texte à propos de la maternité, à la manière de chez nous. Et tant pis si vous allez dire qu'à quelques jours d'un 21 mars tout fleuri de marketing, c'est évidemment cette période qui nous rend toute chose. Oui, tant pis ! Car dans une société où la procréation est une finalité sans laquelle une vie n'a de sens, dans un pays où la famille est une fourmilière de complexités qu'une femme se doit de tisser et hisser sans jamais broncher, on a bien envie de tomber à bras raccourcis sur ceux qui rient grassement en pointant du doigt ces « femmes au foyer » qu'ils dépeignent en bonnes (à rien). Sans vouloir rajouter des larmes aux larmes, le mot mère a l'étendue océanique de sa sonorité. Tout chez une maman semble ample, vaste, sans bornes. Ses journées, d'abord, qui endossent tour à tour l'âge de chacun de ses bambins, et puis ses nuits, surtout ses nuits, les heures jurées où se déchaîne le spectre de ses angoisses.

Tour du monde à la voile
Inutile d'essayer de comprendre. Pour une mère, et une mama libanaise de surcroît, aux premiers balbutiements de la nuit, tout n'est plus que charbon à la locomotive d'une anxiété exacerbée. Un coup de fil sans réponse parce que « mon téléphone était en silence » ; une toux tenace à cause d'une boisson trop froide ; des yeux vaguement tournés vers les étoiles ou dix minutes de retard suffisent à émoustiller la cavale de ses inquiétudes. Le plus drôle, c'est qu'avec lucidité, elle attrapera ce sentiment qu'elle crée et qui est devenu le sien, ce tourment qu'elle s'est prescrit depuis qu'elle a donné vie, mais qu'elle tente de canaliser sans jamais y parvenir. Elle sursaute en télépathe dès que résonne l'alarme d'un cauchemar tempétueux, ou d'une larme impétueuse. Et c'est comme si elle se débattait contre vents et marées dans un tour du monde à la voile en solitaire. Seule, vu que (souvent) rien n'interrompt les ronflements de papa qui flirte avec Morphée en dormeur du val.

Les compresses au vinaigre
Sa nuit prend alors un tour quasi épique lorsqu'il s'agit d'apaiser sa petite derrière le bouclier de sa robe de chambre ou de tirer l'épée contre la pseudosorcière qui terrorise son petit. Sa nuit a fréquemment l'odeur de l'armoire à pharmacie, celle d'une cuvette en plastique ou d'une compresse au vinaigre quand il faut faire la peau à un bobo qui nous la tanne. Sa nuit se fait envahissante et indiscrète alors qu'elle décroche l'appareil pour s'informer, sans aucune gêne, sur nos premières fréquentations. Sa nuit se permet parfois de gambader dans votre jardin secret et elle profite de l'absence de son ado indocile pour farfouiller dans l'intimité de ses tiroirs, et elle deviendra despote si elle y déniche quelque chose qui lui déplaît. Sa nuit attendra ainsi votre retour de soirée, les lumières écarquillées et les yeux électrisés, prêts à vous laminer pour une lamentable cigarette cachée.

Enlevés par Daech
Sa nuit mûrira au moment illuminé où elle vous donne le St-Graal d'un premier téléphone portable en vous expliquant que « c'est pour les appels urgents. Tu le déposes sur ma table de nuit en rentrant ! ». Sa nuit continuera à avancer à grands pas le soir où elle ne vous listera pas les indispensables « Avec qui tu sors ? À quelle heure tu rentres ? ». Sa nuit trébuchera dans une marmite de honte quand elle sortira au balcon et invitera votre petit(e) ami(e) à monter pour un verre : « Je dois bien savoir avec qui tu sors ! » Sa nuit continuera à dégringoler vers des fossés d'absurdité car elle est persuadée que vous vous êtes fait enlever par Daech si votre WhatsApp indique que vous êtes last seen trois heures plus tôt. Sa nuit vacillera entre rire et exaspération parce qu'elle vous sommera de rentrer à la maison à cause d'un attentat à Istanbul. Et sa nuit pourra enfin somnoler lorsque vous obtempérerez et qu'elle entendra le son de la clef libérer la serrure de son soulagement.
Le lendemain matin, comme si de rien n'était, comme après une nuit de plein sommeil, elle s'assurera que vous n'êtes pas en retard à votre examen, que vous avez bien mangé avant un long vol, que vous avez pris un pull au cas où. Dissimulée derrière la fenêtre de sa retenue, la tendresse de son regard vous conduira jusqu'aux marches de l'autobus ou jusqu'au volant de la voiture. De connivence avec des cernes jamais accusés, alors qu'elle larmoie en madeleine tourmentée et anxieuse, fatiguée et impuissante, effarouchée mais toujours combative.

 

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Naïvement, nous nous sommes aventurés, avec un léger retard, à rédiger un texte à propos de la maternité, à la manière de chez nous. Et tant pis si vous allez dire qu'à quelques jours d'un 21 mars tout fleuri de marketing, c'est évidemment cette période qui nous rend toute chose. Oui, tant pis ! Car dans une société où la procréation est une finalité sans laquelle une vie n'a de sens, dans un pays où la famille est une fourmilière de complexités qu'une femme se doit de tisser et hisser sans jamais broncher, on a bien envie de tomber à bras raccourcis sur ceux qui rient grassement en pointant du doigt ces « femmes au foyer » qu'ils dépeignent en bonnes (à rien). Sans vouloir rajouter des larmes aux larmes, le mot mère a l'étendue océanique de sa sonorité. Tout chez une maman semble ample, vaste, sans bornes....
commentaires (2)

Merci tres bel article. Joanna Rbeiz

Geha bel Day3a

08 h 39, le 27 mars 2016

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Commentaires (2)

  • Merci tres bel article. Joanna Rbeiz

    Geha bel Day3a

    08 h 39, le 27 mars 2016

  • Si juste...bien vu!

    Massabki Alice

    13 h 15, le 26 mars 2016

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