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Lifestyle - Tous Les Chats Sont Gris

Nos nuits sont plus belles que vos jours...

Adolescents, nous y sommes tous passés. Parfois même, adultes ou adulescents, la nuit devient souvent un moyen de bifurquer de la réalité. Et de fuguer, seuls, à deux ou à plusieurs, vers des insomnies choisies d'où nous revenons extatiques et plein de déraison(s). Fiers d'avoir savouré l'interdit et d'avoir fabriqué une liberté.

Photo GK

Il est de ces choses défendues mais que l'on s'interdit d'interdire. De ces moments fugaces et fougueux, déments et démesurés, qui déchirent le thorax et nous laissent béats et extatiques, avec des yeux de merlan frit sur une poêle brûlante d'adrénaline. Il y a ce moment illuminé où l'on quitte le duvet et ses draps convenus, prêts à tanner la peau à une gentille routine et ses clauses convenables. Il y a ce geste goulu qui botte aux fesses nos renoncements peureux et fait hennir nos étalons de pleine lune. Hommes, femmes, nous avons tous, quelque part sur notre tableau de chasse, des moments de fuites et d'échappées belles nocturnes où nous avons choisi de partir, ardemment et « ardument ». Ça s'est passé la nuit dernière ou ça arrivera dans dix ans. Ce sera ce soir ou ça se produira dans vingt ans. Et, sans aucun doute, on ne liquiderait pour rien au monde la mémoire de ces plaisirs défendus. Belle manière de désobéir à nos vies paisibles, et de devenir, l'espace d'une nuit, des clochards volontaires et des petits Chaperon Rouge délibérément égarés.

Ados Marlboro
Ça ne prévient pas, ça arrive comme ça, un beau jour, ou surtout une nuit. Souvent à force de s'être bagarré avec l'oreiller qui sert mal de yourte à nos premiers flirts téléphoniques. Alors, on se voudrait tant ado indocile d'un teenmovie hollywoodien, s'échappant par la fenêtre de l'advienne-que-pourra pour ensuite dégringoler sur des draps noués. Sauf qu'en réalité, ça se passe autrement. Sur la pointe de nos pattes tétanisées, s'emparant d'une clef qui traîne sur le guéridon de nos restrictions et claquant la porte au nez des angoisses attentionnées de nos parents que l'on aimerait tellement catapultés dans une machine à remonter le temps. Vers une ère d'avant la fusion-effusion des SMS ombilicaux, comme le sempiternel « Il est minuit, waynak mam ?  », l'agacé agaçant « À la maison, tout de suite ! »,
et l'inquiétant « Tu vas voir ce qui va t'arriver quand tu rentres... ». Le corps est glorieux, la fatigue éblouie, le nez à l'air, les bottes sont de sept lieues et on se fait ainsi cow-boy Marlboro qui s'en va en guerre et ne sait pas s'il reviendra.

Brise ou baiser
Car c'est souvent à l'affût des cendres d'une cigarette que l'on prend la poudre d'escampette pour la première fois. Elle se fume à cinq dans la voiture de maman qui ronfle, fenêtres closes et phares baissés, histoire de transformer l'engin en une hotbox comme dicté par YouTube. Nos aspirations de SDF volontaires sont parfois autres, et celles-ci elles nous emmènent droit sur l'autoroute des nos fantasmes juvéniles, lorsqu'il s'agit de suivre une amourette jusqu'à Saïda – sans permis de conduire, évidemment. Ou d'emmener un amour adolescent sur une plage déserte de Batroun, là où la marée bat contre la digue de nos plaisirs interdits. Se prenant pour Serge et Jane, les idoles de cette ère de hipsteritude, style moi la vague, toi l'île nue. Et quitte à fuir en avant, autant le faire en musique, pour découvrir un jeudi soir la légendaire 80's night du B018. Remonter le jupon et rehausser la poitrine à l'entrée du Skybar, avec l'urgence de ceux traqués par les aiguilles de la montre et tout autant une insouciance de tendres désobéissants.

Dîner avec Erika
Mais dépasse-t-on véritablement l'âge de ces fugues nocturnes ? La réponse est non. Formellement. Déjà pour les cœurs en chantier de l'adolescence et les autres aussi. Ceux qui découvrent une deuxième jeunesse sur la moquette interdite d'un motel de Amchit. Ceux qui en ont assez d'aller de l'avant et choisissent désormais de régresser et naufrager les mœurs dans un dîner en bord de mer avec une Olga ou une Erika qui se fait appeler « artiste ». Ceux qui, l'espace d'une nuit sans lune, quittent leur famille nucléaire pour l'amour de ces instants atomiques. Ou tout bêtement, parce qu'ils aiment divaguer et couper les virages, se perdre pour mieux se retrouver, à l'aube, dans ces conventions qu'ils ne craignent pas de tirer par la queue.

 

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Il est de ces choses défendues mais que l'on s'interdit d'interdire. De ces moments fugaces et fougueux, déments et démesurés, qui déchirent le thorax et nous laissent béats et extatiques, avec des yeux de merlan frit sur une poêle brûlante d'adrénaline. Il y a ce moment illuminé où l'on quitte le duvet et ses draps convenus, prêts à tanner la peau à une gentille routine et ses clauses convenables. Il y a ce geste goulu qui botte aux fesses nos renoncements peureux et fait hennir nos étalons de pleine lune. Hommes, femmes, nous avons tous, quelque part sur notre tableau de chasse, des moments de fuites et d'échappées belles nocturnes où nous avons choisi de partir, ardemment et « ardument ». Ça s'est passé la nuit dernière ou ça arrivera dans dix ans. Ce sera ce soir ou ça se produira dans vingt ans. Et, sans...
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