Au Casino du Liban, la cérémonie des Murex d’or se clôture autour d’un gâteau.
En ces temps de festivités, les césarisés ont larmoyé en enfants de chœur tandis que les oscarisés se sont passé la statuette comme s'ils se refilaient le flambeau de l'inanité. Les organisateurs de ces deux cérémonies peuvent enfin souffler, tout s'est passé comme prévu, des tapis rouges bien époussetés au sacre de Leonardo Di Caprio. Moment sans surprise aucune, qui a convenu à merveille à la désinvolture désinvestie de ce hipster barbu à la gouaille un rien débraillée. D'ailleurs, grosso modo, que ce soit au théâtre du Châtelet ou au Dolby Theater, tout le monde il était glam, mais pas à outrance, tout le monde il était souriant, mais juste ce qu'il faut, tout le monde il était festoyant, mais dans les bornes. C'est à se demander où sont passés les délires dorés de ces cérémonies, leurs spasmes d'enthousiasme, les flops qui donnent le bras aux flips, ces moments totalement intenses et insensés qui trépanent les yeux et le sourire...
Starlettes sur tapis rouge
Ne riez pas, mais cela donne presque envie de préférer nos Awards locaux, baptisés les Murex d'or par leurs fondateurs, Zahi et Fadi Hélou. Vous allez dire que c'est la fibre patriotique qui se gargarise, qu'il suffit qu'il y ait une référence à nos racines phéniciennes (le Murex en est un symbole) pour que s'enfle la baudruche de notre fierté. Fausse piste. Nous allons vous prouver en deux temps pourquoi les nuits des Murex d'or sont bien plus attrayantes que vous ne le pensez.
D'abord pour ce moment qui n'oublie jamais, même à sa quinzième édition, son attrait endimanché, carnavalesque et légèrement burlesque, pourvu qu'il fasse goberger les gorges à coups de rires candides. Ça donne des berlines souvent blanches avec des tronches de Darth Vader sur roues d'où s'extraient difficilement des meringues qui aimeraient monter en chantilly les libidos du peuple. Des actrices, des chanteuses, des speakerines, des anonymes hyperconnues qui brandissent haut l'étendard du sex-appeal pailleté de ringardise, à l'heure où les frileuses internationales se dissimulent dans le cocon d'un minimalisme ronflant. Le plus amusant dans cette affaire, c'est que nos starlettes locales désirent toutes les qualités des stars désuètes, quand les célébrités occidentales choisissent, elles, de se housser dans une réalité fadasse. Elles fantasment ce tapis pourpre et ces marches montées vers les étoiles, poitrine en avant, sur des talons aiguilleurs de flashs crépitants. Elles optent pour une plastique implacable, pour les courbes arquées en crinoline quand, à l'étranger, les stars mâchouillent au plus sur une feuille de kale. Elles osent des tenues qui brillent à profusion, pour le déluge de bling-bling et tout ce qui fait bondir les yeux et bander les sourcils. Elles se fichent (ou ignorent ?) du ridicule comme de leur premier bavoir, mais finissent par y sombrer, mine de rien. Elle prennent la parole pour tanner la peau à ces moralisatrices de tapis rouge, préférant déblatérer dans un cocktail arabe-anglais sur leurs apparences « Lyom ana simple, all black ! », alors qu'elles ressemblent à des lustres vénitiens du XVIIIe. Pendant ce temps, leurs hommes patientent, amidonnés de condescendance, visage colorié à la poudre Terracotta et crâne lustré à l'huile de coco dans des complets blanc sur blanc, ou noir sur noir, confectionnés par des couturiers dont les publicités truffent les autoroutes de Jounieh et Jiyeh. Parce que c'est bon d'encourager la production locale et de larguer ainsi le sempiternel costume veston sur Weston.
Rabelais, à table !
Ensuite vient la cérémonie, en bonne et due forme, qui sait régaler les yeux comme les entrailles d'une mangeaille rien moins que rabelaisienne. Car figurez-vous que les Murex d'or, c'est aussi et surtout un dîner servi à tous les convives, hospitalité libanaise oblige. Parlant générosité, à l'inverse de leurs équivalents occidentaux, les Murex d'or honorent tout le monde, dans tous les domaines et sans préférences. Il leur arrive même de décerner des récompenses à des personnalités qui se sont doré la pilule toute l'année durant, alors que Di Caprio a mis près de quarante films, plus de vingt ans et toute sa santé avant de décrocher sa première statuette ! Et enfin, lorsque les lauréats se rendent sur la scène où la figurine du Murex les attend, leurs discours sont guillerets et sans guillemets, empruntés à des poètes ou des philosophes défunts, comme un coup de fouet à ces prises de tête et ces polémique(s) ronronnant de lassitude. Un peu comme les films ou les chansons qui les ont rendus célèbres, ceux où l'ont se réveille en full make-up et où l'on s'échange tendrement des tonnes de baffes, comme autant de baisers volés.
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