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Lifestyle - Tous Les Chats Sont Gris

Demain je serai la plus belle pour aller marcher...

Une nuit dans la peau d'une fillette de sept ans qui compte les minutes d'avant la « Chaaniné » et revendique ces Rameaux pour ses robes hallucinées et ses bougies endimanchées...

J'entends souvent mon frère aîné, les «grands» qui squattent la banquette arrière de l'autocar et parfois même mon papa dire qu'il serait grand temps de faire voler en éclats cette antiquité rouillée qu'on appelle la religion. Celle qui ne correspond plus à l'état d'un monde qui prie dans les versets de Wikipédia et se prosterne face à un Google Chrome tout-puissant. J'ai sept ans, et même si tous les soirs avant de me coucher je récite le Je Vous Salue Marie en priant très fort pour Violetta; même si Marc, Matthieu, Luc et Jean représentent bien davantage les prénoms des héros de ma série favorite doublée par Disney Channel France, je me sens prête à tordre le nez de qui s'aventurerait à dépoussiérer ces rites que j'attends de pied ferme d'année en année. En particulier les traditions de Pâques qui m'aident à porter mon mal en patience jusqu'à décembre prochain et ses guirlandes qui font scintiller mon cœur en sucre glace. Mais avant de m'atteler à mon activité préférée qui consiste à galoper dans le jardin des grands-parents pour sortir de leur cachette des œufs colorés au vinaigre, je vais vous parler de ce soir. Parce que demain dimanche, c'est la Chaaniné, et que nous passerons cette nuit à préparer, rêver et puis attendre la fête des Rameaux demain.


(Lire aussi : Habille-moi, le billet de Médéa Azouri)

 

Fessées et essayages
La bonne nouvelle est que je n'ai pas de sœur aînée, chose qui m'aurait coûté un recyclage de sa garde-robe de l'an dernier pour ce dimanche des Rameaux. La mauvaise nouvelle est que j'ai une sœur jumelle, chose qui nous coûtera de s'habiller à l'identique, sous le regard insupportablement amusé de nos parents, qui ne semblent visiblement pas traumatisés d'avoir subi le même supplice lorsqu'ils avaient notre âge. La décision est sans appel, je ne me fais pas d'illusions. Je sais déjà qu'à la tombée de la nuit, au moment où ma mère dévoilera enfin nos attirails de demain, je passerai un sale quart d'heure à trépigner en balisant l'individualité des starlettes rebelles de ma bibliothèque rose. Je braillerai à me fendre la poitrine, me roulerai sur la moquette à me renverser la cervelle avant que mon père, au mieux pousse les hauts cris, au pire me colle une taloche qu'il accompagnera d'un: «Voilà! Avec ça, tu te calmeras!» Et puis, les épaules affalées, imitant le regard agenouillé de la petite fille aux allumettes, je consentirai enfin à l'essayage de ma tenue. Devant le miroir, mes yeux s'enlumineront au vernis de mes nouveaux souliers et mon sourire resurgira au détour d'une vague de ma jupe gondolée. De fil en aiguille, entre un «arrête de gesticuler, je dois ajouter une épingle!», je me laisserai glisser sur le traîneau de mes chimères vers la terre des contes Grimaud, sur la queue de comète de ces princesses aux pieds desquelles s'inclinent une horde de couturières à la veille des grands jours.

L'important, c'est la bougie
J'irai ensuite mettre au point ma bougie sous la lumière laiteuse d'un néon de la cuisine. Je piocherai dans une caisse du grenier pour lui rajouter, ça et là, un détail en clin d'œil avec ma tenue. Parce que la véritable compétition avec les enfants du quartier se joue réellement au niveau de ces minisculptures de cire. Alors qu'importe le sommeil, j'y passerai toute la nuit, j'y mettrai tout mon cœur. Je l'enrubannerai dans un reste de dentelle, lui piquerai une plume, y collerai les perles de mon collier favori et n'oublierai quand même pas une branche d'olivier. En espérant demain être la plus belle pour aller marcher, même si je sais bien qu'au soir, je rentrerai chez moi comme une Cendrillon d'après-minuit. La robe tachetée, la frange cramée, les souliers élimés et la bougie décédée. Et j'attendrai la prochaine Chaaniné en récitant les nombres de zéro à trois cent soixante-cinq. Je viens d'apprendre à compter.

 

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Adorable.

Avette

11 h 24, le 20 mars 2016

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Commentaires (1)

  • Adorable.

    Avette

    11 h 24, le 20 mars 2016

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