Dossier spécial orientation professionnelle

Sciences humaines et sociales

En plein essor, le travail social induit un changement positif dans la vie des gens

Une assistance sociale. Photo AFP

23/03/2016

« L'assistante sociale ou médico-sociale est un agent de changement positif dans la vie des gens, qu'il s'agisse d'un individu, d'une famille ou d'un groupe. » D'emblée, Roula Lebbos, assistante médico-sociale, experte en protection juvénile et ancienne directrice du bureau du Mont-Liban de l'Union pour la protection de l'enfance (Upel), donne le ton en précisant le profil de cette profession. « L'assistante sociale ou médico-sociale intervient pour aider ces gens à éliminer leurs problèmes, vivre avec ou encore s'en sortir », souligne-t-elle.


Dans cet objectif, un plan d'action est mis en place avec la personne ou le groupe bénéficiant de cette intervention. « Le travail se fait pour une durée limitée, au terme de laquelle la personne devrait pouvoir devenir indépendante et capable de poursuivre sa vie ou son parcours sans l'aide d'une intervention tierce », précise Roula Lebbos.


Les problèmes sur lesquels se penche l'assistante sociale ou médico-sociale sont aussi diversifiés que l'addiction, la délinquance, la violence conjugale, individuelle ou psychologique, les difficultés scolaires, les problèmes familiaux, la toxicomanie, les problèmes dans les prisons, au sein d'une communauté... Le professionnel peut donc exercer dans un ministère, une école, une ONG locale ou internationale, un hôpital, un dispensaire, une université, un centre spécialisé, une instance publique, etc.


« Le travail de l'assistante sociale ou médico-sociale est loin d'être monotone, souligne Roula Lebbos. D'abord, les cas sont différents. De plus, on est appelé à être présent sur le terrain et bien sûr accomplir des tâches administratives, comme le fait de rédiger un rapport, d'achever des formalités, etc. À l'Upel, par exemple, nous recevions des appels téléphoniques pour signaler un cas d'abus contre des enfants. Pour pouvoir intervenir, l'assistante sociale doit obtenir auprès du juge des enfants ou du procureur général un permis qui l'autorise à effectuer une visite à domicile, qui fait d'ailleurs partie intégrante de son travail. De retour au bureau, elle fait son rapport qu'elle soumet au juge et dans lequel elle demande la protection judiciaire de l'enfant. Dans le cadre du travail à l'Upel également, l'assistante sociale doit s'entretenir avec les enfants à problèmes (des mineurs en conflit avec la loi, des enfants abusés...), assister à l'interrogatoire d'un enfant qui ne doit pas se dérouler en son absence, et ce conformément à la loi juvénile 422, accompagner un enfant dans un centre d'accueil, faire le suivi avec la direction du centre, s'enquérir de sa situation de manière régulière, etc. »
En ce qui concerne les horaires de travail, ils dépendent de l'association ou de l'établissement dans lequel l'assistante sociale ou médico-sociale exerce. Par contre, il faut être toujours disponible au cas où l'association a une hotline, parce qu'on peut recevoir des appels d'aide à n'importe quelle heure.

 

Les compétences
Pour devenir assistante sociale ou médico-sociale, « il faut avoir un minimum d'équilibre psychologique et personnel », affirme Roula Lebbos. « Cette formation universitaire ne constitue en aucun cas une thérapie. Certains pensent à tort qu'en la suivant, ils vont pouvoir résoudre leurs propres problèmes. Ce n'est pas vrai. Cette formation consiste à aider les autres. Or on ne peut pas le faire si, au préalable, on n'a pas résolu ses propres problèmes. À l'étranger, le candidat est soumis à un test psychologique et un entretien oral avant qu'il ne présente le concours écrit. Malheureusement, ce n'est pas le cas dans les universités au Liban », poursuit-elle.
Pour pouvoir exercer ce métier, il faut aussi « être motivé, dévoué et prêt à donner sans attendre rien en retour ». « Après tout, nous traitons avec des êtres humains et non des machines, insiste Roula Lebbos. Ce sont des individus qui drainent votre énergie et votre équilibre. Ils cherchent à vous provoquer, et vous devez rester neutre. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs, à l'étranger, les personnes qui se lancent dans les professions humanitaires font un "débriefing" ou un recyclage. C'est une thérapie qui leur permet de poursuivre dans leur action humanitaire. Il faut aussi savoir écouter et avoir la capacité de le faire, l'écoute étant la base de cette profession. »

 

Les défis
À l'instar de tous les métiers à caractère humanitaire, l'assistance sociale pose de nombreux défis. « Le professionnel ne doit pas être en relation de dépendance avec son client », insiste Roula Lebbos. « Il faut être empathique avec la personne qui formule une demande d'aide, mais il ne faut en aucun cas se mettre à sa place ou sentir comme elle, sinon la relation sera tordue et on ne pourra plus l'aider », souligne-t-elle. Et d'ajouter : « Il faut aussi savoir quand arrêter. C'est un travail qui draine de l'énergie et on peut facilement faire un "burn out". »
Depuis quelques années, un nouveau défi se pose. L'experte explique : « Les personnes fraîchement diplômées font de moins en moins du terrain. Elles sont directement embauchées comme coordinateur ou directeur de projet. De ce fait, la profession commence à perdre un peu de son essence, à savoir le contact humain. Celui-ci est important pour réussir une mission. Cela est principalement dû à la croissance des ONG internationales. »

  

Formation universitaire

L'assistance médico-sociale est enseignée à la faculté de santé publique à l'Université libanaise et à la faculté de santé publique à l'université Jinan. L'assistance sociale est enseignée à l'école libanaise de formation sociale à l'Université Saint-Joseph (USJ), la faculté des arts et des sciences à l'Université libano-américaine (Lebanese American University – LAU), la faculté des sciences sociales et comportementales à l'université Haigazian.
À l'Université libanaise, les études s'étalent sur quatre années au terme desquelles l'étudiant obtient une licence. Dans les autres universités, le système de crédits est adopté. Pour une licence, il faut compter 180 crédits à l'USJ, 92 crédits à la LAU, au moins 124 crédits à l'université Haigazian et 99 crédits à l'université Jinan.
Dans toutes ces universités, les étudiants qui le désirent peuvent pousser plus loin leurs études pour obtenir un master et puis un doctorat.
En plus de la théorie, les études comportent un volet pratique avec des stages à effectuer sur le terrain.
En ce qui concerne le cursus, il comprend des matières aussi variées que l'intervention sociale, la psychologie, la psychiatrie, la santé publique, la santé communautaire, la psychologie de l'adulte, la psychologie scolaire, la psychologie sociale, la politique sociale, la sociologie, l'éthique professionnelle, le droit, etc.

 

 

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.